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Catalogne - Le président de la Généralité ou l’art de couper la poire en 2
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://npaherault.blogspot.fr/2017/10/catalunya-info-en-continu-ou-presque.html
Sous réserve d'un approfondissement de l'analyse, nous devons relever que beaucoupd'observateurs, sous pression de l'événement, se laissent aller, ce soir, à des positionnements hâtifs, sensationnalistes ou primairement partisans n'intégrant pas des données essentielles combinées à des inconnues à repérer comme telles et pouvant peser dans un sens comme dans son contraire.
Ainsi, bien que la déclaration de Puigdemont soit ressentie douloureusement par de nombreux/-ses partisan-es de l'indépendance car il s'agit indéniablement pour eux/elles d'une défaite, rien n'est vraiment joué à l'avantage de Rajoy. En effet, le pire ennemi de celui-ci, c'est lui-même et, certain-es qui, à gauche, ont cru bon de se mettre dans son sillage, aux côtés de l'extrême droite, pour barrer la route à la déclaration d'indépendance, devraient se montrer prudent-es sur l'idée qu'ils/elles ont gagné.
Rajoy, très en difficulté sur des affaires de corruption instruites en justice, sur la corde raide dans l'obtention de la majorité parlementaire nécessaire pour gouverner (il dépend de l'appui des nationalistes basques du PNV proches de Puigdemont !) et encouragé dans sa politique de fermeté envers la Catalogne par une Union Européenne en dérive autoritaire, sera tenté de "tuer" le défi catalan : dès la fin de l'allocution du President, son entourage s'est empressé de déclarer que la palinodie de celui-ci était encore trop pour lui puisqu'elle inclut une déclaration d'indépendance. Peu leur chaut qu'elle ait été suspendue, pour ainsi dire, indéfiniment : leur radicalité espagnoliste, aux relents d'un franquisme très mal refoulé et s'alimentant à ce que la constitution démocratique espagnole recèle de continuités avec la dictature, les pousse à vouloir mettre en oeuvre l'article 155 de ladite constitution, autrement dit à casser l'autonomie catalane.
Si cela devait se produire, et l'annonce par le Tribunal Constitutionnel, pièce maîtresse de l'autoritarisme "démocratique" en cours, qu'il va proposer demain l'invalidation de la déclaration d"indépendance "autosuspendue" faite ce jour, pousse dans ce sens, le coup de poker de Puigdemont s'effondrera piteusement : ayant perdu l'appui parlementaire de la CUP et donc devant provoquer des élections anticipées, il perd le seul minime et dérisoire argument qu'il pensait avoir avancé pour faire avaler la pilule de la suspension de la déclaration d'indépendance à son électorat, à savoir l'idée que Madrid accepterait de négocier ladite indépendance. Or Madrid est décidée à obtenir une reddition en rase campagne au coût électoral s'annonçant très élevé pour le parti de Puigdemont, déjà politiquement très affaibli et ayant compté sur la démarche indépendantiste pour se refaire une santé.
Pris en tenaille entre une CUP intraitable, pour maintenir son soutien parlementaire, sur le respect de la feuille de route indépendantiste qui aurait dû amener à la DUI, et un Parti Populaire décidé à lui faire payer son audace anti-espagnoliste, Puigdemont ne peut même pas compter recomposer sa majorité parlementaire avec un PSC, ce soir subitement conciliant envers lui, mais ayant pris ouvertement parti, depuis le début, contre le processus indépendantiste en soutenant les entraves judiciaires et politiques à celui-ci et, par là, s'étant totalement discrédité aux yeux de nombre de Catalan-es, pas tous au demeurant catalanistes... Sans parler qu'il vient d'être recadré par un PSOE à fond anticonciliateur pour avoir qualifié la position du President de "responsable" et avoir appuyé sa demande de dialogue. Ce PSOE du Montebourg espagnol en qui le Podemos de Pablo Iglesias (pas de ses anticapitalistes) voulait voir l'artisan d'une coalition de gauche avec lui permettant de renverser le gouvernement de Rajoy et de se porter candidate à gouverner à sa place, aura décidément confirmé, à travers son positionnement sur la question catalane, qu'il reste sur son orbite historique de parti dusystème en doublette avec le PP : ce soir il appelle Rajoy à mettre en route l'application de l'article 155 !
Nous avons donc, dans la situation créée aujourd'hui, tous les ingrédients d'une accentuation de la crise générée par le processus catalan en faveur de l'indépendance : si celui-ci a indéniablement reçu un coup de massue, il reste à voir comment sa base réagira face à la poursuite de la politique du pire par la coalition de fait entre le PP, le PSOE mais aussi un Ciudadanos qui se déporte toujours plus à droite pour se présenter comme l'alternative, propre sur elle, au parti de Rajoy. En peu de mots de conclusion provisoire, la déstabilisation de l'échiquier politique espagnol et catalan n'est pas près d'avoir été neutralisée par ce que d'aucuns voient, ce soir, contre l'évidence, comme une victoire du PP et un demi-succès de Puigdemont et comme un début de sortie de crise...La poire coupée en deux de Puigdemont ne sera-t-elle pas finalement la pomme d'or,autrement dit la pomme d'une discorde aggravée de la politique espagnole ?
Tout ce qui vient d'être écrit ici peut très bien être démenti par les faits, tellement la situation prête à ll'imprésivisibilité, mais devait être posé comme une série de repères politiques incitant à ne pas céder à l'impressionnisme médiatique.
Nous reviendrons très prochainement sur les développements de la situation.




