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La tentation souverainiste de Mélenchon

Mélenchon

Brève publiée le 23 octobre 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article42287

(Le Monde) Le chef de file de La France insoumise entend préparer les élections européennes de 2019 en reprenant le credo eurosceptique.

C’est ce que l’on appelle un « ballon d’essai ». En défendant, début octobre, leur amendement sur le retrait du drapeau européen de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, les députés insoumis ont voulu « avancer les pions ». Et s’assurer que leur discours autour de la souveraineté – que certains qualifient de « souverainiste » – trouvait un écho dans la population.

Finalement, l’amendement a été rejeté. Mais leur proposition a marqué les esprits, tout comme les déclarations mercredi de M. Mélenchon en commission des affaires étrangères de l’Assemblée sur l’augmentation de la participation de la France au budget européen. M. Mélenchon a estimé que six milliards d’euros ne reviennent pas directement ou indirectement au pays. Et de citer la phrase de l’ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher, « I want my money back » (« Je veux récupérer mon argent »). Il y a fort à parier que ces sorties seront commentées lors du cinquième « sommet du plan B » qui réunit La France insoumise (LFI) et ses partenaires européens, les 21 et 22 octobre à Lisbonne.

Jean-Luc Mélenchon le sait : s’il veut réussir les élections européennes de 2019, il doit s’ériger en meilleur adversaire d’Emmanuel Macron. Pour cela, il entend répondre au discours proeuropéen du chef de l’Etat par des positions eurocritiques, voire eurosceptiques. « C’est Macron qui pose le débat sur l’Union européenne. Jean-Luc Mélenchon a étudié tous ses discours. C’est une question de fond. Il faut s’en saisir, explique, sous couvert d’anonymat, un membre du petit cercle mélenchonien. C’est pour ça qu’il y a une tonalité très gaullienne à ses interventions sur ce sujet : il faut que la France soit fière de ce qu’elle est. » Il est vrai que lors de son discours à l’Assemblée le 10 octobre sur « l’avenir de l’Europe », M. Mélenchon a cité le général de Gaulle, et a notamment critiqué l’Europe de la défense.

Mais cette pièce maîtresse du dispositif Mélenchon va plus loin et évoque une volonté de « dialogue » avec « les souverainistes de droite ». « Il faut parler de la grandeur de la France, de sa place dans le monde, du fait de n’être aligné sur personne. C’est du patriotisme. Il ne faut pas laisser ces thèmes à l’extrême droite. L’enjeu est l’élargissement de La France insoumise. Cela passe par les souverainistes de droite. » Mais attention : pas question d’accords d’appareil ou d’alliance. De même, il n’est pas envisageable de parler ou de s’approcher de Florian Philippot et de ses amis – des « xénophobes infréquentables » – qui viennent de quitter le Front national. C’est une ligne rouge qui ne sera pas franchie.

 Plan A et plan B

L’un des objectifs qui sous-tend cette stratégie est, pour les « insoumis », une question de principe : reprendre les symboles républicains à l’extrême droite. D’où La Marseillaise à la fin des meetings et l’omniprésence des drapeaux français. « L’idée de laisser la nation au FN, c’est terrible !, s’étrangle Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis. Il faut reprendre les symboles de la révolution française à l’extrême droite. La gauche doit les revendiquer de nouveau. La nation a une vocation émancipatrice et progressiste qui est contraire au nationalisme. »

Au centre de la réflexion de Jean-Luc Mélenchon se trouve la « souveraineté du peuple » et, donc, la place centrale de la « nation ». L’ancien prétendant à l’Elysée défend l’idée d’un « plan A » – « sortie concertée des traités européens » et « négociation d’autres règles » – et d’un « plan B » – « sortie des traités européens unilatérale par la France » – en cas d’échec de la première méthode. Le premier comporte la fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne, la mise en place d’un « protectionnisme solidaire » ou encore une harmonisation fiscale et sociale.

