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À la CAF le service n’est pas pour les allocataires
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.revolutionpermanente.fr/A-la-CAF-le-service-n-est-pas-pour-les-allocataires
La lecture de ce billet vous coutera six centimes la minute
Racket à tous les étages
La Caisse d’allocation familiale a une très vague idée des difficultés que peuvent rencontrer les pauvres bougres impécunieux qui sont dans l’indécente nécessité d’user de ses indispensables services . Cette noble institution, à l’imitation de tous les grippe-sous qui fleurissent désormais dans cette société si libérale, se permet, en cas de réclamation justifiée ou bien d’appel pour quelque motif que ce soit, de taxer l’allocataire pour lui signifier sans doute qu’il y a mieux à faire que de lui rendre service.
Bien sûr, ladite taxation est modique : c’est sans doute ce que rétorqueront les cadres qui ont le privilège de ne pas connaître les mêmes soucis financiers que leurs ayant droits. Ces six centimes la minute, peut-être dérisoires en plus du coût de l’appel, sont bien là pour enfoncer encore un peu plus ces parasites qui vivent de la générosité publique. Voilà sans doute ce que pensent les odieux personnages qui ont installé cette affreuse taxe.
La CAF n’en reste pas à cette ignominie. Prompte à prétendre que la déclaration trimestrielle n’a pas été faite dans les temps, la brave machine administrative n’avertit jamais de la date butoir. C’est une belle astuce pour priver un temps de pauvres gens de cette déjà maigre ressource. Avant l’heure, ce n’est pas l’heure, mais après l’heure, il faudra reprendre la procédure à zéro. Sachant que le dossier mettra actuellement en moyenne huit semaines à être traité, les reboutés de la mauvaise disponibilité kafkaïenne, n’auront que leurs yeux pour pleurer.
Quant à l’erreur dans le dossier, elle est immanquablement qualifiée « d’erreur informatique ! ». Il suffit ainsi qu’un enfant en âge scolaire soit considéré comme un adulte, et voilà que la prestation est amputée immédiatement, ça va de soi, d’une part non négligeable. L’allocataire, pourtant en grande difficulté, doit se débrouiller tandis qu’un technicien essaiera de réparer la bourde qui a coupé les vivres. L’humanité n’est pas au programme dans cette maison.
Bien sûr, si la supposée sanction tombe dans l’instant, sa réparation prendra des mois. Il faudra d’ailleurs à la victime beaucoup de pugnacité, de patience et de conviction pour être réintégrée dans ses droits. Ceux qui se découragent abandonnent ainsi leur dû à une institution qui semble jouer le pourrissement avec délectation. Mieux même, cette noble maison compte sur l’imprévoyance de ses ayant droits pour ne pas se rendre compte des nombreuses erreurs qui vont toutes dans le même sens.
Ajoutons les périodes de fermeture durant lesquelles on ne peut joindre la CAF que par téléphone avec la susdite taxe et vous aurez une belle vision du traitement des allocations familiales dans un pays où la famille n’est plus une priorité nationale. Rassurez-vous, tout cela n’est qu’une joyeuse mise en bouche : le retour d’une droite décomplexée et revancharde ne fera qu’amplifier ce qu’une gauche indigne a déjà bien abîmé.
Il ne fait pas bon devoir tendre la main. La pratique la plus courante désormais est de tenter de vous la couper pour un oui et surtout pour un non. Un retard, un oubli, une erreur dans le formulaire 3 bis, une rature et vous voilà joyeusement radié pour satisfaire aux statistiques et à l’impérieux besoin d’économie. La dimension humaine est irrémédiablement remisée au placard et les pauvres agents se font, malgré eux, complices d’une politique honteuse et asociale.
Bien sûr, il y a toujours la possibilité de vous plaindre. Un appel téléphonique surtaxé vous enverra de disque enregistré en attente interminable pour vous détrousser un peu plus. Le nouveau « sévices publics » est en marche ; une belle escroquerie conçue par des technocrates issus de grandes écoles où nul, désormais, ne vient de ce monde des gens humbles, modestes, nécessiteux qu’il s’agit de mettre totalement hors circuit.
La pauvreté recule dans notre pays ; c’est un fait indéniable, statistique, indubitable. Elle recule devant les obstacles qui se dressent devant elle, grâce aux radiations de Pôle emploi et autres organismes de contrôle ; elle recule dans nos villes qui interdisent la mendicité ; elle recule jusqu’à devenir transparente. Ce n’est certes pas ainsi qu’on règle le problème mais c’est une bonne méthode pour ne pas sombrer dans l’insupportable réalité. Pour éradiquer la pauvreté il suffit de rendre invisibles les pauvres : il fallait y penser. Bravo, voilà bien une stratégie digne de cette époque formidable !...
Asocialement leur.




