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Nicaragua. Examen de la situation au 8 août 2018

Nicaragua

Brève publiée le 10 août 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://alencontre.org/ameriques/amelat/nicaragua/nicaragua-examen-de-la-situation-au-8-aout-2018.html

Par notre correspondant à Managua

Álvaro Leiva Sánchez de l’ANPDH contraint à l’exil…

1.-L’augmentation des menaces en provenance de l’appareil d’Etat et la criminalisation des secteurs de l’opposition, y compris les membres des organisations de défense des droits de l’homme, marquent cette phase. Cette situation a abouti à la fermeture contrainte, temporaire, du siège de l’Association nicaraguayenne des droits de l’homme (ANPDH) et le transfert de son secrétaire exécutif, Álvaro Leiva, au Costa Rica parce que ces membres étaient menacés [1].

2.-L’exil forcé de l’équipe de l’ANPDH est dû aux menaces de mort et à l’insécurité dans leur travail de défenseurs de droits humains. La persécution des défenseurs des droits de l’homme constitue une violation des obligations de l’Etat en vertu des normes interaméricaine.

3.-La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a documenté la mort violente de 317 personnes lors de la répression des manifestations; l’ANPDH a enregistré 448 personnes. Ortega a reconnu l’assassinat de 195 personnes. En d’autres termes, indépendamment des chiffres émis par le gouvernement, Ortega reconnaît que les forces répressives de l’Etat ont tué autant de personnes sans défense.

4.- Les équipes de travail de la CIDH et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme sont entravées dans l’accomplissement de leurs tâches par le gouvernement. Les activités de la CIDH par l’intermédiaire du Mécanisme spécial de suivi pour le Nicaragua (MESENI) devant assurer la visite des prisons n’ont pas été autorisées par le gouvernement.

5.- Depuis fin juillet, le gouvernement applique une nouvelle forme de répression, car elle vise la famille et la communauté. Le gouvernement exerce un contrôle répressif par le biais des forces irrégulières, une armée parallèle composée de paramilitaires. En même temps, la répression par les acteurs du système judiciaire a judiciarisé la criminalisation et il n’existe aucune garantie de procédure.

6.-Les habitants de Managua, Masaya, Jinotepe, Diriamba, Jinotega et León continuent d’être terrorisés par des paramilitaires armés et cagoulés. La population vit dans la crainte qu’à tout moment les forces «parapolicières» puissent arrêter un parent ou une connaissance. Le fait que les paramilitaires restent en fonction sert plusieurs objectifs: prohiber la relance et les expressions sociales de la protestation civique et renforcer la persécution de la population dans le nouveau contexte de tentative de condamnation de la mobilisation sociale.

7.-La question des prisonniers politiques est d’autant plus préoccupante pour ce qui a trait aux violations des droits de l’homme. En effet, les informations en provenance des familles ou d’autres prisonniers indiquent que la torture est fort répandue.

8.-Des milliers de familles endeuillées pleurent leurs proches qui ont été assassinés et pleurent pour leurs proches qui ont été emprisonnés, torturés, persécutés et traduits en justice pour avoir participé aux manifestations démocratiques, aux barrages, aux barricades et aux manifestations pacifiques dans les rues. La violence gouvernementale a atteint des limites que nous n’aurions jamais crues possible à atteindre au Nicaragua en «temps de paix».

9.-Plus de 85’000 personnes ont perdu leur emploi formel entre le 18 avril et le 30 juin 2018 au Nicaragua, selon les statistiques de la Banque centrale du Nicaragua (BCN). Toutefois, les calculs de la Fondation nicaraguayenne pour le développement économique et social (FUNIDES) indiquent la destruction de 225’000 emplois, dans le secteur formel et celui informel. Ces derniers sont majoritaires, compte tenu le poids«l’informalité» de l’économie; cette informalité est fonctionnelle au secteur dit formel. [Voir en outre, ci-dessous, les données énumérées au point 17).

10.- Le chômage résultant de la crise n’est pas seulement dû à la semi-paralysie de diverses activités économiques (micro-entreprises, ateliers dédiés à la production de meubles, au tourisme et au commerce), mais aussi à la répression de l’Etat. Des dizaines de personnes ont été licenciées du secteur public soit parce qu’elles ont participé aux manifestations, soit parce qu’elles ont fourni une assistance aux blessés, comme les médecins et autres agents de santé.

