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Nous ne condamnons pas les "violences" du 1er Mai
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/actualite/social-autres/nous-ne-condamnons-pas-les-violences-du-1er-mai
200 000 manifestantEs le 1er Mai contre la politique de Macron. Mais une seule information dans les grands médias : les « violences » commises lors de la manifestation parisienne. Et une seule question : condamnez-vous ces « violences » ?
Notre réponse est claire : non. D’une part, parce que ceux qui la posent n’ont aucune légitimité pour le faire. Les petits procureurs en charge du procès des violences urbaines sont en effet aux abonnés absents lorsqu’il s’agit de discuter et a fortiori de condamner la violence du système, la « violence des riches ». D’autre part, parce que même si nous ne partageons pas la stratégie de ceux qui font le choix de s’en prendre à un McDo ou à un concessionnaire automobile lors d’une manifestation populaire, nous ne nous trompons pas d’adversaire.
Indécence
Il fallait les voir, toutes ces belles âmes qui s’empressaient de s’offusquer des « terribles violences » commises dans les rues de Paris le 1er Mai, elles qui n’ont jamais un mot pour parler des salariéEs qui souffrent, parfois meurent au boulot ou sont poussés au suicide à cause de leurs conditions de travail, des migrantEs qui se noient en Méditerranée en raison des politiques anti-migratoires de la France, de celles et ceux qui meurent de faim et/ou de froid dans les rues, des étudiantEs, manifestantEs, grévistes, zadistes violemment agressés par les « forces de l’ordre », ou encore des jeunes violentés ou tués par la police dans les quartiers populaires.
Il fallait les voir faire le procès des « terribles violences » commises dans les rues de Paris le 1er Mai, et exiger de tout un chacun, notamment de notre camarade Philippe Poutou qui ne voulait pas rentrer dans le rang, qu’il s’en démarque, qu’il s’en désolidarise, qu’il les condamne, sans même se rendre compte de la vanité de telles exigences, et de leur portée tragicomique. Le système capitaliste exploite, affame, spolie, blesse, tue des centaines de millions de gens, et l’urgence de l’heure serait de présenter ses condoléances aux familles des vitrines ? Non merci.
Ne pas se tromper d’ennemi
Et l’on ne peut que regretter qu’ils soient particulièrement nombreux, à gauche, à avoir cédé à ces injonctions. Du PCF à LO, de la FI à la CGT, chacun, avec ses nuances, y est allé de sa petite formule, évoquant « l’alliance objective entre les casseurs et Macron », dénonçant la « confiscation de la manifestation du 1er Mai » ou stigmatisant les « méthodes de l’extrême droite ». Cinquante ans après Mai 1968, les positions du PCF qui s’insurgeait à l’époque contre « les agissements, les provocations et les violences des groupes ultra-gauchistes, anarchistes, maoïstes, ou trotskystes, qui font le jeu de réaction » semblent toujours d’actualité.
Nous sommes convaincuEs que seul un mouvement de masse, impliquant des millions de personnes, pourra faire reculer Macron. En ce sens, les actions violentes minoritaires ne sont pas, pour nous, à l’heure actuelle, au menu. Il s’agit plutôt de convaincre, largement, de la légitimité de nos luttes, de les organiser, et de favoriser la participation du plus grand nombre. Mais contrairement à ceux qui se sont empressés de condamner les « violences » du 1er Mai, nous n’avons pas de problème à affirmer que celles et ceux qui ont « cassé » ne sont pas nos ennemiEs.
Notre force, c’est notre nombre
Il faut lire et entendre celles et ceux qui sont désormais une force sociale et, ne leur en déplaise, politique, qui compte. Les vitrines brisées et les véhicules incendiés ne sont pas la conséquence d’une volonté de pure destruction, mais d’une vision du monde qui pousse à engager physiquement, militairement, l’affrontement avec l’État et le capitalisme. Quitte à abandonner aux « réformistes » et autres « mous », et c’est ici que les désaccords commencent, les millions qui n’y sont pas prêts et qui, telle est la différence avec Mai 1968, ne considèrent pas qu’une telle confrontation est aujourd’hui légitime.
Dans les milieux autonomes eux-mêmes, la discussion est ouverte. En témoignent les points de vue publiés sur le site paris-luttes.info, qui critiquent la dérive avant-gardiste et minorisante de certainEs animateurEs du cortège de tête. Chacun a en effet conscience que les milliers, souvent jeunes, qui ne se reconnaissent plus dans les défilés syndicaux traditionnels, sont partie intégrante des luttes en cours, et que les exclusives ne sont guère à l’ordre du jour. Notre force, c’est notre nombre, et nous devons refuser que l’État et ses appareils idéologiques tracent la frontière entre les bons et les mauvais manifestantEs. Sans sectarisme, sans opportunisme, mais avec la conviction maintenue que si nous luttons, c’est pour gagner. Pas pour se faire peur ou pour se faire plaisir, mais pas davantage pour se contenter de stratégies et de formes d’actions qui ont fait la preuve de leur seule capacité à mener à des échecs répétés.
Julien Salingue




