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Au Nicaragua, une élection présidentielle sans opposition

Nicaragua

Lien publiée le 6 novembre 2016

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/04/au-nicaragua-une-election-presidentielle-sans-opposition_5025393_3222.html

Le couple Ortega est en tête des intentions de vote, alors que leur principal adversaire a été éliminé pour une question de procédure.

Pourquoi voter si le vainqueur est désigné ? », soupire Francisca, 48 ans, qui gère un petit restaurant à Managua, capitale du Nicaragua. Comme elle, 4,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, dimanche 6 novembre, pour choisir leur président, leurs 90 députés et leurs vingt représentants au Parlement centraméricain.

Le chef de l’Etat, Daniel Ortega, candidat à un quatrième mandat, est assuré de l’emporter. Exclue d’un scrutin sans observateur indépendant, l’opposition dénonce une « farce électorale » et appelle à l’abstention.

Seules les affiches électorales de M. Ortega et de la première dame, Rosario Murillo, candidate sur le ticket de son époux, envahissent les rues de Managua. Les sondages annoncent leur victoire écrasante au premier tour avec 52 % des voix, selon l’Institut Gallup, 69,8 % selon M&R Consultants. Leur parti, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), issu de la révolution de 1979, est aussi assuré d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. « M. Ortega, qui contrôle les pouvoirs législatif, judiciaire et électoral, après deux décennies à la tête de l’Etat [1980-1990 et 2006-2016], vient de décapiter l’opposition », explique le politologue José Antonio Peraza.

« Transfuges politiques »

Victime d’une manœuvre judiciaire, Eduardo Montealegre, son principal concurrent, s’est vu retirer, en juin, la représentation légale du Parti libéral indépendant (PLI), qui menait la coalition des forces d’opposition. En juillet, ses vingt-huit députés ont été destitués de leur mandat. « L’autorité électorale, contrôlée par le président, a jugé que nous étions des transfuges politiques », peste Pedro Joaquin Chamorro, député du PLI destitué.

Seuls cinq partis satellites présentent des candidats. « C’est une illusion de pluralisme électoral », souligne M. Chamorro. Dans les rues de Managua, les badauds ne connaissent pas les noms de ces candidats, crédités ensemble d’à peine 15 % des intentions de vote. En outre, M. Ortega a interdit la présence d’observateurs nationaux et internationaux, lors d’un scrutin où son épouse se présente comme vice-présidente.

Selon la Constitution, Mme Murillo prendra les rênes de l’Etat en cas de défaillance de son mari, vieillissant (70 ans) et malade. « Le régime autoritaire prend la voie d’une dictature familiale, dotée d’un parti hégémonique », s’inquiète M. Peraza. De quoi provoquer l’ire de l’opposition, qui manifeste en province pour réclamer un nouveau scrutin démocratique, supervisé par des observateurs indépendants.

Le « Nica Act », « une menace de poids »

Cette levée de boucliers s’étend au-delà des frontières. Mercredi 2 novembre, John Kirby, porte-parole du département d’Etat américain, a exigé des élections « libres, justes et transparentes ». En septembre, la Chambre des représentants des Etats-Unis a voté à l’unanimité un projet de loi, baptisé « Nica Act », visant à limiterles aides et prêts internationaux accordés au Nicaragua.

« Une menace de poids pour le pays, puisque ces fonds, entre 250 et 300 millions de dollars [jusqu’à 270 millions d’euros] par an, financent les infrastructures », s’inquiète Carlos Tunnermann. L’ancien ministre de l’éducation et ambassadeur à Washington après la révolution, qui a quitté, en 1990, le FSNL, ajoute que « la crise serait accentuée par la chute des pétrodollars du Venezuela, qui alimentent les programmes sociaux pour les pauvres » – 39 % de la population.

Pour calmer les esprits, M. Ortega a accepté, fin octobre, qu’une mission de l’Organisation des Etats américains (OEA) vienne, du 5 au 7 novembre, analyser le processus électoral. Après la visite du secrétaire général de l’OEA en décembre, un rapport sera rendu en janvier 2017.

« La population refuse la violence »

Pour Ana Margarita Vijil, présidente du Mouvement rénovateur sandiniste, créé en 1995 par des dissidents du FSLN, « Ortega gagne du temps. Il cherche à instrumentaliser l’OEA pour légitimer les élections qui seront entachées de fraudes ».

Pour elle, « seule une abstention massive pourrait contrecarrer ces plans ». Le sondage Gallup l’évalue à 42 %. « Mais l’autorité électorale, contrôlée par Ortega, falsifiera les chiffres », annonce Mme Vijil. Selon la presse indépendante, le gouvernement a réduit le nombre d’urnes pour créer des queues devant les bureaux de vote.

Des affrontements sont-ils à craindre ? « Non, assure-t-elle. Après deux guerres civiles, la population refuse la violence. » Mme Vijil place ses espoirs dans le Front large pour la démocratie, créé en août, pour rassembler les opposants.

« Après les élections, Ortega sera contraint d’ouvrir un dialogue national », prévoit M. Tunnermann. « Sinon, le “Nica Act” fera ses premières victimes parmi les pauvres. » Or, les plus défavorisés représentent la base électorale du régime.

