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Trois témoins racontent comment un occupant de Tolbiac a été blessé à la tête
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://reporterre.net/Trois-temoins-racontent-comment-un-occupant-de-Tolbiac-a-ete-blesse-a-la-tete
Lors de l’expulsion policière du site universitaire de Tolbiac vendredi 20 avril, un occupant a été blessé à la tête en chutant, selon les témoins interrogés par Reporterre. Les autorités démentent. On poursuit l’enquête.
Les faits se déroulent aux alentours de 5h vendredi 20 avril, à la faculté de Tolbiac, occupée par le mouvement étudiant. La police intervient pour en déloger les occupants. Deux témoins directs de la scène rapportent les détails à Reporterre. Un petit groupe d’occupants – dont les témoins, des SDF qui participaient activement à l’occupation depuis une dizaine de jours – tente de fuir la police en s’échappant par l’arrière du bâtiment, via les terrasses, qu’une échelle relie à une rue adjacente, la rue Baudricourt. Des policiers de la Brigade anti criminalité (BAC) leur donnent la chasse. Tous les occupants parviennent à descendre dans la rue, sauf un. Au moment où ce dernier allait descendre, un agent de la BAC lui agrippe une jambe. L’occupant, déséquilibré, bascule tête en avant et s’écrase au moins trois mètres plus bas.
Les deux témoins ont vu le geste du policier et la chute du fuyard. Un troisième témoin confirme à Reporterre leur description du corps, qu’il a vu à terre. Le blessé, tombé sur le visage, a du sang qui sort par la bouche, le nez et les oreilles. Les témoins tentent de le réanimer, en vain. L’homme est dans un état d’inconscience. L’un des témoins appelle aussitôt les pompiers, qui arrivent sur les lieux trente minutes plus tard et emportent le jeune homme.
Peu après, la police barre l’accès à la rue Baudricourt, lieu de la chute. À sept heures, les agents du nettoyage municipaux entrent dans la rue. Un des deux témoins directs les voit effacer les traces de sang au sol.
Nul ne sait précisément où se trouve samedi matin le jeune homme, ni qui il est. Des occupants de Tolbiac rapportent l’avoir vu lors de la première semaine d’occupation, avant son retour pour la nuit du 19 au 20 avril. Quant à son lieu d’hospitalisation, le flou demeure « total », aux dires du syndicat Sud Santé Sociaux vendredi après-midi. Après de premières nouvelles évoquant l’hôpital Cochin dans le XIVe arrondissement, il se pourrait que le blessé se trouve à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.
Quoi qu’il en soit, les ex-occupants de Tolbiac vont prochainement effectuer une déposition judiciaire, en s’appuyant sur les déclarations d’un témoin direct (l’autre craignant des représailles de la police) et du témoin qui a vu le corps à terre.
La préfecture de police a quant à elle publié un communiqué dans l’après-midi du 20 avril assurant « qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale ».
Cependant, dans un communiqué publié samedi 21 avril, le syndicat Sud Santé écrit : « De source hospitalière, nous savons qu’un patient a été proposé à la grande garde de neurochirurgie mais refusé parce que ne relevant pas de la chirurgie, et transféré dans un autre établissement. »Interrogé par Reporterre, un représentant du syndicat indique : « Ce que l’on sait de source hospitalière, c’est qu’il y a eu un coup de fil au service de garde de neurochirurgie du Kremlin-Bicêtre, et que le patient n’a pas été pris en charge, parce que le service était saturé à ce moment et que le cas ne relevait pas de la neurochirurgie. » Le blessé a été dirigé ailleurs. Le syndicat Sud Santé APHP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) demande à la direction de l’APHP de « lever le voile sur cette affaire ».
Dans un tweet publié à 12h30, l’APHP « dément fermement les rumeurs selon lesquelles un blessé grave aurait été conduit dans l’un des services de l’AP-HP à la suite de l’évacuation de #Tolbiac ».
Le site Paris Luttes indique de son côté qu’un rassemblement se tiendra devant l’hôpital Cochin samedi 21 avril à 14h « pour obtenir la vérité de la part des services hospitaliers ».
Réagissant aux déclarations de la direction de l’AP-HP, le syndicat Sud Santé AP-HP a publié vers 14h30 un communiqué qui en prend acte. Il précise : « Considérons les déclarations de l’APHP comme recevables, l’investigation doit porter alors vers l’équipe de premier secours qui a pris en charge la victime et reste de fait la plus à même d’en préciser et son état et l’hôpital où il a été transféré ».
Interrogé samedi midi par Reporterre, la Bridage des sapeurs-pompiers de Paris renvoie au communiqué de la Préfecture de police de vendredi après-midi, selon lequel « à 6 h 11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des Sapeurs-Pompier de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude ; l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 17h30 ».
Un point à éclaircir est celui de l’intervention de l’équipe de nettoyage rue Baudricourt et qui aurait, selon les témoins, enlevé le sang répandu. Dans un tweet, « la Fédération CGT des Services publics demande à la Ville de Paris de faire la lumière sur la question de l’éventuelle intervention d’une équipe municipale de nettoyage qui aurait effacé des traces de sang ».
Interrogé par Reporterre, Mao Peninou, maire adjoint chargé de la propreté de la Ville de Paris, indique : « Nous avons mené une enquête dans nos services. Qui conclut que n’avons ni nettoyé ni repéré de taches de sang ou quoi que ce soit de ressemblant à Tolbiac ou dans ses environs. »
Vendredi soir, à 18h, a également lieu un rassemblement devant le site de Tolbiac, barré par un cordon de CRS. Les organisateurs ont dénombré entre 1.200 et 1.500 personnes, qui clamaient, entre autres slogans : « Police partout, justice nulle part ! » Aux alentours de 19h15, entre 500 et 600 personnes sont partis en manifestation sauvage, en direction de l’avenue d’Ivry et la porte d’Italie, où ils ont bloqué un temps une partie du périphérique. La police a dispersé la manifestation entre la porte de Choisy et Ivry-sur-Seine. Toutefois, une partie des manifestants a rejoint le site de Censier, encore occupé par les étudiants, pour une AG inter-facs nocturne.




