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Espagne: trahison de la grève des mineurs et silence de la pseudo-gauche

Espagne lutte-de-classe

Brève publiée le 13 août 2012

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.wsws.org/fr/articles/2012/aou2012/espg-a13.shtml

Les deux principaux syndicats représentant les mineurs en Espagne, le CCOO et UGT, ont appelé les travailleurs à reprendre le travail dans la région d'Aragon, Leon et Asturias après une grève de 67 jours. Ils ont aussi demandé à tous les mineurs qui occupent les mines d'abandonner leur protestation.

Le 31 mai, plus de 8 000 mineurs avaient commencé une grève illimitée contre la baisse des subventions menaçant de détruire l'industrie et 40 000 emplois dans la mine et autres emplois associés. Les syndicats n'avaient appelé à la grève qu'une fois qu'il était clairement apparu que les mineurs allaient entrer en lutte, avec ou sans leur accord.

Dès le départ, la bureaucratie syndicale a essayé d'étouffer ce mouvement combatif en limitant la lutte à des demandes de subventions, sachant pertinemment que le gouvernement du Parti populaire (PP) n'allait pas revenir sur les coupes. Ils ont ensuite essayé d'isoler les mineurs.

Le 18 juin, une grève générale d'une journée avait été très largement suivie, mais l'action avait été confinée par les syndicats aux régions minières afin d'éviter toute mobilisation plus large contre les mesures d'austérité du gouvernement qui paupérisent des dizaines de millions de personnes.

Puis le 22 juin, 200 mineurs grévistes organisés par le CCOO et UGT avaient fait une « Marche noire » de 500 kms. L'unique objectif de cette marche était de faire pression sur le PP pour qu'il honore le précédent accord avec le gouvernement du Parti socialiste (PSOE) qui, en conformité avec les dictats de l'Union européenne, avait prolongé les subventions jusqu'en 2018.

Le 11 juillet, la marche avait été accueillie par plus de 25 000 personnes dans les rues de Madrid et qui avaient ensuite manifesté avec les grévistes. C'était le signe clair que les mineurs jouissaient du soutien significatif de la classe ouvrière malgré les efforts des syndicats pour les isoler.

Après deux mois de grève, les syndicats obtenaient finalement la rencontre qu'ils souhaitaient avec le gouvernement dont la position n'avait pas changé d'un pouce.

Le coup de grâce alors donné par les syndicats n'aurait pas pu être plus cynique ni plus brutal. Deux jours à peine après cette rencontre, les syndicats ont appelé à mettre fin à la grève, déclarant que les mineurs n'avaient pas les moyens de la poursuivre.

« Nous avons dit aux gens d'aller à la mine dès demain, nous allons aussi annoncer un programme de mobilisations, » a annoncé Felipe Lopez, secrétaire général de CCOO.

Juan Carlos Alvarez Liébana de CCOO a dit que mettre fin à la grève permettrait aux mineurs de « recharger leurs batteries. »

Les mobilisations dont parle Lopez fait référence à de petites protestations symboliques tandis que l'industrie minière est progressivement réduite.

Le sentiment d'être trahi était manifeste. Cinq mineurs sur les six qui occupaient la mine de Santa Cruz del Sil à Leon ont décidé de poursuivre leur protestation jusqu'à ce que la compagnie réponde à leur demande de « Pas de licenciements et pas de coupes. » Commentant l'appel à mettre fin à la grève, un porte-parole des mineurs a dit, « Ce qui est en train de se produire c'est un manque de cohérence qu'on n'a pas vu se produire même sous [le dictateur, le général] Franco. »

La fin de la grève a ouvert la voie à une répression brutale contre les mineurs grévistes qui avaient érigé des barricades à travers les rues, les autoroutes et les voies de chemin de fer durant la grève et avaient résisté aux attaques de la Guardia Civil qui avaient recours à des balles en caoutchouc, du gaz lacrymogène, des matraques et des coups. Plus de 100 grévistes sont actuellement poursuivis en justice. Cette semaine, cinq autres mineurs ont été arrêtés par la Guardia Civil et placés en garde à vue.