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http://www.rfi.fr/ameriques/20161104-nicaragua-ortega-election-presidentielle

Le Nicaragua réélira très certainement, dimanche 6 novembre, Daniel Ortega. Crédité de 65% d’intentions de vote à l’élection présidentielle, il brigue un troisième mandat consécutif à la fonction suprême, en binôme avec sa femme - pour gouverner 5 ans de plus un des pays les plus pauvres d’Amérique latine.

Un couple présidentiel indéboulonnable, à la mainmise sur toutes les grandes institutions du pays, qui joue d’alliances pragmatiques mais contre-nature pour asseoir son pouvoir. On ne parle pas ici de Claire et Frank Underwood, héros machiavéliques de la série américaineHouse of Cards, mais du président du Nicaragua Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo.

Lui était l’un des meneurs de la guérilla sandiniste (extrême-gauche), qui se battait les armes à la main contre la dynastie des Somoza (1936-1979). Daniel Ortega, dit « El Comandante », a été élu président une première fois dans les années 1980. A l’époque, les Etats-Unis (qui soutenaient déjà les Somoza en leur temps) appuient les contre-révolutionnaires, les « contras ». La guerre civile entre sandinistes et contras coûte 50 000 vies au Nicaragua, et son siège à Daniel Ortega. Perdant en 1990, il est réélu président en 2006. Depuis, le « El Comandante » apparaît peu en public, et les allers-retours répétés à Cuba du septuagénaire laissent penser que son état de santé, quoiqu'entouré du plus grand secret, est déclinant.

Elle était aussi une figure de la révolution sandiniste. Rosario Murillo, poétesse un peu mystique, est même la petite-nièce d’Augusto Sandino - le révolutionnaire d’extrême gauche du début du siècle qui a inspiré aux sandinistes jusqu’à leur nom. Daniel Ortega se plaît à le répéter, il partage le pouvoir à 50/50 avec sa femme. L’installation de Rosario Murillo dans le siège de vice-présidente n’a donc rien de surprenant. Au contraire, elle accroît un peu plus le poids des Ortega-Murillo sur le Nicaragua : leur dizaine d’enfants occupe les principaux postes de la diplomatie du pays, et la famille est à la tête d’un vaste réseau d’entreprises qui leur assure une rente consistante.

Peu d’opposition, pas d’observateurs

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« Il est délicat de parler de dictature en ce qui concerne le Nicaragua, explique Kévin Parthenay, membre de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, mais ce qui est avéré, c’est que certaines garanties sur le bon déroulement du scrutin de dimanche ont été remises en cause. »

D’abord, parce que Daniel Ortega s’est arrangé pour limiter le nombre de ses adversaires : en juin, le leader du principal parti d’opposition, le Parti libéral indépendant (PLI), Eduardo Montealegre a été écarté de la tête de son mouvement par la Cour Suprême, proche du président Ortega. Une petite trentaine de députés de différents groupes d’opposition, parmi lesquels le PLI, ont subi le même sort, cédant leur place à des suppléants plus proches du pouvoir en place.

Ensuite, parce que depuis les années 2000, le président peut être élu au premier tour avec 35% des voix. Un score que Daniel Ortega, crédité de 65% s’intentions de vote, est presque sûr d’atteindre ce dimanche. «  Cela soulève des questions de légitimité », estime Kévin Parthenay. Le professeur de Sciences Po ajoute : « Certaines modifications des lois électorales posent aussi des problèmes de transparence, et d’accès au vote pour les citoyens ».

Preuve peut-être de la justesse de l’analyse, le gouvernement nicaraguayen a refusé aux observateurs internationaux d’assister au scrutin. Tout au plus quelques experts seront dépêchés par l’Organisation des Etats américains (OEA), mais ils seront là pour « dialoguer » avec des représentants du gouvernement et de l’opposition – pas pour observer au déroulé du vote.

Isolement

Ce simulacre d’élections pourrait coûter cher au Nicaragua. Le Sénat des Etats Unis étudie actuellement un texte, le « Nica Act », déjà adopté par la Chambre des représentants : il s’agirait de couper les robinets des aides internationales, et par extension de réduire les investissements vers le pays, si celui-ci n’adopte pas un fonctionnement démocratique. Or les Etats-Unis sont le premier partenaire commercial du Nicaragua.

Plus au Sud, le Venezuela a lui déjà commencé à réduire son aide à Managua. La baisse des cours du pétrole a durement affecté le pays, qui cesse peu à peu de vendre son or noir à bas coûts à ses alliés latino-américains. Sans aide internationale et sans les hydrocarbures vénézuéliens, le Nicaragua devra compter sur une économie primaire fragile, qui dépend des flux de matières premières comme le café.

« Le gouvernement de Daniel Ortega a toujours fait preuve de pragmatisme, quitte à s’éloigner du sandinisme des débuts. En politique intérieure, Ortega s’est rapproché des patrons, ou de l’Eglisepar exemple. A l’étranger, il s’est tourné vers des pays comme les Etats-Unis », résume Kévin Pathenay. Et si le « système Ortega » a permis aux Nicaraguayens d’accéder gratuitement à la santé et à l’éducation, rien ne garantit son maintien pendant un quatrième mandat qui s’annonce déjà compliqué.