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Interview de Poutou pour un journal russe

Brève publiée le 3 novembre 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Traduction de l’article publié dans le journal « Rossiyskaya gazeta » le 31.10.17

https://rg.ru/2017/10/30/kak-francuzskij-rabochij-hodil-v-prezidenty.html

Jeans et Palais

Comment un travailleur français est allé à la présidence

Le journal russe - Édition fédérale n ° 7412 (246)

Philippe Poutou connaît maintenant toute la France. Bien sûr. Parmi 11 candidats à la présidentielle aux élections du printemps, il était le seul travailleur. Contrairement aux hommes politiques professionnels, comme le souligne M. Poutou, "un homme au travail normal". Il est unique en son genre

Philippe Poutou: "Après les élections je suis retourné à l'usine et je travaille comme avant."

Philippe - le réparateur de machine outils. Il travaille depuis 21 ans dans l'usine automobile de Ford, dans la petite ville de Blanquefort, dans le sud-ouest du pays, à côté de Bordeaux. Dès son jeune âge, adhérent aux idées radicales de gauche. Et maintenant à la gauche de la gauche. C'est dans le parti, dont le nom parle de lui-même - "Nouveau parti anticapitaliste" (NPA).

La popularité de Philippe Poutou a sans doute été apportée au cours des débats des candidats à l'Elysée, qui se sont déroulés début avril pendant plus de deux semaines avant le premier tour de scrutin. Philippe a immédiatement attiré l'attention, apparaissant dans le studio télé pas dans un costume strict, comme d'autres candidats masculins, mais dans un T-shirt léger et un jean. Mais ceci, bien sûr, n'était pas la chose principale. "Il s'est distingué et tout le monde se rappelle avec quelle hardiesse à la prolétaire , il débitait la vraie Vérité, et plus important encore, attaquait habilement d'autres candidats, les mettant souvent dans une impasse. Beaucoup ont eu leur compte : Et François Fillon a eu sa part qui à l'époque était empétré par l'emploi fictif de sa femme, et le futur chef de l'Etat Emmanuel Macron, « l'ex-banquier et ministre, éloigné des besoins des gens ordinaires », et Marine Le Pen, Chef du front national qui, la veille avait ignoré la convocation des enquêteurs pour une affaire, invoquant son immunité à l'époque comme député européen, à qui il a dit sans ambages: « Quand les travailleurs sont convoqués à la police, ils y vont , il n'existe pas d''immunité ouvrière . ». Cette phrase s'est répandu et est restée dans la mémoire de beaucoup de ses compatriotes. Au second tour des élections, Philippe n'a pas réussi. Au premier tour, il avait 394 500 voix des votants (1,09%) ont voté pour lui. Lorsque le correspondant de la "Rossiyskaya Gazeta" l'a contacté, il lui a demandé si le "candidat ouvrier" savait qu'il n'avait aucune chance particulière d'aller plus loin, il a répondu:

- Je n'avais pas d'illusions, sachant d'après les sondages que je ne serais pas à l'Elysée. Pour moi et mes camarades, l'objectif était différent: faire connaitre nos idées dans tout le pays.

Poutou se plaint que les médias français l'ont appelé "petit prince de la politique". (traduction littéraire ...)

Philippe, comment se fait-il qu'un travailleur soit devenu candidat à la présidentielle? Est-ce votre idée?

Philippe Poutou : Non c'est bien sûr le parti NPA dont je suis membre. Auparavant, nous avions élu un facteur, Olivier Besancenot, lors d'élections similaires, et moi sur ces élections.

Vous demandez pourquoi? Probablement, parce que je travaillais à l'usine quand on a décidé d'arrêter la production, de mener le combat et de faire céder les propriétaires de "Ford".

Ainsi, aux élections de 2017, vous n'êtes pas allé seul, mais avec des gens partageant les mêmes idées.

Philippe Poutou: Avec qui d'autres ? Au niveau national, si vous voulez réaliser quelque chose, vous avez besoin d'une équipe. Les membres du parti, les militants, les membres du syndicat de gauche, la Confédération générale du travail (CGT), simplement des travailleurs comme moi.

"Philippe Poutou:" Après les élections je suis retourné à l'usine et je travaille comme avant "

Conduire une campagne avec préparation et organisation adéquates est indispensable.

Philippe Poutou : Certainement. Avant tout, pour obtenir le statut de véritable candidat à la présidence, il est nécessaire de recueillir les garanties de 500 élus - maires des villes, présidents des conseils départementaux ou régionaux. L'affaire est extrêmement difficile, surtout pour les candidats de petits partis. Après des mois, ça a marché. Avec les amis, on a voyagé dans tout le pays, pour les appeler à nous soutenir. Et quelques jours avant que le Conseil constitutionnel établisse la liste, on a été en mesure de fournir 573 signatures, ce qui m'a permis d'entrer dans la liste des 11 candidats.

D'où avez-vous reçu de l'argent pour la campagne? Il est clair que vos revenus de travail, et même les moyens de vos soutiens , nullement riches, ne suffiraient pas.

Philippe Poutou : Comme on dit, dans ce monde, il n'y a pas de héros .

Seulement pour l'essence, pour parcourir tout le pays à la recherche des signatures, ont été dépensés environ cent mille euros. Sans parler des tracts, des affiches, des rassemblements. Heureusement, que de l'état, comme pour les autres partis, nous avons immédiatement reçu une avance de 125 mille euros. Le fait qu'en vertu des règles existantes en France, les participants du premier tour de l'élection présidentielle, s'ils obtiennent moins de cinq pour cent des voix, et c'est mon cas, le Trésor rembourse 800.000 euros, y compris l'avance. Nous comptions dessus et, après avoir réuni le nombre de garanties nécessaires à la mi-mars, nous avons obtenu un prêt à la banque pour 647 000 euros. Et, bien sûr, nous avons fait de notre mieux pour ne pas dépasser ce montant.

Comment avez-vous réussi à combiner la campagne électorale et le travail à l'usine?

Philippe Poutou : De septembre dernier à mars, j'ai travaillé trois à quatre jours par semaine. Après cela, jusqu'aux élections à la fin d'avril, j'ai suspendu mon contrat avec l'entreprise conformément à la loi. Après l'élection, je suis retourné à l'usine et au travail, comme avant.

Comment les médias français ont-ils réagi par rapport à vous?

Philippe Poutou: Généralement ignoré, et les pages des journaux, les émissions de télévision et de radio ont parlé des candidats des grands partis. Et s'ils parlaient de moi, alors souvent c'était avec dédain, "du bout des lèvres", m'appelant "petit prince de la politique", une sorte de "rien du tout" social. Comme quoi, ce simple travailleur n'avait rien à faire dans la haute politique "

"Le candidat en jeans dans les médias français en général tout simplement ignoré

Certes, après le débat télévisé, le ton de la presse a changé. Vos tirades et vos attaques acérées ont provoqué un choc dans la presse. Et pas seulement dans la presse française. Ainsi, le New York Times a écrit que vous "avez donné une forme verbale à ce que pensent beaucoup de Français".

Philippe Poutu : En effet, je n'ai pas tenu ma langue (avec mes dents : expression russe...) mais j'ai exprimé ce que je pensais être juste. Les gens ne sont pas habitués à de tels discours francs, surtout dans les médias nationaux. Ensuite, beaucoup de gens m'ont dit que mon discours était perçu comme "une bouffée d'air frais".

Comment envisagez-vous les élections pour l'Elysée en 2022 ?

Philippe Poutou: je passerai mon tour. Ce sera quelqu'un d'autre de mes amis qui va essayer.