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Lait : Une crise fabriquée au bénéfice des industriels
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L’été dernier avait été marqué par les manifestations des éleveurs de porc étranglés par une baisse des prix qui ne permettait plus à la plupart d’entre eux de dégager un revenu et même de couvrir leurs charges...
Le gouvernement avait réagi par des allègements de cotisations sociales, des aides d’urgence indispensables qui ne réglaient rien pour l’avenir. La politique cogérée avec la FNSEA s’inscrit dans le cadre de la concentration à tous les niveaux de la filière au nom de la compétitivité.
Un an plus tard, c’est au tour des producteurs de lait. La surproduction provoque la baisse des cours et menace des éleveurs de ruine, notamment ceux qui se sont lourdement endettés ces dernières années avec la fallacieuse promesse d’une expansion indéfinie des marchés. La crise n’est pas conjoncturelle, liée aux conditions climatiques. Elle procède d’une incitation à produire toujours plus. Pour le lait, la hausse de production constatée à divers niveaux dans tous les pays européens est liée à la suppression des quotas.
Les industries laitières sont un des fleurons de l’agroalimentaire : c’est Nestlé qui est en tête du palmarès mondial des entreprises, et pour la France, les deux figurant parmi les 15 plus importantes sont Nestlé et Lactalis. Le chiffre d’affaires total des industriels français est de 28 milliards, dont 20 % à l’exportation. Mais l’expansion rapide des dernières décennies ralentit : la consommation des produits porteurs, fromages et desserts lactés, est élevée et n’a plus guère de marge de développement. Le lait de vache a moins bonne presse et la contestation des conditions d’élevage peut aussi toucher ce secteur.
500 millions d’euros... Et après ?
Avec la suppression des quotas, les pays producteurs européens espéraient accroître leur part du marché mondial, mais le pari a échoué du fait de l’embargo russe et d’une moindre demande chinoise. Les pays importateurs tentent de développer leur production. Le mythe d’un accroissement de la compétitivité pour vendre à l’export se dégonfle, il ne reste qu’une guerre des prix. Les industriels peuvent se réjouir, la baisse du prix du lait préserve leurs profits. Ils rêvent de beaucoup de « fermes des mille vaches », laissant à la marge un réseau de producteurs labellisés pour satisfaire les gastronomes.
Les quotas font des nostalgiques parmi les gouvernants qui ont œuvré à leur suppression. Chacun appelle à la régulation. Mais si maîtriser la production est indispensable, cela ne suffira pas à sauver les producteurs. L’instauration des quotas en 1984 s’est accompagnée d’un « plan social » éliminant les moins performants, les petits exploitants, avec la prime à la cessation d’activité laitière. La concentration s’est poursuivie ; depuis dix ans, sous le régime des quotas, 4 % à 5 % des exploitations laitières ont disparu chaque année. On a maintenu les prix, pas les paysans !
L’Union européenne a donc trouvé 500 millions d’euros. Et après ? L’élevage industriel est non seulement une catastrophe écologique et une maltraitance permanente des animaux, mais c’est aussi une impasse... sauf pour une poignée de profiteurs. Des élevages hors sol avec des aliments à base de grains importés peuvent être délocalisés du jour au lendemain. S’opposer à tous les projets de fermes de mille vaches n’est pas du passéisme. Mais il faut aussi répondre à la question cruciale de la rémunération du travail des paysans et ne pas hésiter à demander un moratoire de leurs dettes et l’annulation de celles qui sont illégitimes.
Gérard Florenson




