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Renault : derrière le baratin du « dialogue social », une offensive contre les conditions de travail
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le 13 janvier 2017, CFDT, CFE-CGC et FO ont signé un nouvel accord de compétitivité avec Carlos Ghosn, le PDG multicartes de Renault Nissan aux 16,5 millions de rente annuelle, sans compter un troisième salaire au titre de sa nomination à la présidence du Conseil d’administration de Mitsubishi.
Intitulé « Contrat d’activité pour une performance durable de Renault en France », cet accord prend le relais de celui signé en mars 2013 ; arrivé à son terme le 31 décembre 2016, ce précédent contrat avait imposé au cours des trois dernières années une augmentation du temps de travail sans aucune compensation salariale, mis fin au principe d’augmentations générales de salaire déjà réduites à pas grand-chose en application de la « modération salariale », liquidé près de 7 000 emplois et instauré une précarité sans précédent.
Leur compétitivité, notre flexibilité
Sous prétexte « de mieux répondre aux attentes des clients et à l’évolution des marchés », et pour atteindre en moyenne l’objectif de 90 véhicules par employé et par an contre 64 actuellement (plus 40,6 % !), ce nouvel accord aggrave la flexibilité dans l’organisation du temps de travail, en l’inscrivant dans une modulation triennale. Dans ce cadre, il instaure une variation des horaires quotidiens et hebdomadaires en fonction des besoins de l’entreprise, en alternant des périodes de haute et de basse activité.
Pour « réguler l’activité » en cas d’« augmentation conjoncturelle » de la production, il introduit la possibilité d’allonger la journée de travail d’une heure, huit jours par mois, avec un maximum de 50 jours par an. À ces heures pourront s’ajouter sept samedis travaillés obligatoires. Mais tous ces jours ou heures supplémentaires ne seront rémunérés que s’ils ne sont pas utilisés par l’entreprise pour récupérer des journées non travaillées, chômées de fait, en période de basse activité. Dans tous ces cas, un délai de prévenance de 15 jours est bien prévu, mais il peut être ramené à deux jours « en cas de circonstances exceptionnelles », la direction jouissant évidemment de l’exclusivité dans la « qualification » des circonstances.
En augmentant la flexibilité du temps de travail, cet accord Renault s’inscrit exactement dans la même logique que l’accord triennal signé chez PSA en juillet dernier. Dans cet accord, intitulé « Nouvel élan pour la croissance », on retrouve la modulation du temps de travail. À ce titre, en cas de hausse d’activité, l’entreprise peut imposer jusqu’à 12 samedis travaillés… mais qui ne sont payés qu’à la condition de ne pas avoir à récupérer des journées chômées, en raison d’une baisse d’activité ou pour réduire des stocks jugés coûteux. Dans ces cas, seules les majorations dues au titre des heures supplémentaires sont rémunérées.
En contrepartie de cette flexibilité aggravée, PSA ne s’engage qu’à 1 000 embauches sur 3 ans… après en avoir supprimé 17 000 au cours des trois dernières années. La CFDT a pourtant osé se féliciter d’un « équilibre acceptable » entre « plus de flexibilité » et « la pérennisation de nos emplois ». Cette satisfaction, on la retrouve chez tous les signataires de l’accord Renault, qui mettent en avant le fait qu’ils auraient « obtenu » l’engagement de Renault d’embaucher 3 600 CDI au cours des 3 prochaines années ; ils omettent de préciser que sur la même période, ce sont 4 500 départs « naturels » qui sont prévus, auxquels s’ajoutera la liquidation annoncée de 4 500 postes d’intérimaires.
Pour prendre la mesure de ce qui se joue au travers de ces accords où des syndicats passent sous les fourches caudines des directions d’entreprise, abandonnant toute indépendance, il suffit de citer le tweet de Valls à l’annonce de l’accord conclu par PSA : « Accord remarquable chez PSA : trouver avec les syndicats de l’entreprise les solutions pour s’adapter et rebondir. Esprit de la #LoiTravail ». On relève le même état d’esprit dans le préambule de l’accord Renault, qui stipule que « par cet accord, Renault et les organisations syndicales souhaitent conjointement impulser une nouvelle approche du dialogue social […] “Renault France – Cap 2020” exprime la conviction de ses signataires qu’un dialogue social responsable constitue un des fondements de la performance durable de l’entreprise ».
Changer le rapport de force
Seule une mobilisation d’ampleur, se généralisant à l’échelle de chacun des groupes automobiles, aurait pu mettre en échec ces projets. Mais s’il y a bien eu des arrêts de travail à l’appel de la CGT – et de Solidaires, là où ce syndicat intervient –, les débrayages sont restés, à de rares exceptions près, limités, très en deçà de la mobilisation de 2013, notamment chez Renault. À l’époque, pendant les trois mois qu’avait duré la négociation, huit arrêts de travail avaient concerné tous les établissements du groupe, mobilisant jusqu’à 4 500 grévistes.
Pour comprendre les difficultés auxquelles se sont heurtées les équipes militantes qui voulaient construire la mobilisation, il faut insister sur la place qu’a prise la précarité, avec un recours sans précédent à l’intérim dans les usines automobiles. De 2013 à fin 2015, chez Renault, la part moyenne des intérimaires est ainsi passée de 13 % à plus de 37 % du personnel de fabrication. À Renault Cléon, ils représentent près de 70 % des effectifs des chaînes d’assemblages, secteurs traditionnellement les plus combatifs. À l’évidence, pour s’opposer à la mise en œuvre pratique des accords signés, la reconstruction d’un rapport de force passe par la capacité à trouver les voies pour entraîner ces travailleurs dans l’action, malgré la précarité de leurs contrats de travail.
Régis Louail




