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Daniel Pennac: "En Méditerranée, c’est l’horreur absolue"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L’écrivain lira ce vendredi soir l’Appel du 8 juin à l’occasion d’un rassemblement festif organisé à Marseille par l’association SOS Méditerranée. L’objectif : récolter des fonds pour financer le navire « Aquarius » qui a déjà secouru plus de 30 000 naufragés entre l’Afrique et l’Europe.
Révolté par les morts de migrants en mer Méditerranée, l’écrivain Daniel Pennac explique pourquoi il a pris fait et cause pour l’association SOS Méditerranée qui arme le navire-hôpital Aquarius.
Comment qualifiez-vous le drame qui se joue en Méditerranée depuis des années ?
C’est une horreur absolue. D’autant plus qu’elle semble parfaitement acceptée. En fait… (silence) Les mots me manquent. On laisse mourir des milliers de personnes dans une indifférence qui n’est explicable que par des considérations politiques et électoralistes. 2 877 noyés en 2015, 4 481 en 2016, 2 832 en 2017 et déjà près de 800 en 2018. Tous morts dans cette grande piscine où nous allons nous baigner l’été, sans y penser…

Près de 800 migrants ont déjà trouvé la mort en Méditerranée depuis le début de l'année. | Ouest-France
Qu’est-ce qui vous a amené à soutenir l’association qui s’efforce de sauver les naufragés ?
Vous savez, je ne suis pas du genre à m’engager facilement. Mais là, je ne pouvais pas rester inactif. Dans l’ordre des atrocités générales, avouez que cette cause est gratinée ! Partout où on me donne une tribune, je sensibilise mes auditeurs à l’importance de l’engagement humanitaire de SOS Méditerranée et aux moyens dont l’association a besoin pour poursuivre sa mission. L’Aquarius n’a pas de subventions et il lui faut 11 000 € par jour pour naviguer. Grâce à lui, près de 30 000 migrants ont été sauvés depuis 2016.
Comment mettre fin à cette tragédie ?
Je ne suis pas décideur, mais il me semble évident que la solution est dans l’accueil. Nous devons cesser d’avoir peur. La France et l’Europe ont connu de nombreuses vagues d’immigration depuis un siècle, pour leur plus grand bien. Aujourd’hui, beaucoup d’immigrés et de leurs descendants sont devenus Français. Peut-être ceux-là râlent-ils contre les migrants du XXIe siècle… C’est aussi ça l’intégration.
Cesser d’avoir peur ?
Les gouvernements successifs, et pas seulement en France, nous présentent l’immigration comme une menace. Ils utilisent les mots d’invasion, de vague… Ce sont des termes qui s’adressent à notre instinct de conservation, lequel nous incite à ne rien changer et à nous méfier de l’autre. Mais la vie, c’est le changement. Quant à l’autre, il est déjà sous notre toit. Il nous faut prendre du recul par rapport à ce vocabulaire inquiétant et raisonner nos instincts. Car aujourd’hui, à cause d’une peur fantasmatique du futur, on laisse les gens se noyer au présent de l’indicatif.




