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Un assureur comme directeur de cabinet de la ministre de la Santé
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Gilles de Margerie est le nouveau directeur de cabinet de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Inspecteur des finances, il a démissioné jeudi soir de ses précédentes fonctions, celles de directeur général adjoint chez Humanis, le troisième groupe de protection sociale français.
Agnès Buzyn, la nouvelle ministre de la Santé, a nommé Gilles de Margerie en qualité de directeur de cabinet. Il a démissioné jeudi soir, à effet immédiat, de ses précédentes fonctions, celles de directeur général adjoint dans le groupe de protection sociale Humanis. Plutôt financier, son profil est complémentaire à celui de la ministre, professeure de médecine. Il pourra diriger les travaux voulus par Emmanuel Macron, la réforme des retraites, mais aussi et surtout la meilleure articulation du rôle de l’Assurance-maladie et des assureurs complémentaires.
Voilà une nomination qui ne laisse plus aucun doute sur les intentions du nouveau président de la République, Emmanuel Macron. Après une longue journée de tractation, hier, Gilles de Margerie va être nommé directeur de cabinet de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn. Un assureur, donc ! Gilles de Margerie était en effet directeur général adjoint du groupe Humanis, le troisième groupe de protection sociale paritaire du marché (assurance santé, prévoyance et retraite complémentaire). Il a démissionné à effet immédiat jeudi soir.
C’est un attelage inédit et pour la première fois, les assureurs, généralement conspué par le monde médical, entrent dans la bergerie. Par la grande porte ! A n’en pas douter cette nomination va faire jaser. Nicolas Revel, le patron de la Cnam, que nous disions pas très enthousiaste concernant l’arrivée de monsieur de Margerie, dément les réserves que nous lui avons attribuées.
Gilles de Margerie a le profil de l’emploi et une certaine complémentarité avec Agnès Buzyn. Professeur de médecine, la nouvelle ministre de la Santé aura besoin de cet homme de chiffres. Ancien élève de Ecole normale supérieure (ENS), agrégé de sciences sociales et ancien élève de l’ENA, il avait commencé sa carrière en 1983 à l’Inspection générale des finances. Il a naturellement fréquenté les cabinets ministériels, celui de Roger Fauroux à l’Industrie et aussi celui de Michel Rocard, comme conseiller technique chargé des affaires industrielles. Depuis 1992, il est dans le privé, dans le groupe Crédit agricole d’abord, puis associé gérant senior chez Ricol Lasteyrie, société d’expertise et de conseil financier.
Depuis 2013, il occupait le poste de DGA chez Humanis. Il a participé, sous la conduite du directeur général, Jean-Pierre Menanteau, lui aussi énarque, au redressement financier d’Humanis _ l’équilibre des comptes a été retrouvé pour l’exercice 2016 _ et à la fusion opérationnelle des trois entités qui composaient le groupe (Novalis-Taitbout, Aprionis et Vauban-Humanis).
Membre de plusieurs think-tank progressistes, les Gracques ou du club En Temps Réel, cet homme qui penche plutôt à gauche, a un solide réseau.
Articulation. Sa complémentarité avec la ministre de la Santé est aussi de bon augure pour mener à bien les desseins présidentiels en matière d’assurance santé. Emmanuel Macron souhaite en effet que les Français soient mieux remboursés de leurs dépenses de santé. Il a annoncé qu’à la fin de son quinquennat, les dépenses d’optique, de prothèses dentaires et d’audioprothèses devraient être intégralement prises en charge. Cela représente près de 4,4 milliards de dépenses nouvelles, selon le pointage de la Mutualité française. Si un tel transfert devait peser sur les assurances complémentaires, elles ont déjà toutes annoncé que les tarifs allaient mécaniquement augmenter. Un argument qu’Emmanuel Macron refuse d’entendre.
Pour le président de la République, le transfert doit s’opérer sans hausse de tarifs chez les assureurs, mais à la faveur d’une meilleure articulation entre l’Assurance-maladie et les complémentaires santé. En creux, cela signifie aussi que la place des complémentaires au sein du système de santé français est désormais reconnue ou du moins en passe de l’être.
C’est aussi une bonne nouvelle pour la réforme des régimes de retraites qu’entend mener le nouveau président, et qui relève du même ministère. Il veut créer un régime unique en points, qui donnerait à tout le monde les mêmes droits pour chaque euro cotisé, quel que soit le statut professionnel (salarié, fonctionnaire, indépendant...). Or, chaque groupe de protection sociale est doté d’une caisse de retraite complémentaire Agirc (pour les cadres) et d’autre autre Arrco (pour tous les salariés du privé), qu’il gère.
C’est donc un fin connaisseur du monde l’assurance et de la retraite qui va piloter cet énorme chantier. Un choix, finalement raisonné.




