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"La campagne électorale a favorisé la recrudescence de l’homophobie"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L'association SOS Homophobie a reçu plus de témoignages de victimes d'actes homophobes en 2016 qu'en 2015 ou 2014. Hausse de l'homophobie et / ou multiplication des témoignages ?
En 2016, l’association SOS Homophobie a reçu 1.575 témoignages de victimes d’actes homophobes. C’est moins qu’en 2013, année des houleux débats sur le mariage pour tous, 3.517 signalements avaient été effectués. Mais c’est plus qu’en 2014, et qu’en 2015. "Et la campagne présidentielle a joué un rôle dans cette recrudescence de l'homophobie", regrette Joël Deumier, le président de l’association.
Propos discriminants, allusions et rumeurs sur l’homosexualité fantasmée d’Emmanuel Macron, ou bien retour de la mouvance anti-mariage pour tous sous la bannière de Sens commun au sein des Républicains qui a choisi de soutenir François Fillon dès septembre... "On a assisté en 2016 au retour d’un discours réactionnaire", explique à "l'Obs" Joël Deumier.
"La Manif pour Tous, Sens Commun… ils se sont réarmés pour les élections présidentielle et législatives de 2017. Ils sont minoritaires, mais bruyants. Et parce qu'ils sont très organisés sur les réseaux sociaux, ces groupuscules réactionnaires ont pu légitimer par leurs propos l’homophobie".
Un terreau fertile
Tout ceci a eu des effets très concrets sur le quotidien des LGBT, déplore le président de SOS Homophobie : "Il y a en France une homophobie qui est ancrée, qui persiste, et chaque discours transphobe ou homophobe dans la bouche de médias ou de politiques stimule l’homophobie ou la transphobie chez les gens. Et ça légitime, ça libère leur parole". Internet notamment, constitue un véritable "défouloir homophobe", avec des hashtags comme #LesHomosexuelsDoiventDisparaitre, épingle l'association qui précise que 22,5% des actes homophobes qui lui ont été signalés sont survenus sur la Toile.
Du tweet d’insulte au crachat, en passant par le jet de pierres ou la "bastonnade d’une violence extrême", les 1.575 témoignages d'agressions homophobes relayés dans le baromètre annuel de l’association sont dans tous les cas infiniment traumatisants. Ainsi Jérôme, dans le métro avec son amoureux, lui raconte son coming out. Il ne parle pas fort, il le lui raconte sur le ton de la confidence, rapporte SOS Homophobie. Ni l'un ni l'autre ne prête attention à l’homme installé en face d’eux. Le métro s’arrête, les portes s’ouvrent, l’homme se lève, se dirige vers la sortie, crache au visage de Jérôme et le traite de "sale PD". Choqué, Jérôme demande un mouchoir autour de lui. Par peur sans doute, les gens font mine de ne pas l’entendre. Il faudra un certain temps pour qu’une jeune femme lui tende un mouchoir en papier.
Avec ce baromètre annuel, qu'elle publie depuis maintenant 21 ans, SOS Homophobie donne un indice de la teneur de l'homophobie qui persiste dans le pays. C'est le seul baromètre existant en France, parce qu'il n'y a pas de statistiques officielles, nous explique son président. "Nos chiffres sont basés sur les témoignages reçus par l'association via trois canaux, la ligne d'écoute anonyme et gratuite, le chat d'écoute ou le formulaire sur le site internet", admet Joël Deumier.
Encourager les témoignages
Mais, nuance-t-il, "on peut imaginer que l'homophobie est beaucoup plus importante, parce que toute une partie des victimes ne témoigne pas".
"Lorsqu'on dit qu’il y a une agression homophobe tous les trois jours en France, on est en deça de la réalité parce qu'un certain nombre de victimes qui ne témoignent pas".
Et c'est là toute la complexité du phénomène. Comment jauger le poids exact de l'homophobie dans la société, comment le chiffrer précisément ? En recoupant le nombre de témoignages reçus par les associations et les plaintes déposées par exemple ? Ça peut être une piste, acquiesse Joël Deumier : "En 2016, la Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT) a pris pour engagement de favoriser la communication par la police et la gendarmerie de statistiques de nombre de plaintes déposées pour homophobie ou transphobie. Ça veut dire que ces statistiques vont être mises à disposition des associations, on va pouvoir renforcer nos statistiques grâce à cet apport là". Mais, nuance-t-il :
"Toute la question est de savoir si les gens oseront porter plainte."
Dans son rapport, SOS Homophobie fait état de problématiques prises en charge des victimes. Dans un cas, une policière a par exemple refusé de retranscrire sur le procès-verbal l'insulte "sale gouine" proférée lors de l'agression d'une femme. Dans un autre, un policier a nié le caractère homophobe de l'agression d'un homme après qu'il a été violenté à la suite d'une rencontre sur Internet.
Mais Joël Deumier ne dresse pas un tableau complètement noir de la situation pour autant. Il note que les victimes témoignent plus facilement qu'auparavant, du moins auprès de SOS Homophobie. "Il y a une facilitation du coté des victimes pour témoigner, franchir le pas, ou témoigner en ligne sur les actes des agressions LGBTphobes", admet-il : "Plus on fait de lois en faveur des LGBT, plus on leur donne des droits, et plus ils se sentent légitimes à témoigner, dénoncer les actes". Et de citer, la loi "historique" adoptée en 2016 en faveur des transgenres français en vue de leur procédure de changement d'état civil.
"Le coup de projecteur sur la question a permis de délier les langues", observe Joël Deumier. Selon lui, "les personnes trans se perçoivent beaucoup plus comme des victimes" dans un contexte où leur "visibilité est plus forte" et elles ressentent les discriminations de manière "beaucoup plus choquante" et "intolérable".




