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Le foot et le banditisme "sont deux univers qui se côtoient, qui se regardent et qui se mélangent"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Trois journalistes, Mathieu Grégoire, Brendan Kemmet et Stéphane Sellami publient "Les Parrains du foot". Un livre-enquête sur les liens entre le milieu du football et celui du banditisme.
"Ce sont deux univers qui se côtoient, qui se regardent et qui se mélangent", expliquent Brendan Kemmet et Stéphane Sellami. Avec un troisième journaliste, Mathieu Grégoire, ils signent Les Parrains du foot, publié chez Robert Laffont, une enquête sur les liens entre les milieux du football et du banditisme.
franceinfo : comment se traduit cette présence de la mafia ?
Brendan Kemmet : Elle commence il y a plus de 30 ans, à l'arrivé de Bernard Tapie à l'OM qui ouvre un peu la porte au milieu français et pas des moindres puisqu'il s'agit de la Brise de mer corse. Nous avons des documents et des témoignages qui nous signalent la présence de caïds, des parrains du banditisme qui tournent autour de l'OM. Au fil des années, et pas qu'à l'OM, partout où il y a de l'argent, il y a des requins autour des joueurs, des transferts, des agents, qu'ils sont parfois eux-mêmes devenus.
Qu'est ce qui a changé en 30 ans ?
Stéphane Sellami : Aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que ce sont les agents et les joueurs qui décident. Ce ne sont plus les présidents des clubs. Ce sont eux qui font vraiment la pluie et le beau temps dans cet univers. Ensuite, viennent se greffer tous ces membres du banditisme ou du grand banditisme qui essaient de récupérer leur part du gâteau.
Le football génère énormément d'argent. L'organisation des transferts incite-t-elle la mafia à s'y intéresser ?
Brendan Kemmet : Il y a des garde-fous. Normalement, tout agent de joueur ne doit pas avoir de casier judiciaire, or ils arrivent néanmoins à contourner la règle. On les retrouve avec des prête-noms, et agissant parfois depuis l'étranger. On a des gens comme Gignac qui était dorloté par une équipe corse. On retrouve ça aujourd'hui, pas seulement à Marseille.
Stéphane Sellami : Evidemment ça touche tous les clubs et ce n'est pas concentré sur Marseille ou la Corse. On a été voir plus loin. Effectivement, c'est vrai qu'à Marseille on a pas mal d'éléments parce qu'il y a des affaires en cours liées au grand banditisme. Mais on est allés plus loin, on est allés voir en région parisienne, du côté de Nice.
Comment les joueurs vivent cette situation ? Y-a-t-il une sorte de fascination ?
Stéphane Sellami : Ce sont deux univers qui se côtoient, qui se regardent et qui se mélangent. Effectivement, il y a une sorte de fascination entre joueurs et voyous. Tout cela fonctionne comme ça, c'est en vase clos.
Comment peut-on gagner de l'argent ?
Brendan Kemmet : En intervenant dans les transferts. On a des écoutes téléphoniques où on entend des voyous qui pilotent des transferts, qui font des pressions sur des clubs, des entraîneurs, des présidents. C'est arrivé à Évian Thonon Gaillard où il y a eu une présence corse qui a posé de nombreux problèmes, où il y avait des menaces plus ou moins voilées. Cela joue sur les transferts.
Stéphane Sellami : Il y a toujours une marge. On l'a vu avec Blaise Matuidi, on a vu apparaître dans son entourage en 2013 un personnage bien connu des services de police, avec un lourd passé judiciaire, qui a essayé en sous-main de gérer sa carrière et de pouvoir au détour d'un transfert éventuel récupérer une commission importante.




