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Cinéma: Retour à Forbach
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/idees/culture/retour-forbach
De Régis Sauder. Sortie le mercredi 19 avril.
Sélectionné au Festival international du film du réel, un beau film encore dans quelques salles et bientôt disponible en DVD… Les amateurs de documentaires avaient déjà repéré Régis Sauder pour Nous, princesses de Clèves. Le cinéaste revient trente ans après dans sa ville natale, ville du charbon, ville de frontière, « porte de France », avec sa « rue nationale » qui s’est appelée à un moment du 20e siècle « Adolf Hitler Strasse »… S’il n’existe pas de gens ni de lieux simples, il faut dire que Forbach et les forbachois sont vernis sur le plan des paradoxes et de la complexité. Et le grand mérite du metteur en scène, c’est de ne pas renoncer à démêler ce qui semble inextricable : « Ne pas chercher à se souvenir, oublier plutôt que de penser, ne pas raconter, c’est la maladie du siècle ».
En 1 h et 18 mn, impossible de faire une analyse socio-économique, historique et politique : ce n’est donc pas son entrée, il dispose d’autres moyens, lui le petit-fils de mineur, lui qui fréquentait plutôt les filles et les arabes et qui a eu à en souffrir… L’affaire n’était pas simple et la réussite est d’autant plus éclatante : sur une réalité d’une grande violence, Régis Sauder pose un regard d’une douceur qui ne cède pas. Il ne surplombe pas, n’assène pas : dans de longs plans fixes, ces personnages interviewés – certains sont des amiEs retrouvés, Flavia, Mohamed – s’expliquent, prennent leur temps, s’adressent à lui derrière la caméra, se taisent et réfléchissent. Et nous, spectateurs, avec eux. Et c’est ce regard-là qui crée la beauté de cette ville pas vraiment touristique et de ses habitantEs.
Son Retour à Forbach est tout sauf un règlement de comptes, plutôt une tentative de solder une dette. Mais une dette dont la source ne se tarira peut-être pas. C’est tout le mal que nous lui souhaitons. Ici, tout le sous-sol est un gruyère et Régis Sauder continue de creuser… Un cinéaste à suivre.
Fernand Beckrich