Il s’en est expliqué une nouvelle fois dans son long entretien donné à l’hebdomadaire Le 1, paru le 18 octobre. « Leur Europe, celle des traités libéraux, a gagné. (…) On ne peut pas laisser faire l’Europe en défaisant la France », estime M. Mélenchon. Et de dénoncer par la suite les « élites sociales et médiatiques mondialistes » à qui il oppose la défense de « l’identité républicaine de la France ». « Nous sommes altermondialistes. J’ai été marqué par le sens du nationalisme latino, [qui] est de gauche, anti-impérialiste. » « Nationalisme », le mot est lâché. Et est une matière politiquement dangereuse à manipuler même si M. Mélenchon précise qu’il refuse tout « nationalisme qui serait un ethnicisme ».

 « Confusion »

Les « insoumis » se défendent avec véhémence de toute dérive droitière. Et soulignent qu’il s’agit de souveraineté, pas de « souverainisme ». La différence est de taille pour eux. « Le souverainisme a une connotation idéologique de droite. Cela renvoie à une conception de l’Etat qui pourrait frayer avec l’identité nationale. Nous sommes internationalistes », précise Charlotte Girard. La co-responsable du programme de LFI, rappelle que leur concept de « souveraineté populaire » s’ancre dans l’esprit de la Révolution de 1789. Les instances européennes ne peuvent pas l’incarner car elles ne sont pas « mandatées par le peuple ». D’où leur « illégitimité ». Mais Mme Girard est aussi très claire : « On ne va pas entretenir une confusion au motif qu’on voudrait s’acoquiner avec des gens de droite. Il ne faut pas créer de flou. »

« On veut s’adresser à la population au-delà des clivages. Et parler aux électeurs souverainistes de droite ne veut pas dire reprendre leurs positions », explique de son côté Manuel Bompard. Pour ce dirigeant de LFI, « la question de la souveraineté est fondamentale. On a toujours dit que la critique de la construction européenne était connectée avec la question de la souveraineté populaire. Or le cadre de la souveraineté est le cadre national. » Selon lui, il n’y a pas de confusion possible avec le souverainisme. « Pour nous, la nation est une construction politique », continue M. Bompard. Qui ajoute : « Il ne faut pas seulement réorienter la construction européenne mais la brutaliser pour faire bouger les lignes. La sortie de l’Europe n’est pas un sujet tabou mais ce n’est pas notre objectif. »

 « On est pris en étau »

Cette idée d’unir les eurosceptiques des « deux rives » n’est-elle pas simplement une façon de refaire ce que défendait Jean-Pierre Chevènement au début des années 2000 ? Pas vraiment, juge Eric Coquerel, qui fut de l’aventure chevènementiste. « Nous avons deux jambes. C’est indispensable si l’on ne veut pas dériver vers le souverainisme. Il faut que la question sociale soit présente », continue le coordinateur du Parti de gauche.

« Si l’on veut qu’un gouvernement de gauche réussisse en France, on doit pouvoir dégager des marges de manœuvres par rapport aux normes européennes. Mais nous sommes dans un contexte de globalisation. On ne peut pas être que la France. Il faut trouver des partenaires européens », souligne pour sa part Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis.

Pas sûr que ces gages de gauche satisfassent les communistes, avec qui Jean-Luc Mélenchon et ses amis avaient fait liste commune aux élections européennes de 2014 sous la bannière du Front de gauche, structure héritée de la campagne du non au référendum constitutionnel européen de 2005. « C’est clair que sa stratégie est souverainiste », tranche Marie-Pierre Vieu, eurodéputée membre du PCF qui fut la deuxième de liste (circonscription Sud-Ouest) derrière Jean-Luc Mélenchon en 2014. « Les élections européennes vont être compliquées. On est pris en étau entre la dérive libérale de la construction européenne d’Emmanuel Macron et l’idée de quitter l’Europe et l’euro », estime Mme Vieu.

Finalement, la position eurosceptique des « insoumis » peut arranger les autres formations. Elles ont ainsi un espace à occuper, entre MM. Macron et Mélenchon, celui d’une « vraie » gauche sociale et proeuropéenne. Un créneau qu’entendent occuper les communistes mais aussi Benoît Hamon et certains écologistes. Reste pour eux le plus difficile : s’entendre et ne pas succomber à la tentation de la division.

Abel Mestre


P.-S.

* LE MONDE | 21.10.2017 à 10h34 • Mis à jour le 22.10.2017 à 06h46 :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/10/21/la-tentation-souverainiste-de-jean-luc-melenchon_5204145_823448.html