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Krivine: "Mes souvenirs de 68"
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https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/20/2801110-alainkrivine-mes-souvenirs-de-68-68.html
Venu hier à Toulouse à la fête annuelle du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), Alain Krivine a évoqué avec nous ses souvenirs de mai 1968.
La première image de 68 vous vient à l'esprit…
A.K : Immédiatement, c'est la nuit du 10 mai, la nuit des barricades. Lycéens, étudiants, tout un monde joyeux, mais avec peu d'ouvriers, s'était retrouvé au Quartier Latin, répondant à l'appel de Cohn Bendit. Et c'était la première fois, depuis la Commune, qu'il y avait des barricades dans Paris.
Votre meilleur souvenir ?
J'ai découvert en 1968 la force de la spontanéité. Je citerai Trostky : «Quand il y a un immense mouvement populaire, les gens sont quotidiennement méconnaissables ». Alors, mon meilleur sou venir, c'est cette grande grève générale, dans tout le pays, comme il n'y en avait jamais eu et comme il n'en a pas eu depuis, qui s'est déclenchée spontanément, après le 13 mai. Un autre souvenir, c'est le 3 mai. Nous étions dans la Sorbonne, cernés par la police, manifestant notre soutien aux étudiants de Nanterre expulsés. Et dehors , nous avons entendu des étudiants venus nous soutenir,, enlever les pavés de la rue Gay Lussac, au cri de «Libérez nos camarades».
Pourquoi 68 a t-il échoué ?
Parce que si toutes les conditions étaient là pour déclencher une explosion, il n'y avait pas, en revanche, les conditions pour une vraie révolution, C'est-à-dire que mai 1968 ne pouvait pas aboutir. Le slogan «Le pouvoir aux travailleurs» était un beau mot d'ordre qui, en fait, n'avait pas d'avenir, car personne — ni le PC ni la CGT- ne voulaient le pouvoir…
Quel bilan tirez-vous de 68 ?
Le mouvement a fait avancer des luttes- femmes, réfugiés, homosexualité-, qui se sont concrétisées plus tard. Des salaires ont été améliorés. Le vieil enseignement universitaire a reçu un coup de neuf. Il y a eu un carcan social allégé aussi. Et ce qui est resté marquant de 68, c'est l'idée que peut se battre. Tous ensemble.
Pensez-vous que nous sommes près d'un mai 2018 ?
Côté positif, il y a les conditions d'une explosion sociale. Avec aujourd'hui 2 millions d'étudiants contre 500000 en 68. Il y a aussi un prolétariat plus important. Mais en négatif, il n'a plus ces grosses usines comme Renault, formidables leviers dont on disait «Quand Renault éternue, la France s'enrhume » .Le mouvement étudiant est moins fort, la gauche est moins implantée dans les couches populaires. Et il y a de la division, tout le monde est isolé. Les gens sont aujourd'hui plus anticapitalistes qu'en 68. Mais ils ne croient pas en une révolution. C'est là le paradoxe.




