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Le PS ferme le poing, les Insoumis tendent la main
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Alors que les élus socialistes se cloîtrent, l'université d'été de la France insoumise invite bien au-delà de ses rangs.
Des ténors socialistes bronzés et souriants, débarquant à l'université d'été de La Rochelle au milieu d'une nuée de caméras et de supporters enthousiastes ? Ça, c'était le monde d'avant. Celui où le Parti socialiste dictait le tempo de la rentrée politique. En 2018, comme l'an dernier, le PS se contentera d'un simple séminaire d'élus. De jeudi à samedi, seuls 400 à 600 d'entre eux plancheront studieusement à l'Espace Encan, aux dimensions bien trop vastes depuis que les grands messes estivales du PS ne s'y tiennent plus.
La non-venue de François Hollande en Charente-Maritime risque fort de priver l'événement de tout impact médiatique. Le premier secrétaire Olivier Faure assume ce format à l'économie et un huis-clos forcément tristounet. "Nous essaierons de réunir à nouveau tous les militants dès l'année prochaine. Mais nous vivons une période particulière, avec un plan social et un déménagement du siège à préparer. Avec les 40 permanents qu'il nous reste, nous n'étions pas en mesure d'organiser une université d'été", explique le député de Seine-et-Marne.
3 500 personnes attendues chez les Insoumis
L'air de la Méditerranée semble plus vivifiant. Ce même weekend, la France insoumise (LFI) entend réussir "une démonstration de force populaire" avec la deuxième édition de ses "AmFiS d'été" au Parc Chanot, à Marseille. Selon les organisateurs, plus de 3 500 personnes devraient assister aux 150 ateliers et tables rondes prévus sur trois jours. S'y ajouteront les deux interventions de Jean-Luc Mélenchon et la "déambulation festive" vendredi soir dans les rues de la ville. "Ce sera le plus gros rassemblement de cette rentrée politique", se réjouit Manuel Bompard, directeur des campagnes de LFI.
Malins, Jean-Luc Mélenchon et ses équipes ont souhaité lancer cette année des invitations bien au-delà de leurs cercles d'influence. Parmi les intervenants des tables rondes figurent bien sûr des chercheurs et des intellectuels, mais aussi des députés Les Républicains, des écologistes, un communiste, des socialistes et des hamonistes ! "Face à la brutalité de la politique menée par Emmanuel Macron, avoir un lieu où les différentes oppositions puissent dialoguer nous semblait nécessaire", insiste Manuel Bompard.
Le député LR de l'Eure-et-Loir, Olivier Marleix, approuve : ""Il y a des oppositions, mais un seul peuple. On a le droit de parler tous ensemble, surtout à l'heure où chacun se reconstruit." Ce proche de Laurent Wauquiez n'a pas apprécié l'utilisation par le président de la République de l'expression "lèpre populiste", lors d'un déplacement en juin à Quimper. Cela lui a donné envie d'aller à la rencontre des "lépreux". Après tout, l'UMP conviait bien des leaders CGT à ses conventions nationales.
Prélude à un rapprochement à gauche ?
Devant les Insoumis, Olivier Marleix reviendra sur les conditions de la vente d'Alstom à General Electric - il a été rapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée sur le sujet. Manière de montrer que LFI n'a pas "le monopole de la critique de la mondialisation financière". Mais participation ne veut pas dire alignement. "Comme Marianne Dubois [la députée LR du Loiret débattra du service national universel, NDLR], nous avons été invités à partir des travaux parlementaires que nous avons menés. Une partie de ce que je vais dire à Marseille ne soulèvera sans doute pas l'enthousiasme de l'auditoire", sourit l'élu de droite.
Le sentiment est similaire chez le socialiste Dominique Potier, invité à débattre vendredi avec la députée LFI Clémentine Autain de l'avenir des territoires périurbains. "Je n'y vais pas pour parler comme les Insoumis, mais pour porter la parole d'un socio-démocrate sur la transition agro-écologique", annonce l'élu PS de Meurthe-et-Moselle. Toutefois, le rendez-vous de Marseille est l'occasion, pour la gauche, de "croiser ses visions pour éventuellement se rassembler plus tard". Députée européenne EELV, Karima Delli résume l'esprit de sa propre venue : "Echanger et dialoguer pour trouver des synergies, particulièrement sur les questions écologiques".
L'événement de la France insoumise profite du réchauffement des relations à gauche enregistré ces dernières semaines. Fini les invectives et les anathèmes échangés entre forces concurrentes. Le 17 juillet, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres LFI étaient présents au pot de fin de session parlementaire des députés PS. Dix jours plus tard, ce rapprochement s'est traduit par le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement commune à toute la gauche. "C'est cet état d'esprit qu'il s'agit de faire vivre", note Régis Juanico, un proche de Benoît Hamon. Quitte à servir, par sa présence à Marseille, de caution à la volonté d'un Mélenchon d'installer LFI comme la force centrale et incontournable à gauche ?
Grincements de dents au PS
C'est bien la crainte de l'actuelle direction du PS. La participation de son porte-parole, Boris Vallaud, à un débat des Insoumis intitulé "Qui est le peuple aujourd'hui" n'enthousiasme guère Olivier Faure. "Le fait d'avoir un dialogue avec l'ensemble de la gauche ne me pose aucun problème. Que Boris Vallaud réponde favorablement à une sollicitation de Jean-Luc Mélenchon, pourquoi pas ? Le problème serait de s'aligner sur les propos souverainistes de ce dernier", met en garde le premier secrétaire.
Le propos vise davantage le député européen PS Emmanuel Maurel. Ces derniers temps, cette figure de l'aile gauche du PS multiplie les amabilités avec le leader des Insoumis. Invité ce weekend à Marseille, il a rendu la politesse à Mélenchon en le conviant à l'université d'été de son courant, qui se tiendra du 7 au 9 septembre dans... la cité phocéenne.
Il y a quelques jours, dans le Journal du dimanche, sa complice Marie-Noëlle Lienemann n'a d'ailleurs pas exclu une alliance avec LFI pour les européennes de 2019. Réponse glacée d'Olivier Faure : "Si des gens se sentent à l'étroit au Parti socialiste, parce qu'ils souhaiteraient se tourner vers Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron, qu'ils se sentent libres de le faire. On n'a jamais retenu personne." Marseille-La Rochelle, deux salles, deux ambiances...




