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Censurer les arts de la rue : un mauvais coup porté au vivre ensemble
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Paris, le 16 août 2016
COMMUNIQUÉ DE L’OBSERVATOIRE DE LA LIBERTÉ DE CRÉATION
Censurer les arts de la rue : un mauvais
coup porté au vivre ensemble
Alors que l’état d’urgence a été prolongé une quatrième fois cet été, les
manifestations d’arts de la rue font face à des exigences de sécurisation de plus en
plus contraignantes. Malmenés, déplacés, redimensionnés, voire annulés, les
spectacles dans l'espace public portent pourtant la capacité à ré-enchanter l'espace
public aujourd'hui.
Depuis l'automne dernier, des actes terroristes ont frappé plusieurs fois dans
l'espace public.
La gravité de cette situation historique conduit à une sur-sécurisation et à une forme
de privatisation sécuritaire de l’espace public, contraire à sa nature de bien public et
d’espace de partage par excellence entre les citoyens et les citoyennes.
Dans ce contexte, les propositions artistiques dans l’espace public répondent par
son ré-enchantement. Il faut reconnaître le savoir-faire des artistes des arts de la
rue, spécialistes de l'intervention dans l'espace public. Leurs gestes poétiques
participent à un mouvement du sensible, du festif, du fraternel et du pacifique.
Malgré l'envie et les batailles menées par des organisateurs convaincus pour
trouver des solutions, les spectacles d'arts de la rue font face depuis plusieurs mois
à des annulations en cascade, sans concertation avec les compagnies concernées.
Cela accroit la fragilisation d’un secteur, de ses emplois et de ses structures
économiques.
Cette multiplication des annulations s’appuie sur des motifs d’impossible
sécurisation des espaces publics par manque d’effectifs suffisants de forces de
police. Cela participe à une régression inacceptable des libertés d'expression et de
création dans l'espace public.
A Chalon dans la rue, la compagnie Les Batteurs de Pavé s'est vue signifier
l'annulation de son spectacle Les Trois Mousquetaires. Au festival FARse 2016 à
Strasbourg, c’est le spectacle Funambus de la compagnie Underclouds qui a été
annulé. La compagnie Transe Express connaît l’annulation d’une représentation
prévue à l’occasion de l’America’s cup à Toulon en septembre.
Il importe de réaffirmer la responsabilité partagée entre les professionnels (artistes,
organisateurs), les élu.e.s, les représentants de l’Etat et les citoyens-spectateurs :
l’espace public appartient à tous et il appartient à tous d'assumer les conditions des
manifestations artistiques dans l'espace public. La prudence est certes de mise,
mais elle va de pair avec le courage de s'émerveiller ensemble et celui de ne pas
céder à ceux qui veulent propager la peur.
La présence vive de tous les arts dans l’espace public est une réponse riche aux
inquiétudes qui pèsent sur notre société. Rester dans les rues pour y vivre les arts
vivants est la seule réponse à l'instrumentalisation manichéenne de la peur. Il faut
continuer d’affirmer nos valeurs : libertés d'expression, de création et de circulation
dans l'espace public.
En France et partout ailleurs, l'art est public : il doit continuer à s'épanouir en rue
libre.