Durant la grève, ce sont aux partis de la pseudo-gauche tels Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste) En Lucha (En lutte), El Militante (Le Militant) et Partido Communista de Espana (Parti communiste espagnol) qu'est revenue la tâche de faciliter la trahison des syndicats. Selon eux, la grève était la preuve que les syndicats pouvaient fonctionner comme des organisations de lutte des classes à condition qu'une pression suffisante soit exercée sur leur direction.

En Lucha, l'homologue espagnol du British Socialist Workers Party, a dit que « la lutte des mineurs nous montre … que notre analyse des principaux syndicats [CCOO et UGT] doit être complexe et échapper aux simplifications sectaires qui ne font pas de différences entre la bureaucratie syndicale et la base combative. »

De telle affirmations ignorent volontairement non seulement le refus de CCOO et UGT d'arrêter la destruction en cours de l'industrie minière, mais aussi les expériences stratégiques avec les syndicats faites par la classe ouvrière espagnole et internationale durant ces dernières décennies. Dans le passé, les stratégies réformistes des syndicats se fondaient essentiellement sur la collaboration de classes et non la lutte des classes. Même quand la bureaucratie était forcée d'appeler à des grèves et à des conflits, son objectif était d'assurer un pacte social entre employeurs et travailleurs, entre dirigeants et dirigés, un pacte qui prévoyait une réglementation économique nationale comprenant des concessions limitées en matière de salaire, de conditions de travail et de mesures de protection sociales.

Dans tous les pays, pour préserver son existence privilégiée, la bureaucratie syndicale a réagi à la mondialisation de la production et à l'ouverture de l'économie nationale à une concurrence bien plus intense et immédiate en changeant l'axe de ses relations établies de longue date avec les employeurs et l'Etat. Depuis maintenant plusieurs décennies, les syndicats participent activement à l'abaissement systématique des salaires et à la destruction des emplois et des conditions de travail. Ils n'agissent même plus en organisations de défense des travailleurs contre les pires excès du système capitaliste, mais en police du monde du travail pour les grandes entreprises et l'appareil d'Etat. Ce processus a vu aussi le virage à droite très marqué des groupes de pseudo-gauche dont la direction est aussi composée d'une couche petite-bourgeoise privilégiée qui s'est, en particulier, assurée une position au sein des syndicats, de l'appareil gouvernemental local et central et des milieux universitaires.

C'est ce qui explique leur silence assourdissant maintenant que les syndicats ont trahi les mineurs et les ont contraint à reprendre le travail. Il n'y a pas une seule déclaration, pas un seul article publié dans En Lucha, El Militante, Izquierda Anticapitalista et Partido Comunista de España.

Selon Izquierda Anticapitalista, la grève des mineurs « nous montrait la voie » et « s'étendait à tous les secteurs et dans le pays. » Qu'est ce qu'il en reste? Les mineurs sont laissés pour compte tandis que cette pseudo-gauche passe à autre chose.

Leurs actes ressemblent à l'unité d'opérations psychologiques (psy-ops), dont la fonction, selon la définition du ministère de la Défense américain, est « l'utilisation intégrée des capacités centrales … pour influencer, perturber, corrompre ou usurper la prise de décision automatique et humaine de l'adversaire tout en protégeant la nôtre.»

Durant toute cette lutte, ces ex-gauches ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour influencer, perturber, corrompre et usurper la prise de décision des mineurs et du reste de la classe ouvrière au nom de l'appareil des syndicats.

Il y a deux leçons à tirer. Tout d'abord, la classe ouvrière ne peut mener ses luttes au moyen des syndicats. Deuxièmement, l'ex-gauche petite-bourgeoise a de nouveau été démasquée comme étant un détachement spécial de la bureaucratie syndicale et doit être traitée comme tel.

Depuis le début de cette lutte, le World Socialist Web Site met en garde contre le rôle joué par les syndicats, insistant pour dire que de nouvelles organisations de lutte de la classe ouvrière, tels des comités de voisinage, d'usines et de lieux de travail, indépendants des syndicats, sont nécessaires et qu'un nouveau parti authentiquement socialiste doit être construit. C'est la tâche fondamentale à laquelle sont confrontés les travailleurs et les jeunes en Espagne.