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Black blocks et cortège de tête, symboles de la mutation du mouvement social ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le rassemblement du 1er mai dernier a de nouveau été marqué par des affrontements entre forces de l’ordre d’une part et manifestants autonomes d’autre part. Comme lors du 22 mars et comme lors de l’ensemble ou presque des manifestations depuis deux ans, le cortège de tête, celui qui marche devant le carré syndical, a vu ses rangs se garnir. Après le 1er mai – comme souvent – les médias ont tourné en boucle sur le cortège de tête, les black blocks et les dégradations commises (le 1er mai c’est le McDonald’s situé boulevard de l’Hôpital qui a été attaqué, le 22 mars un LCL l’avait été).
Rares sont les sujets où l’ensemble de la classe politique tonne d’une même voix. Dans le cas de ces dégradations pourtant tous les représentants politiques ou presque ont le même discours. Si certains fustigent la supposée impunité des black blocks en attaquant l’Etat, à la gauche de l’échiquier politique la condamnation des « casseurs » a été unanime parfois de manière bien peu convaincante parfois avec des arguments plus recevables (comme ceux de François Ruffin par exemple). Dépeints en affreux vandales n’ayant aucun autre objectif politique que de semer la terreur et le chaos, les black blocks peuvent pourtant être vus comme l’un des symboles de la mutation du mouvement social.
De la légitimité
Dans sa dernière revue de la semaine, Jean-Luc Mélenchon a fustigé les black blocks allant même jusqu’à octroyer des brevets de révolutionnaire. Dans sa logique, les membres des black blocks voire même ceux du cortège de tête n’ont aucune légitimité et ne sont là que pour pourrir les rassemblements du mouvement ouvrier. C’est en substance ce qu’il a expliqué dans sa vidéo. Je crois néanmoins que sur ce point son analyse est quelque peu simpliste. Il est de prime abord évident qu’il ne revient pas à Jean-Luc Mélenchon de dire qui est révolutionnaire et qui ne l’est pas mais, plus intéressant, il me semble que le député de Marseille se trompe dans l’analyse politique et stratégique qu’il fait à propos de ces mouvements.
Finalement, le refrain qui a été entonné à chaque fois que des affrontements ont éclaté entre membres du cortège de tête et forces de l’ordre a été celui d’une forme de procès en légitimité. D’aucuns à gauche expliquent en effet que les membres du cortège de tête n’ont aucune légitimité et, pire, qu’ils ne portent aucune revendication politique. Pourtant, si ces affrontements sont devenus monnaie courante dans les manifestations depuis la mobilisation contre la loi El Khomri, il faut bien en étudier les raisons et les ressorts. Au-delà du simple cas des black blocks, c’est bien plutôt la question du cortège de tête dans son ensemble qui mérite d’être étudiée. Depuis 2016 en effet il est devenu courant qu’un nombre toujours plus grand de personnes décident de manifester devant le carré syndical et refusent de piétiner derrière celui-ci. Ce n’est d’ailleurs que grâce à cet effet de masse en tête du cortège que les black blocks peuvent agir de la sorte. Si le cortège de tête ne cautionne pas explicitement les agissements de ce que l’on appelle « casseurs », il ne les condamne pas non plus.
Au-delà des manifestations
Si les black blocks et le cortège de tête me paraissent symboliques d’une mutation du mouvement social, c’est précisément parce qu’ils renvoient tous deux à autre chose. Il me semble qu’arrêter l’analyse aux simples manifestations conduit à s’égarer en chemin. Affrontements, dégradations, présence d’un cortège de tête ne seraient-ils pas finalement un symptôme qu’il convient de mettre en regard d’une analyse plus large ? C’est mon parti pris. Je l’ai dit plus haut, la prolifération du cortège de tête date de 2016 et de la mobilisation contre la loi El Khomri. Il ne me parait pas absurde de voir dans cette prolifération le reflet de bouleversements au sein de la société et in fine dans le propre sein du mouvement social.
Si l’on voulait être provocateur, on pourrait dire que les membres du cortège de tête sont les préfigurateurs du lancement de la France Insoumise en cela qu’eux aussi ont débordé des cadres habituels pour inventer de nouvelles manières de revendiquer, la violence indéniable qui est la leur ne faisant qu’écho à la violence de la société dans laquelle nous vivons et à la violence symbolique exercée par la caste au pouvoir depuis des décennies. Plus largement, la symbolique même d’un cortège de tête qui viendrait dépasser les syndicats me parait être une grille d’analyse intéressante. Il n’y a d’ailleurs, à mon sens, pas de hasard si le lancement de Nuit Debout est concomitant à la montée en puissance de ce cortège de tête. L’un comme l’autre ne sont finalement que les visages différents d’un même mouvement d’émancipation des centrales syndicales qui, à ce titre, avaient été singulièrement tancées par leurs bases lors de la mobilisation contre la loi El Khomri pour ne pas être allée assez loin. Plutôt que de se contenter de répéter les éléments de langage expliquant que les black blocks et le cortège de tête ne sont que d’affreux casseurs porteurs d’aucune revendication politique, nous gagnerions tous à tenter d’analyser et de saisir de quelles grandes mutations ceux-ci sont les symboles. Sans cela, nous perdrons assurément.




