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Argentine. Maurico Macri face à la crise du dollar

Argentine

Brève publiée le 25 juin 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://alencontre.org/ameriques/amelat/argentine/argentine-maurico-macri-face-a-la-crise-du-dollar.html

Par Fabian Kovacic

La crise du dollar en Argentine ne s’arrête pas et sa poursuite commence à ronger le macrisme [Mauricio Macri est en fonction depuis le 10 décembre 2015]. Au cours de la dernière semaine, l’équipe économique de l’exécutif argentin a subi de nombreux changements. Tout a commencé jeudi dernier, le 14 juin, lorsque, à la demande du président, Federico Sturzenneger a présenté sa démission en tant que chef de la Banque centrale de la République argentine (Bcra). Il a été remplacé par Luis Caputo qui, à cette fin, a quitté le portefeuille des Finances. Deux jours plus tard, le ministre de l’Energie Juan José Aranguren et le ministre de la Production Francisco Cabrera ont été remplacés, respectivement, par Dante Sica et Javier Iguacel.

Déconcerté, le gouvernement de Mauricio Macri ne peut que réussir à présenter la lettre d’intention [formellement élaborée par le gouvernement, le débiteur, face au créancier, le FMI; elle doit correspondre aux «vœux» du créancier] avec le FMI (Fonds monétaire international) pour accélérer la mise en œuvre de l’accord qu’il a signé avec le Fonds pour une ligne de crédit, afin de recevoir de l’argent frais et tenter de combler les trous noirs laissés par sa gestion économique.

Le président est apparu dimanche dans l’émission de télévision de Jorge Lanata [une des émissions de débat les plus vues en Argentine] et a essayé de trouver des excuses pour expliquer la crise qui a conduit son gouvernement à exiger l’intervention du FMI pour être renfloué: «Nous étions bons, mais les choses se sont passées…». Une réponse plus appropriée pour un élève du secondaire qui n’a pas étudié la leçon que pour un président en charge d’un pays.

Entre janvier et juin de cette année, le dollar s’est apprécié de 52% par rapport au peso argentin, passant de 18,65 pesos à 28,43 pesos, malgré les tentatives de la Banque centrale d’apprivoiser la devise américaine. «Le mardi noir», lorsque les taux ont dû être augmentés à 40% pour susciter plus d’intérêt pour l’achat les obligations appelées Lebacs [titres de dette à court terme émis par la BCRA], le résultat a été un appel à l’aide adressé au FMI. Mais cette mesure n’était pas suffisante: la première chose que Luis Caputo a faite quand il a repris la direction Bcra a été d’augmenter le taux des Lebacs. Mardi, il l’a porté à 47% afin d’attirer davantage d’investisseurs et d’obtenir des liquidités. Mais le dollar continue de s’apprécier, ce qui, selon les analystes économiques, signifie que les investissements financiers prennent de plus en plus d’importance dans l’économie, au détriment de la production (des investissements dans la production).

Et aussi sur ce front Mauricio Macri a décidé des changements: le ministre décrié Juan José Aranguren a laissé le portefeuille de l’Energie et a été remplacé par Iguacel, un jeune ingénieur civil, un bon étudiant du macrisme. Dès l’annonce de la nomination d’Iguacel, les médias ont révélé que le nouveau ministre était lié à la société Plus Petrol, pour laquelle il gérait les comptes dans les paradis fiscaux depuis 2014. Depuis janvier 2016, Iguacel est responsable de la Direction nationale des routes. Le lendemain de son entrée en fonction, il a ordonné un audit des routes construites dans la province de Santa Cruz et, avec les résultats de l’examen, il s’est présenté devant les tribunaux pour apporter des preuves dans les affaires (accusations de corruption) contre l’ancienne présidente Cristina Fernández.

Le problème est que Javier Iguacel a entre ses mains l’augmentation des tarifs de l’énergie [prix du gaz, de l’électricité… or, la saison d’hiver commence], une mesure déjà acceptée par son prédécesseur Aranguren. Elle a suscité non seulement des troubles au sein de la population, mais aussi des réclamations des petites et moyennes entreprises. Selon Eduardo Fernández, chef de l’Assemblée des petites et moyennes entreprises (Apyme), les établissements de production qui ont fermé dans tout le pays en raison de leur incapacité de payer les coûts de l’électricité et du gaz sont au nombre de 7500 depuis le début du mandat présidentiel de Macri en décembre 2015.

Javier Iguacel dans sa première intervention publique a confirmé que l’augmentation des tarifs se poursuivra. Il ignorait donc le projet de loi parlementaire – aux traits d’une sanction parlementaire – qui propose de ramener les prix de l’eau, du gaz et de l’électricité aux niveaux de janvier 2017. Mauricio Macri a déjà annoncé que s’il est adopté par la Chambre des députés, il y opposera son veto.

Dante Sica, le nouveau ministre de la Production, après le départ de Francisco Cabrera, est un consultant qui suit de près l’évolution des petites et moyennes entreprises et prépare habituellement des rapports reliant le monde de la finance à l’industrie. Il a occupé le Secrétariat de l’Industrie, du Commerce et des Mines pendant la présidence d’Eduardo Duhalde en 2002 – au milieu du gouvernement de transition critique après la chute de Fernando de la Rúa (décembre 1999-décembre 2001) – et a également été fonctionnaire de plusieurs organisations internationales. Un signal qui ne peut être ignoré. (Article publié dans l’hebdomadaire uruguayen Brecha, en date du 22 juin 2018 ; traduction A l’Encontre)