11.- Le gouvernement Ortega-Murillo a également ordonné des pillages d’entreprises, des invasions de terres, le tout au détriment de l’investissement étranger et local qui, les années précédentes, était la clé de la création d’emplois. En d’autres termes, il n’y a pas de «paix» et la vie n’est pas «normale» pour reprendre les formules utilisées par Ortega dans ses entretiens et déclarations. Le citoyen se sent impuissant, vulnérable, menacé et effrayé.

12.- Le gouvernement Ortega-Murillo a augmenté la chasse contre les personnes qui ont participé aux manifestations. Il a également déclenché des licenciements massifs et arbitraires dans les hôpitaux du système de santé public. Au moins 135 personnes ont été licenciées, dont des médecins, des infirmières, des brancardiers et du personnel administratif des hôpitaux de León, Jinotepe, Masaya et Managua.

13.-La tendance pour l’avenir économique du Nicaragua dans les années à venir est la suivante: l’endettement public et le chômage augmenteront; il y aura au minimum un tassement net de la croissance ou un recul du PIB qui se situera sur un terrain négatif..

14.-Les femmes leaders d’opinion demandent au chef de l’armée de se conformer à la Constitution politique: désarmer les paramilitaires qui commettent des actes criminels contre la population civile. On peut nommer à ce propos Gioconda Belli, Cristiana Chamorro, Lea Guido, Rita Delia Caso et 12 autres femmes leaders d’opinion signent le document.

15.-Le gouvernement Ortega-Murillo déclare qu’il n’autorisera pas la Commission de l’OEA à entrer au Nicaragua. Il pourrait en résulter un gel des décaissements de prêts de la BID et de la Banque mondiale (BM), qui représentent 68% du financement total du Nicaragua. Il court également le risque qu’à la prochaine réunion de la Commission permanente de l’OEA, soit demandée la démission d’Ortega, comme cela s’est produit en 1979 avec Somoza.

16.- Le gouvernement Ortega-Murillo n’a aucune crédibilité face au consensus qui s’est établi au sein de la classe politique américaine. La requête de tenir des élections anticipées au Nicaragua est présentée comme un moyen pour résoudre la crise. La classe économique et politique d’Amérique centrale considère Ortega comme un facteur d’instabilité pour la région. Et les Etats-Unis indiquent qu’Ortega constitue une «menace pour la sécurité nationale». Ortega est donc plus isolée que jamais. Le mouvement d’opposition au gouvernement d’Ortega-Murrilo est, de facto, interclassiste, ce qui n’est pas nouveau dans un affrontement face à ce type de régime autoritaire et répressif au sein d’une telle formation sociale (avec son histoire).

17.- Les estimations les plus réalistes envisagent une chute du PIB de 3%. Quelque 270 entreprises ont interrompu leurs activités. Le secteur du tourisme enregistre des pertes à hauteur de 230 millions de dollars et la perte d’emplois dans ce secteur s’élève à 70’000. Quelque 800 restaurants enregistrés ont fermé leurs portes; de même que 80% des petits hôtels. Quatre parmi les compagnies aériennes ont réduit leur nombre de vols entre le Nicaragua et les Etats-Unis. Le manque de main-d’œuvre saisonnière a un grave impact sur la production caféière, avec une perte de revenus estimée à 400 millions de dollars. Les «occupations» de terres, stimulées par le gouvernement, dans la perspective d’étayer sa base sociale, ont aussi un impact sur divers secteurs de production agricole. (Managua, 7 au 8 août 2018; traduction A l’Encontre)

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[1] Mejía Godoy– auteur de plus de 200 chansons, la plupart étant liées à des témoignages sur l’insurrection qui a renversé la dynastie Somocista, le 19 juillet 1979 – a composé des chansons en sympathie avec la rébellion civique depuis le 18 avril 2018. Il a exigé que justice soit rendue pour les victimes et les personnes assassinées. Il a annoncé, début août 2018, devoir s’exiler car sa vie est en danger, suite à des menaces explicites. (Red. A l’Encontre)