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    Denis Durand sur le programme économique de Mélenchon

    Mélenchon PCF

    Brève publiée le 26 novembre 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://blogs.mediapart.fr/denis-durand/blog/241116/decidement-le-probleme-c-est-bien-le-programme?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

    Trois auteurs se réclamant de la « France insoumise » s’essayent à une « réponse à la commission économique du PCF » sur le programme de Jean-Luc Mélenchon. Outre les invectives habituelles, ce texte cherche à réfuter certains des arguments énoncés dans la note de la commission économique (). Malheureusement, il ne fait qu’en confirmer le diagnostic.

    La « France insoumise » reste enfermée dans une version particulièrement dépassée des politiques social-démocrates qui ont produit tant de déceptions, en France et ailleurs, depuis quarante ans. Son programme ne comporte aucune ambition de conquête de pouvoirs citoyens dans l’entreprise et sur les banques pour changer l’utilisation de l’argent. Il repose sur une foi naïve dans la capacité de l’État national à protéger les Français contre les excès du capitalisme mondialisé.

    Nos contradicteurs croient que le « contrôle des mouvements de capitaux »  est de nature à résoudre les problèmes de la mondialisation financière ; ils font même référence à l’échec de 1981 en oubliant qu’à cette époque avait précisément été instauré un contrôle des changes particulièrement strict, assorti d’une nationalisation quasi-intégrale du système bancaire, et que, faute d’une volonté de mobilisations populaires pour imposer une changement dans la gestion des banques et des entreprises, ce barrage n’avait pas tenu deux ans face à la mondialisation capitaliste. Trompés peut-être par le jargon financier, ils croient que BPI-France Investissement finance les investissements publics alors que c’est un fonds de placement dans le capital des entreprises privées. Ils pensent impossible d’obliger les banques commerciales à financer à taux zéro la trésorerie des entreprises, alors que c’est leur métier, puisque, disent-ils, ces banques sont « à la recherche de profits ». Or précisément, il est crucial pour la réussite de toute politique de gauche de mener la bataille pour que le crédit que les banques accordent à l’économie, en s’appuyant sur la collecte des dépôts de tous les citoyens, ne soit plus orienté en fonction des critères de rentabilité capitalistes mais devienne un service public répondant à des critères d’efficacité économique, sociale et écologique. Rappelons que la BCE refinance actuellement au taux de -0,4 % les crédits bancaires aux entreprises, qu’ils soient accordés par des banques publiques ou par des banques privées.

    Dans ces conditions, les bavardages sur la sortie de l’euro servent surtout à camoufler l’abandon de toute bataille pour une nouvelle sélectivité de la politique monétaire et pour une des dispositions les plus importantes de L’humain d’abord : la création, sans attendre le changement des traités européens, d’un Fonds de développement économique, social et écologique permettant d’utiliser la création monétaire de la BCE pour le financement de projets concrets de développement des services publics, selon une conception de l’investissement public allant bien au-delà des seules dépenses d’infrastructures et de formation. Une note récente de la commission économique du PCF présente cette proposition en détail (http://www.economie-politique.org/92873). Contrairement à ce que prétendent nos contradicteurs, il n’y a rien là de flou ou d’inconséquent, c’est au contraire une voie difficile certes, mais concrète et immédiatement accessible pour commencer à créer le rapport de forces qui permettra de refonder la construction européenne sur des bases radicalement opposées à la dictature des marchés financiers.

    En matière d’argent public, la défense et illustration par nos contradicteurs de la fusion IR-CSG, diamétralement opposée à l’Humain d’abord et aux revendications syndicales, n’est pas très claire. On comprend qu’ils prévoient un prélèvement sur les revenus financiers… des particuliers. Le patronat sera ainsi heureux d’apprendre que la « France insoumise » abandonne la proposition, figurant dans L’humain d’abord, d’une cotisation supplémentaire sur les revenus financiers des entreprises ! Cette cotisation patronale supplémentaire viendrait à l’appui d’une modulation des cotisations patronales existantes selon la politique de l’entreprise en matière d’emploi et de salaires.

    Toute la logique du programme de Jean-Luc Mélenchon consiste en effet à renvoyer à l’État national toute l’action économique, exonérant de fait banques et entreprises de leurs responsabilités sociales.

    Par exemple, nos trois contradicteurs se souviennent soudain que l’instauration d’un droit de veto suspensif des comités d’entreprise est « une revendication historique de la CGT et de l’Union syndicale Solidaires pour permettre la recherche et la construction de propositions alternatives aux licenciements ». Le problème, c’est que cette « recherche de propositions alternatives » est absente de la version de leur programme à laquelle nous avons eu accès, alors que L’humain d’abord prévoyait explicitement « l’obligation d’examiner les contre-propositions présentées par les syndicats ». On a l’impression que les auteurs du programme de « la France insoumise » n’ont même pas remarqué cette différence tant elle compte peu à leurs yeux, alors qu’elle est au cœur de la logique économique et politique qui inspireL’humain d’abord et les propositions du PCF. On se reportera utilement, sur ce point, à la proposition pour une loi de sécurisation de l’emploi et de la formation qu’il soumet au débat, et qui comporte un dispositif institutionnel précis pour imposer le financement par les banques des investissements nécessaires à la réalisation des propositions des représentants des salariés (http://www.economie-politique.org/sites/default/files/eco_po_sef_03_05_16-2.pdf).

