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Manipulation des taux d’intérêt: la Société générale à l’amende
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
« Manipuler frauduleusement le Libor et tromper le marché financier pour influer sur les transactions financières mondiales a des conséquences d’une grande portée et de telles activités criminelles ne seront pas tolérées. » Le ton d’Andrew Vale, du FBI, était ferme le 24 août dernier pour condamner les pratiques de deux cadres de la Société générale ayant sciemment manipulé le Libor, le principal taux d’intérêt qui sert à déterminer les taux d’emprunt des entreprises, des particuliers et des financiers, un peu partout dans le monde. La banque française rejoint ainsi la liste d’une quinzaine de grands établissements pris la main dans le sac d’une telle pratique.
Pourquoi les banques internationales ont-elles voulu truquer ce taux d’intérêt si important pour le fonctionnement de la finance mondiale ? Et sont-elles punies à la hauteur de leur forfait ?
C’est quoi le Libor ?
Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut rappeler comment le Libor est déterminé, chaque jour, à Londres. Tous les matins, à 11 h, le fournisseur de services d’information Thomson Reuters, qui agit au nom de l’Association des banquiers britanniques en charge du processus, est à la manœuvre.
Il demande à un ensemble de banques de lui fournir pour dix devises – le dollar américain, australien, canadien et néo-zélandais, l’euro, le yen, la livre sterling, le franc suisse et les monnaies danoise et suédoise – les taux d’intérêt auxquels elles pensent pouvoir les emprunter sur quinze maturités couvrant des prêts d’un jour à un an. Le nombre de banques concernées va de six pour la couronne suédoise à dix-huit pour le dollar américain. Une fois éliminées les données aberrantes, Thomson Reuters fournit une moyenne des taux proposés à 11 h 30 et rend public les informations fournies par chaque banque.
Deux raisons de le manipuler
Les banques peuvent alors vouloir manipuler le processus pour deux raisons. Puisque les autres établissements vont connaître les taux proposés par chacune d’elle, ils vont savoir qui a des difficultés à emprunter : mentir, en disant que l’on peut obtenir n’importe quelle devise à un taux faible, vise à montrer que l’on est un établissement sans souci. C’est ce que reproche la justice américaine aux cadres de la Société générale.
La seconde raison est plus prosaïque : les traders de différentes banques ont tout intérêt à s’entendre pour prendre des paris et faire évoluer certains taux d’intérêt dans le sens qui leur permet de les gagner ! C’est ce qui s’est produit a priori pendant plusieurs années : la Société générale est condamnée pour une pratique frauduleuse allant « d’approximativement de mai 2010 à approximativement octobre 2011 », mais le cas d’autres banques montre que le marché a été manipulé dès 2005.
Une punition à la hauteur ?
Jusqu’à présent, le total des amendes infligées dépasse les 7 milliards de dollars. Est-ce suffisant ?
Il y a quelques années, un groupe de chercheurs a comparé les prises de risque des banques sur les paires devises/maturité les plus importantes et les taux qu’elles proposaient. Résultat : en manipulant ces derniers, les banques auraient gagné 22,8 milliards de dollars. Alors qu’elles ont triché sur une donnée clé du fonctionnement de la finance mondiale, la punition ne semble pas, pour l’instant, à la hauteur du méfait. Les deux cadres concernés de la Société générale sont toujours employés par la banque.




