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Pêche miraculeuse à Marseille : des mélenchoniens de droite

Mélenchon

Lien publiée le 10 avril 2017

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Arrêt sur images) Par Daniel Schneidermann

Et France 2 pêcha deux mélenchoniens de droite. C'était à Marseille, après le meeting du Vieux Port. Après avoir ramené dans ses filets des dégoûtés de la politique repentis, des pas-concernés-jusqu'ici rattrapés par la manche, France 2 mettait la main, dans la foule, sur deux jeunes électeurs de droite, conquis par l'Insoumis. Et France Culture, ce matin, en rajoutait, recueillant des témoignages de mélenchonisés de toutes provenances : anciens hamoniens (normal), anciens bayrouïstes (tiens tiens), anciens fillonnistes (mais oui), et même lepénistes dessillés, n'en jetez plus. Il est beau, mon poisson !

L'électeur de droite mélenchonisé n'est pas une invention médiatique. L'étonnant, c'est plutôt que France 2 et les autres aient mis si longtemps, et aient attendu, comme d'habitude, la ratification des sondages, et le soir précis où Mélenchon (avec 18% d'intentions de vote) doublait Fillon (17%) pour capter le phénomène.

Quiconque connait, dans son entourage, dans sa famille, des électeurs plutôt orientés à droite (il se trouve que c'est mon cas) les a sans doute senti frémir, depuis quelques semaines, chatouillés par le parfum du Mélenchon 2017, qui n'a rien à voir avec le cru 2012. D'abord, la droite n'est pas insensible aux belles phrases, à la persévérance des longues traversées du désert, et aux caractères de cochon. Et le tout, sans aucun reniement, non, une simple et logique bonification. Moins râpeux, plus long en bouche, davantage de profondeur, tirant sur le sous bois et sur la noix, plutôt que sur les fruits rouges et la ronce. Les évocations de dégagisme et de fureur sont encore présentes, mais atténuées, à l'arrière-plan. Avec tout ça, une touche de Victor Hugo et de Baudelaire, et toujours la rude franchise qui caractérise le cépage. Le programme ? On verra bien les détails plus tard ! Bref, tout pour ragoûter une droite écoeurée par la bibine frelatée fillonienne, voire un électorat lepéniste désarçonné par l'incompréhensible fin de campagne de la candidate -la France "pas responsable" de la rafle du Vel d'Hiv, franchement ! Après tant d'efforts de "dédiabolisation" ! Chassez le naturel...

A quoi servirait de bouder son plaisir ? Faisons silence un instant, comme il le demande à Marseille. Ecoutons battre nos coeurs, qui en avaient perdu l'habitude. Une si incroyable poussée, à quinze jours du premier tour ! Et si le pire ou le moins pire, finalement, n'étaient pas certains ? Retenons notre souffle. Ne pas se laisser emporter. Se souvenir que la soudaine griserie médiatique sur "l'incroyable dynamique" du "troisième homme" pourrait bien, comme d'habitude, être contre-productive. Que les sondages se trompent toujours. Que l'avance sur Fillon (1%) est largement dans la marge d'erreur. Que Macron et Le Pen, à 24%, sont encore loin. Loin, oui, mais pas imprenables. Aucun des deux. S'il y a bien un théorème général de cette élection à nulle autre pareille, c'est celui-ci.


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