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Le Front national, une implantation locale accrue mais fragile
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(afp) Le Front national, depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête début 2011, a considérablement accru son implantation locale, un outil stratégique pour la présidentielle 2017 mais encore fragile, en témoignent les défections d'élus et la rotation de ses cadres.
Selon un décompte de l'AFP, environ 28% des conseillers municipaux FN élus en mars 2014 ont démissionné. Certains ont été remplacés par d'autres conseillers FN, d'autres, environ 13%, préférant siéger désormais à titre individuel ou pour d'autres formations, soit autant de sièges perdus pour le FN en conseils municipaux.
Ces "grandes tendances sont conformes à la réalité", a confirmé à l'AFP Nicolas Bay, secrétaire général du parti.
Décès, déménagements, etc: c'est la vie normale d'un parti de voir certains élus laisser la place aux suivants de liste. Et difficile de comparer avec les autres formations, faute de chiffres.
Mais pour le sociologue Sylvain Crépon, spécialiste de l'appareil FN, trois hypothèses peuvent éclairer les démissions et/ou le "turn-over" des candidats frontistes: "investitures à la va-vite et coût de la visibilité en tant qu'élu; élus expérimentant l'exercice d'un mandat et pas forcément bien formés; compétition interne au sein du FN" pour les places éligibles.
Nicolas Bay, secrétaire général du Front National, et député européen, le 22 mars 2016 à Paris © JOEL SAGET AFP/Archives
Ces chiffres, qui peuvent aussi s'expliquer par le statut de parti d'opposition du FN dans une écrasante majorité d'assemblées, peuvent faire écho aux accusations récurrentes d'impréparation dont le FN a fait l'objet.
Un conseiller municipal FN, le seul d'une petite ville méditerranéenne, ne convaincra pas du contraire. Quinzième de sa liste en 2014, il raconte à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, que lui qui n'avait "pas du tout prévu de siéger" s'est retrouvé au conseil municipal à cause de la démission ou du refus de siéger des 14 membres de la liste FN qui le précédaient.
"On m'a dit +vas-y, on verra bien+. J'ai répondu +Ok, on verra bien+", résume-t-il, sans savoir s'il siégera jusqu'au bout à cause de son emploi.
Quid des co-listiers refusant de siéger ? "Ça ne les intéressait pas. On a fait une liste, ils veulent bien se mettre dessus mais siéger... Ils n'avaient pas envie", affirme ce conseiller au sujet de sa situation, exceptionnelle.
"Certains se sont mis sur les listes en position subalterne en pensant qu'ils ne seraient pas amenés à siéger, pour rendre service", confirme M. Bay, qui évacue les "cas particuliers".
Ces situations font pourtant écho au "turn-over" après les législatives de 2012, auxquelles le FN a présenté 572 candidats. De cette liste, beaucoup de noms ont disparu des réseaux FN actuels.
"En 2012, c'était du remplissage, on était encore un +Front+ un peu hors-sol", concède un responsable du parti.
- 56.000 adhérents frontistes -
Contrepartie de la croissance accélérée du parti ? "Maintenant on a des élus partout, un volant de candidat potentiels, sur chaque secteur, on a de quoi faire un casting", assure cette même source, pour qui il reste toutefois des "disparités", notamment dans l'Ouest de la France.
Pourtant, des 62 élus FN aux départementales de mars 2015, six manquent déjà à l'appel: trois ont quitté le FN, un a démissionné de son mandat, deux n'ont pas été réélus dans une partielle. Un constat à contre-balancer par les 358 élus régionaux FN d'il y a neuf mois, dont très peu, hors cumul, ont pour l'instant jeté l'éponge.
Nicolas Bay souligne que depuis 2014, "beaucoup de têtes de listes aux municipales sont devenues candidates aux départementales ou aux régionales"... et peut-être bientôt aux législatives, dont il animera la campagne.
Jean-Lin Lacapelle, Secrétaire National aux fédérations et à l'implantation du Front National, le 1er mars 2016 à Paris © JOEL SAGET AFP
Le FN vante pour cette échéance une sélection renforcée: à ce jour, le parti a investi 400 pré-candidats "en période d'essai", tenus à des compte-rendus, à tracter, coller des affiches, faire des communiqués, etc.
D'ores et déjà, ces frontistes du terrain, par leur présence dans les assemblées ou médias locaux et sur les marchés, viennent incarner l'implantation frontiste auprès des électeurs.
Ils constitueront l'armée de petites mains nécessaire à la "grande bataille" de 2017, et la direction retarde au maximum leur investiture effective pour "animer" ces militants en vue de la présidentielle, comme l'assume un responsable.
Un concours a aussi été mené entre les fédérations du FN pour qu'elles attirent de nouveaux adhérents. Les prix seront remis samedi et dimanche lors des "Estivales de Marine Le Pen" à Fréjus.
Au-delà des candidats, l'appareil du FN, fort de plus de 56.000 militants à jour de cotisation, a lui-même été largement renouvelé: plus de la moitié des secrétaires départementaux, les préfets du parti, ont été changés depuis un an et demi, pour "une étape nouvelle du développement", selon M. Bay.
Coïncidence ou pas, une rivalité sourde se joue entre celui-ci et son adjoint, Jean-Lin Lacapelle, un proche de Marine Le Pen, pour prévaloir sur l'administration de ce que la présidente du FN vante comme "le premier parti de France".






