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Hanouna: un salaud ordinaire
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http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2017/05/24/un-salaud-ordinaire-604752.html
Je sais, évoquer Cyril Hanouna, c’est un peu se salir. Ce pitre navrant est à lui seul un tel concentré de bêtise et de vulgarité qu’on se sent éclaboussé par sa seule existence. Je ne suis franchement pas bégueule, toutes les formes d’art populaire m’intéressent, dessin animé, BD, humoristes, rock, music hall, j’ai même fait des recherches sur le pétomane (Si !) mais là c’est autre chose, c’est du décervelage au stade industriel. Même Bigard est fin, à côté. Les quelques moments de son émission qu’il m’est arrivé de regarder m’ont fait honte. Honte de voir ça, honte d’appartenir à l’humanité dès lors qu’elle est capable de se ravaler à ça. Mais ça existe, ça plaît à des millions de gens, on ne peut pas juste l’ignorer et parler de Bernanos ou d’Agamben. C’est une réalité. Culturelle, même, si on veut. Massive. Qui fait très mal, qui participe, sous prétexte de divertissement, à la misère du monde, en abattant sur les cerveaux des plus fragiles une chape de lourde bêtise satisfaite d’elle-même.
Hanouna, avec son rictus perpétuel, son regard vicelard, son goût des vannes dégradantes, sa manière de déshabiller les autres de leur dignité en public, en s’arrangeant pour qu’ils aient l’air contents de leur indignité, c’est l’incarnation parfaite du salaud, c’est-à-dire celui qui, en toute conscience, et pour son profit, s’évertue à entraîner les autres vers le bas, qu’ils soient acteurs ou spectateurs de ses petits jeux de pervers.
Ce salaud a poussé la saloperie jusqu’à piéger au téléphone de jeunes homos pour les entraîner à une conversation de séduction qu’ils croyaient privée, et qui était en réalité écoutée par un million de crétins hilares. Aujourd’hui, cela fait scandale, le salaud parle d’erreur, mais cette ignominie est dans la logique de son émission, et au-delà dans la logique de ce type de divertissement, qui fait commerce de l’intimité. Pasolini disait dans son discours de 1974 à la fête de l’Unita : « nous assistons à une forme de fascisme complètement nouvelle et encore plus dangereuse. On assiste dans notre pays à un remplacement des valeurs et des modèles dans lesquels les moyens de communication de masse, et en premier lieu la télévision, ont joué un grand rôle. […] Jusqu’à présent, de la façon dont on s’en est servi, ils ont été un instrument […] de génocide culturel. » C’est exactement cela. L’émission d’Hanouna, c’est la république de Salo par le rire et l’humiliation.
Ses chroniqueurs, les Lemoine, Delormeau, Maillet sont co-responsables de ce qu’il fait. Quand ils le défendent en invoquant la liberté d’expression, ils insultent la liberté d’expression. Ce qu’a fait Hanouna n’a rien à voir avec la liberté d’expression, il n’a émis aucun avis, aucun jugement, il n’a pas fait d’humour sur une catégorie de la population ou une religion, il a piégé des gens dans leur intimité, il les a donnés en pâture au public. Si cela avait été des jeunes femmes hétérosexuelles, ç’aurait déjà été immonde. Mais sur des garçons homosexuels dont on sait à quel point ils peuvent faire l’objet de brimades, de moqueries ou de violence, c’est particulièrement ignoble. Ceux qui ont assisté à ça sans rien dire, ceux qui ont ri sont complices. Et, encore une fois, cela n’a rien d’exceptionnel, c’est dans le droit fil d’une entreprise de dégradation systématique, de basse démagogie.
Et, bien entendu, Hanouna n’est pas du tout homophobe. Toutes ses pensées sont bonnes et sympathiques, il est anti-raciste, forcément, pour le droit à la différence, bien sûr, bref il est plein de bonnes intentions. C’est juste ce qu’il fait qui est dégueulasse. Et il ne le regrette, évidemment, que lorsque les réactions lui semblent un peu dangereuses. C’est le rapport de forces qui fait le regret. C’était une erreur. Il a déconné. Pas une raison pour s’acharner sur le pauvre garçon.
Que disent les abrutis qui ont humilié, molesté, violé, agressé, harcelé, quand ils se font prendre ? « c’était une connerie », « c’était juste pour rigoler ». Et ils regrettent, bien sûr. C’est immanquable. Mais quand ils avaient le pouvoir de faire le mal, ils l’ont fait.
L’humour, l’ironie sont salvateurs la plupart du temps. Mais le diable ricane. Ce n’est pas de l’ironie : c’est la négation pure, la jouissance de la dégradation. J’exagère ? Je ne crois pas. Pas plus que Pasolini quand il considérait que le nouveau fascisme, c’était la standardisation des esprits par la télé et la société de consommation, le génocide des esprits.




