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Béton, croissance et finances: le terreau idéologique de Macron
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Publié par Alencontre le 14 – mai – 2017
«Passation de pouvoir»… de qui?
Par Hervé Kempf
Emmanuel Macron est un personnage remarquable: on ne gravit pas aussi rapidement les échelons de la pyramide du pouvoir si l’on n’est pas doté de qualités exceptionnelles. Et même si la chance a largement joué son rôle – la faillite de François Fillon, la déliquescence plus rapide que prévue du Parti socialiste –, la capacité à s’engouffrer dans les opportunités est un talent que tous n’ont pas. Il ne fait pas de doute que cette énergie ascensionnelle va continuer à se déployer dans les premiers mois de la nouvelle présidence.
Il reste que M. Macron n’a pas gravi la montagne à la force de son seul poignet. Massivement soutenu par tous les médias des dominants (faut-il encore rappeler que la «presse» est aujourd’hui l’instrument des Arnault, Bolloré, Bouygues, Dassault, Drahi, Lagardère, Niel, Pigasse, Pinault… ?), il n’a pas gagné à la loyale. Plutôt qu’un duel Macron-Le Pen, on aurait pu assister à un duel Macron-Mélenchon bien plus stimulant si la presse oligarchique n’avait pas pilonné dans la dernière ligne droite le candidat de la France insoumise. Mais l’oligarchie avait bien sûr choisi son camp. Ce serait Fillon ou Macron. Fillon tombant à l’eau, ce fut Macron.
Homme remarquable, appliquant les méthodes entrepreneuriales en vogue – En marche a appliqué tous les outils marketing et a fonctionné en mode « start-up », comme l’a raconté Mediapart -, M. Macron n’en est pas moins porteur des idées du vieux monde. Le vieux monde? Celui où l’on croit que la croissance reste le moteur de l’équilibre social, que la question écologique est secondaire, et qu’une société peut vivre sans désordre avec de fortes inégalités.
Pour grimper rapidement, M. Macron a adopté les idées de ses parrains. Ou étaient-ce les siennes? Peu importe. Deux hommes en particulier l’ont propulsé vers les hautes sphères: Henry Hermand [1924-2006, (ex)président de la société HH développement opérant dans l’immobilier commercial, les infrastructures sportives haut de gamme, la presse, créateur de la Fondation Saint-Simon et membre de la République des Idées, lié au PS], millionnaire ayant fait fortune dans la construction de centres commerciaux dévoreurs de terres agricoles et propageant l’étalement urbain, et Jacques Attali qui recruté Macron, en 2007, dans sa «Commission pour la libération de la croissance».
Le nom de cette commission créée par M. Sarkozy en disait tout. Parmi les prescriptions qui révélaient la pertinence de ses analyses, il y avait la libération accrue des règles du marché financier parisien, un an avant que n’éclate la grande crise financière… Mais l’oligarchie n’a cure de ses erreurs, et M. Attali continue à parader, tandis que ses poulains galopent dans les prairies du pouvoir. Et de l’argent, puisque M. Macron est passé par la banque Rothschild.
Béton, croissance et finances, voilà donc le terreau idéologique sur lequel M. Macron s’est épanoui. Le nouveau président a déjà quatre ans d’expérience gouvernementale à son actif, à l’Elysée où il a conseillé François Hollande dans son orientation néo-libérale, puis au ministère de l’Economie.
Et la liste des actes ou intentions de M. Macron parle d’elle-même : travail le dimanche, facilitation de l’affichage publicitaire, permis de recherche de gaz de schiste, soutien au projet nucléaire d’Hinkley Point, autorisation de l’extraction de sable à Lannion, accord très favorable aux sociétés autoroutières, encouragement à l’exploitation minière en Guyane, amendement législatif sur les déchets nucléaires à Bure – l’écologie est le cadet des soucis du nouveau président.
Et les signaux qu’il a lancés ne sont pas très positifs : en matière d’agriculture, il veut « continuer le combat » de son « ami » Xavier Beulin, chantre de l’industrialisation agricole et de la compétitivité. Son programme d’investissement sur la transition écologique s’élève à un modeste 15 milliards d’euros sur cinq ans, moins, rappelait Thomas Porcher, lors de notre Alter soirée électorale, que le coût du projet nucléaire d’Hinkley Point en Angleterre. Quant à son entourage proche, il vient pour partie du monde du béton de son parrain Henry Hermand: avant de rejoindre En marche comme porte-parole, Benjamin Griveaux était chez Unibail Rodamco, grand promoteur de l’immobilier commercial – qui veut par exemple lancer le grand centre commercial Val Tolosa qui suscite une opposition de masse à Toulouse. «Le programme Macron fait saliver les promoteurs», signale La Lettre A (du 27 avril 2017) en laissant notamment prévoir l’abaissement des possibilités de recours contre les permis de construire.
Sur les autres domaines que l’environnement, n’attendez pas de progrès. Le mot «inégalité» n’apparaît pas dans le Programme d’Emmanuel Macron, pas plus que celui d’évasion fisacle. Une nouvelle loi Travail sera imposée par ordonnances (une variante du 49.3, consistant à forcer la main au Parlement pour légiférer), et pour la «sécurité», «on» embauchera 10’000 policiers et gendarmes supplémentaires et l’«on» construira 15’000 places de prison.
Tout cela n’est guère encourageant. Le néo-libéralisme continue sous de nouveaux habits, l’écologie est marginalisée, le vieux monde perdure.
Mais il craque. Le niveau étonnamment élevé des votes blancs ou nuls au deuxième tour de l’élection présidentielle montre que de plus en plus de gens ne supportent plus le chantage qui nous est imposé entre le fascisme et le néo-libéralisme. L’assise de M. Macron n’est pas solide. Et autre tournant porteur d’espoir de cette campagne présidentielle, le camp de la gauche a solidement intégré l’écologie dans sa vision du monde et dans sa politique. Il reste à ce que ce camp s’unisse. Sinon les vieilles idées de M. Macron continueront à détruire le monde. (Publié dans Reporterre le 9 mais 2017)
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Hervé Kempf, ancien journaliste au quotidien Le Monde, est l’auteur, entre autres, des ouvrages suivants: Tout est prêt pour que tout empire. 12 leçons pour éviter la catastrophe, Le Seuil 2017; Comment les riches détruisent la planète (Collection poche, Points, janvier 2014), Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (Collection poche, Points, janvier 2014)