    Faute de s’appuyer sur le mouvement populaire pour peser sur la gestion des entreprises et des banques, le programme de la « France insoumise » est ainsi conduit à une certaine modestie en matière de propositions sociales. C’est le cas en matière de salaires, comme nous le rappelons dans notre analyse (http://www.economie-politique.org/sites/default/files/fiches_fi-2.pdf):

    smic

    Pourquoi la « France insoumise » a-t-elle choisi d’afficher un montant net de 1 300 euros alors qu’il aurait été plus flatteur, et moins problématique vis-à-vis du Front de gauche et du mouvement syndical, de présenter la même proposition en termes de montant brut, soit près de 1 700 euros ?  On peut envisager trois explications, non exclusives l’une de l’autre :

    ·        les auteurs du programme ont une certaine conscience de ce que la faiblesse de leurs propositions économiques ne leur permet pas d’afficher des promesses sociales trop ambitieuses ;

    ·        peut-être pensent-ils jouer sur une réduction du taux de prélèvements sociaux, qui permettrait d’afficher un même niveau de SMIC net avec un SMIC brut inférieur. Le programme de la « France insoumise » ne comporte aucune disposition sur les taux de cotisation sociale mais cela pourrait aller de pair avec leur proposition de fusionner l’impôt sur le revenu avec la CSG. Mais ce serait alors une réduction de la part de la valeur ajoutée revenant aux salariés, soit sous forme de salaire, soit sous forme de prestations financées par les cotisations sociales ;

    ·        et le choix de ne pas reprendre expressément les revendications syndicales (1 800 ou 1 900 euros bruts) est cohérent avec l’affichage d’un « populisme de gauche » qui n’organise plus son programme autour des revendications du mouvement ouvrier.

    Enfin, en matière de lutte contre le chômage, Boris Bilia, Guillaume Étiévant et Anaïs Robin confirment que l’objectif de leur programme est bien le plein-emploi défini comme le « niveau de chômage ne dépassant pas son seuil incompressible, c’est-à-dire le temps de chômage entre l’emploi qu’on quitte et l’emploi qu’on retrouve ». Non seulement on ne voit pas comment y arriver sans changer la gestion des entreprises et l’orientation du crédit bancaire, mais l’objectif d’éradication du chômage, que L’humain d’abord affirmait avec force, est donc bel et bien abandonné, la réduction du chômage étant renvoyée, conformément à leur logique social-démocrate se réclamant de Minsky, à l’État « employeur en dernier ressort » … Tout cela a bien pour effet de préserver l’existence du marché du travail capitaliste et de la précarité intrinsèque qu’il fait peser sur la situation de tous les salariés,

    À l’opposé, le projet de sécurisation de l’emploi et de la formation, qui donne des moyens de répondre dès aujourd’hui de répondre à la crise profonde du « marché du travail », est une lutte concrète pour créer, étape après étape, les conditions politiques et économiques qui permettent de produire efficacement, selon des critères opposés à ceux de la rentabilité capitaliste, et d'utiliser les gains de productivité pour que chacun puisse bien vivre en changeant de travail s'il le souhaite et en se formant massivement tout au long de sa vie, sans jamais passer par la case « chômage ». Mais cela suppose de prendre le pouvoir sur l'argent. Concrètement, cela exige de définir sur quels moyens financiers nous voulons agir (profits des entreprises, crédits bancaires, avec une autre utilisation de l'argent public à l'appui), et quels nouveaux pouvoirs nous préconisons de conquérir pour mobiliser ces moyens au service des objectifs sociaux figurant dans le programme.

    Ainsi, dire que l'inspiration du programme de Jean-Luc Mélenchon est social-démocrate, ce n'est pas un procès d'intention, c'est une constatation. Cela veut simplement dire que ce programme est de même nature que celui de Montebourg, par exemple. Il n'y a pas de honte à être social-démocrate si on l'assume comme le fait le mentor de Jean-Luc Mélenchon, Oskar Lafontaine, qui fut le président du parti social-démocrate allemand à l'époque où celui-ci était encore... social-démocrate. Ce qui est critiquable c'est de rejeter tout ce qui, dans la bataille politique actuelle, permettrait de dépasser cette conception traditionnelle, vouée à l’échec au XXIe siècle, de ce que peut être une politique de gauche.

    L'Humain d'abord n'était pas un programme révolutionnaire : c'était un compromis constructif entre les conceptions étatistes de Jean-Luc Mélenchon et des propositions précises visant à éradiquer graduellement le chômage et à prendre le pouvoir sur l'argent. Et précisément, ce sont ces propositions (pouvoirs de contre-propositions des salariés sur la stratégie et le financement des entreprises, conférences régionales et fonds régionaux pour l'emploi et la formation faisant pression sur les banques, autre utilisation des euros de la BCE avec un fonds européen de développement pour les services publics, modulation de l'impôt sur les sociétés et des cotisations sociales patronales selon  des critères précis quant à la politique de l'entreprise en matière d'emploi et de formation...) que le programme de la « France insoumise » abandonne.

    Il est donc indispensable que ces idées soient portées avec force et audace par un(e) candidat(e) communiste dans la campagne présidentielle.