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Qu’est ce que le Bastion social ?

Brève publiée le 21 mars 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://liberation.checknews.fr/question/47411/quest-ce-que-le-bastion-social?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1521615112

Le Bastion social est un groupe d'inspiration fascisante né de la dissolution de l'organisation étudiante d'extrême-droite «Groupe Union-Défense», le GUD. Le Bastion social possède quatre locaux en France, à Lyon, Chambéry, Strasbourg et Aix-en-Provence. Un cinquième devrait ouvrir à Marseille. Le mouvement rencontre de nombreuses oppositions. Un de ses membres a été condamné à la de la prison ferme pour violence.

Mai 2017, IIe arrondissement de Lyon. Le Groupe union défense, très implanté dans le centre de la capitale des Gaulles depuis plusieurs années réquisitionne un immeuble inoccupé. Il y installe des «Français de souche», remarque Libération qui a visité ce «squat très sélectif».

L'immeuble prend le nom de «Bastion social». Au micro d'Egalité et Réconciliation (plateforme créée par Alain Soral, polémiste condamné pour antisémitisme et négationnisme), qui couvre l'évacuation par la police, le patron du Gud Steven Bissuel parle d'un «acte fondateur». Aujourd'hui, son équipe nous répond par mail que «le GUD, à l'échelle nationale, s'est mis en sommeil au profit du Bastion social.»

Phalangisme

Le manifeste des adeptes de la «préférence nationale»disponible sur leur site internet, oscille entre poujadisme («fiscalité confiscatoire») et xénophobie («théorie du grand remplacement», chère à Renaud Camus). Il s'attaque à l'«immigration incontrôlée» et à l'«ultralibéral mégalomane Macron». Ceux qui défendent «les nôtres avant les autres» écrivent:

Rompant avec l'espérance toujours déçue d'une solution immédiate et globale venant du «haut», incarnée par une femme ou un homme providentiel, nous nous inscrivons dans la durée, le travail local et quotidien, l'action concrète de proximité 

Le logo du Bastion social? Un phare, dont partent des flèches rouges. Dans une interview au site d'extrême droite Breizh-info, Steven Bissuel, le gudard devenu patron du Bastion explique qu'elles sont «la représentation du dynamisme de notre action, nous sommes un mouvement, c’est-à-dire que nous ne restons jamais statiques, passifs.» Ces flèches rappellent aussi celles des phalangistes espagnols.

Questionnées sur ce point par mail, les équipes du Bastion social bottent en touche, mais concèdent que «José Antonio Primo de Riveira et Ramiro Ledesma Ramo figurent en bonne position dans nos références». Le premier est le fils du dictateur espagnol Miguel Primo de Riveira (1923-1930) et fondateur de la Phalange espagnole – le second est le père des Juntes offensives national-syndicalistes. La conjonction des deux ? Un «fascisme espagnol», marqué par un «nationalisme fanatique», écrit l'encyclopédie Universalis.

«Néofascisme mouvementiste»

Dresser la généalogie idéologique du Bastion social implique de parler de Casapound Italia, mouvement néofasciste italien né dans les années 2000 de la même manière que le Bastion social, en occupant des immeubles pour y installer des nationaux. Pour le spécialiste des extrêmes-droites Jean-Yves Camus, «Le Bastion social fait du copier-coller de Casapound». Les intéressés s'en défendent, mais reconnaissent «des liens d'amitiés» avec les xénophobes italiens. Casapound a présenté des candidats aux dernières élections législatives italiennes, réalisant moins de 1% des votes – soit «190 000 voix», rappelle Jean-Yves Camus. Déjà auteur d'une analyse du mouvement dans les colonnes deLibé, il dresse à grands traits, pour CheckNews les orientations du Bastion social:

Il s'agit d'un courant qui ressemble à du «néofascisme mouvementiste». Ce terme de «mouvementiste» est très important. Pour emprunter à l'ultra gauche son vocabulaire, je dirais qu'il se définit par une volonté d'«intervention sociale», du côté des sans abris, des personnes en situation de précarité... Du moins tant qu'elles sont de nationalité française.

C'est d'ailleurs l'objet de la dernière campagne du Bastion social. Outre quelques tractages sur des parkings de grandes surfaces, les membres – dont l'organisation refuse de nous donner le nombre – se mettent en scène en train de donner à manger à de personnes sans domicile.

FN, BS et OAS

A Lyon, puis à Strasbourg, Chambéry et Aix-en-Provence, le Bastion social a ouvert des locaux. Sur Youtube, on peut suivre la visite en vidéo de plusieurs d'entre eux. Dans l'antenne alsacienne, l'Arcadia, on repère une affiche de Casapound Italia, un autocollant des Nordic White boys («sois blanc, sois créatif», lit-on sur le site du très droitiste collectif de graffeurs), un drapeau d'Aube dorée («des liens existent» avec le parti néonazi grec, nous explique le Bastion social), ou encore un exemplaire de Je ne regrette rien, livre de Pierre Sergent, militaire cofondateur de l'OAS et passé par le Front national dans les années 1970 et 1980.

«Nous n'avons aucuns liens directs avec le FN/RN [Rassemblement national, nouveau nom du FN]», assurent toutefois les équipes du Bastion social. Même si «il y a pu avoir des membres du BS qui sont passés par ce parti durant leurs années d'engagement politique.» En tout cas, et comme le collationne le site anti-fasciste La Horde, plusieurs responsables frontistes défendent et soutiennent ouvertement le mouvement sur les réseaux sociaux, comme le sénateur de Marseille Stéphane Ravier, le député européen Jean-François Jalkh, et Frédéric Châtillon, ancien patron du GUD et proche de Marine Le Pen.

Contre-mobilisations

A Strasbourg, plusieurs manifestations de riverains et de militants de gauche leur ont permis de marquer leur opposition à l'installation du Bastion social. Le conseil municipal strasbourgeois a aussi unanimement demandé à la préfecture de fermer le local, pour l'heure sans succès, rapporte Libé, dont la correspondante sur place remarque:

Lionel Benis, vice-président de l’Arcadia, figurait sur la liste du candidat FN aux municipales de 2014.  Dans une vidéo, le trésorier Thomas Beauffet, avant d’appeler à voter Marine Le Pen, se déclare «purement et simplement fasciste», comparant les étrangers à «des rats». Puis il y a le président de l’association, Valentin Linder, ex-GUD, qui aime poser avec un fusil automatique sur Instagram.

Le-dit Thomas Bauffet, trésorier du Bastion social, a été condamné à huit mois de prison ferme pour l'agression d'une jeune homme d'origine algérienne, au sortir de l'inauguration de l'Arcadia. Il était accompagné d'un autre homme, condamné à six mois avec sursis.

A Chambéry, des manifestations ont aussi répondu à l'ouverture du local identitaire l'Edelweiss, plusieurs fois vandalisé.

Plus au sud, les contre-manifestations se sont fait plus discrètes, mais existent, selon le journal communiste La Marseillaise. En Provence, le Bastion social a récupéré des personnes du mouvement royaliste Action française (AF). L' «AF Provence a depuis longtemps des divergences idéologiques prodondes avec le reste du mouvement. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Action française est bien plus radicale», analyse Jean-Yves Camus. Sans dire où, le Bastion social promet d'envoyer des candidats aux élections municipales de 2019.