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La Scop des ex-Fralib boit la tasse

Brève publiée le 9 août 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.leparisien.fr/economie/la-scop-des-ex-fralib-boit-la-tasse-04-08-2017-7174560.php

Près de trois ans après la création de leur coopérative ouvrière, les ex-salariés de Fralib ont lancé une campagne de financement participatif pour récolter 700 000 euros. L'usine de thés et infusions perd de l'argent.

Un cas d'école. Scop Ti, la société coopérative ouvrière provençale de thés et d'infusions, faisait office de sujet pour les terminales STG lors du baccalauréat. Un coup de pub dont la société, née en 2014 lors de la reprise du site de Gémenos (Bouches-du-Rhône) par d'anciens salariés de Fralib, a bien besoin car la belle histoire s'avère plus compliquée que prévu... Au point qu'une campagne de financement participatif est ouverte depuis le 13 juillet (Scop-ti.fr). L'objectif est de récolter 700 000 euros pour réussir à colmater un gros trou de trésorerie.

Le conflit avec Unilever, ancien propriétaire de Fralib, s'était pourtant terminé avec un chèque de 20 M€ pour la Scop. « La moitié concernait les arriérés de salaires et cotisations non versés, 7 millions d'euros correspondaient à la valeur des machines et les 2,8 millions restants étaient pour nous lancer », détaille Gérard Cazorla, président bénévole du conseil d'administration. Une somme rapidement rongée par les déficits. « A un moment, nous perdions 100 000 € par mois ; aujourd'hui, c'est moins », assure, sans vouloir donner de chiffres précis, l'ex-secrétaire CGT de 59 ans.

Un seul distributeur au niveau national

« On espère atteindre l'équilibre mi-2018 », ajoute Gérard Cazorla. Voilà qui signifierait remplir l'objectif d'un chiffre d'affaires de 5 M€ contre 3 M€ prévus pour cette année. Pour y parvenir, la société mise sur ses marques, 1336 — comme le nombre de jours de lutte — et Bio Scop Ti. « On manque encore de notoriété », diagnostique Gérard Cazorla. Seul Auchan les distribue au niveau national (voir ci-dessous), ce qui ralentit la production : 35 tonnes de thés et d'infusions des marques Scop Ti devraient sortir de Gémenos cette année alors que l'objectif était de 60 tonnes...

Autre problème : la production des marques distributeur (MDD) de Super U, Leclerc, Intermarché et Carrefour ne permet de couvrir qu'une partie des frais d'utilisation des machines. Or l'usine en compte quarante, qui sont loin d'être toutes utilisées. Ainsi, celles qui agrafent les sachets, ce qui n'est pas autorisé pour la vente en France, prennent la poussière. « Les vendre ? On y réfléchit », confesse Gérard Cazorla.

 - 35 tonnes de thé sont sorties cette année de l'usine LP/R.B.

Trois pistes pour réduire les coûts

Avec 41 salariés, « la masse salariale est le poste de dépenses le plus important », prévient Gérard Cazorla. D'autant que, de mai 2015 à la reprise de la production trois mois plus tard, des embauches ont eu lieu malgré l'absence de production. « On s'était engagés auprès de ceux dont les droits à Pôle emploi s'arrêtaient. C'est sûr qu'on le paie aujourd'hui, mais on assume », plaide l'ex-secrétaire CGT. Quatre ex-Fralib attendent encore d'être embauchées.

Pour rentrer dans les clous budgétaires, Scop Ti mise sur l'affacturage (le fait d'être payé avant la production), l'activité partielle et la baisse du loyer payé de l'usine de 12 000 m2 à la métropole. « On a réussi à le descendre de 310 000 à 218 000€ par an, mais c'est encore trop pour une jeune entreprise », regrette Gérard Cazorla. Source d'espoir : un contrat avec un gros distributeur serait en bonne voie.

De leur côté, les salariés se démènent et changent parfois de poste. Yannick, 41 ans, est installé sur un siège d'opérateur. « C'est juste pour aujourd'hui, je suis responsable HSE (hygiène, santé, environnement). Mais, quand il manque du monde, on donne un coup de main », explique-t-il. D'autres, par le biais de l'association FraLiberThé, promeuvent bénévolement les marques de Scop Ti. Une pièce de théâtre a été jouée lors du Festival off d'Avignon pour faire écho à l'appel au public avec cette campagne de financement lancée en juillet.

Et si certains salariés sont quelque peu gênés de faire appel à la générosité des gens, le moral reste bon. Sébastien, opérateur de 38 ans embauché chez Fralib en 1998, y croit : « On a souvent cru que c'était fini et on a toujours rebondi. »

Difficile de se faire une place sur le marché

1336 a connu l'enfer du lancement d'une nouvelle marque. Trois ans après la reprise, seule une enseigne distribue ses produits dans toute la France : Auchan. « Nous avons été un partenaire de la première heure. Nous voulions les soutenir, explique une porte-parole de l'enseigne. Nous sommes les seuls, avec Franprix, à les vendre dans presque tous nos magasins. » Quatre des 18 références de 1336, les plus courantes, « sont présentes dans 90 % du parc Auchan ».

La relation commerciale s'est nouée à partir de l'hypermarché Auchan localisé à Aubagne (Bouches-du-Rhône). Les ventes dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la terre des Fralib, sont d'ailleurs « plutôt bonnes ».

Quant à Franprix (du groupe Casino), l'enseigne commercialise le thé 1336 partout où il est présent, mais ce commerce de proximité est surtout implanté dans les grandes villes.

Rude concurrence avec les grandes marques

Partout ailleurs, c'est plus compliqué. Super U commercialise la gamme 1336 uniquement en Bretagne et dans l'ouest de la France. Pour Intermarché, c'est dans le Sud-Est, tandis que pour Carrefour, c'est à Paris et dans le sud de la France. Quant à Monoprix, elle vend la marque uniquement dans ses 15 magasins de Marseille.

« En dehors de Paca, la marque pâtit d'un manque de notoriété », relève un distributeur. « Il est toujours difficile d'installer une marque agroalimentaire, souligne un autre. Et au rayon des thés, Lipton — qui appartient à Unilever — est la marque phare. »

Concrètement, il est difficile de concurrencer Lipton, qui rassemble à lui seul 45 % d'un marché à 500 millions d'euros. Au rayon bio, Scop Ti se heurte à un autre mastodonte : Jardin Bio. Cette marque française du groupe Léa Nature truste plus d'une vente sur deux en supermarchés ainsi qu'en magasins spécialisés bio.

Repères

1976 Unilever, multinationale anglo-néerlandaise, achète Fralib à Pernod Ricard.

1989 L'usine Fralib de Marseille déménage à 30 km, dans la zone franche de Gémenos.

1998 Au Havre, Unilever ferme l'usine Fralib. 122 emplois sont délocalisés à Gémenos.

2010 Unilever annonce la fermeture de l'usine de Gémenos et la délocalisation de la production.

 - Marseille, 2010. Les employés de Fralib manifestent contre la fermeture de leur usine. AFP/P.V.

2013 La justice annule pour la 3e fois le plan social d'Unilever.

2014 Unilever et les salariés signent un accord : Unilever versera 19 M€ pour le projet de Scop Ti mais celle-ci n'obtient pas la marque Eléphant.

2015 Scop Ti lance sa propre marque, 1336.

Juillet 2017 Scop Ti lance un sociofinancement.