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Jair Bolsonaro n’est ni "antisystème" ni "populiste"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://www.marianne.net/debattons/tribunes/jair-bolsonaro-n-est-ni-antisysteme-ni-populiste
Co-rédacteur en chef de la revue Frustration
Membre de la France insoumise
Les mots ont leur importance. Ils peuvent rendre raison d’un phénomène, mais aussi embrouiller considérablement leur compréhension. Ils peuvent engendrer l’action, ou au contraire conduire à la complaisance. En politique, la confusion des mots peut-être le résultat de la médiocrité et de la paresse, ou être le fruit d’une action délibérée pour détourner l’attention de ce qui compte et diviser les citoyens face à ce qui les lie.
Non, Jair Bolsonaro n’est pas, comme on le lit ou l’entend ici et là, « antisystème ». Et non il ne s’inscrit pas dans « la montée des populismes » dans le monde. Les confusions opérées par le Figaro, France Culture et tant d’autres entre Bolsonaro, Obrador, Maduro ou, encore plus délirant, Mélenchon, sont au mieux erronées, au pire malhonnêtes.
Les premiers courants populistes sont nés en Russie et aux Etats-Unis durant la seconde moitié du 19e siècle. D’un coté il s’agissait d’adapter le socialisme naissant aux conditions de vie de la paysannerie russe, en forgeant une communauté d’intérêts entre des gens dispersés et isolés face à une puissante aristocratie, de l’autre cela consistait à fédérer les petits paysans américains autour du mythe fondateur de la démocratie Etats-Unienne contre les grands propriétaires et les banques qui imposaient un capitalisme agressif. Sont donc populistes des militants qui tentent de fédérer plusieurs composantes du peuple autour d’un dénominateur commun : le mal que l’élite ou les élites leur font. Aristocratie nobiliaire, oligarchie financière, bourgeoisie intellectuelle et médiatique, l’élite peut être de nature changeante ou composée de plusieurs corps solidaires. Mais tout populiste a pour caractéristique de s’en prendre à elle avant de s’en prendre à quiconque.
Bolsonaro compte sur la haine que peut inspirer la différence, et non sur l’envie de former une masse solidaire.
En ce début de XXIe siècle, diverses forces de gauche européennes ont repris à leur compte le paradigme populiste, pour mettre fin à l’entre-soi dans lequel un siècle de lutte et d’exercice partiel du pouvoir les avaient plongés. La reconstitution d’empires financiers et d’une oligarchie aussi puissante et dominante qu’elle l’était au début du XXe siècle a redonné de la chair au discours populiste. Il devient plus facile de se sentir « peuple » quand un si petit nombre de personne vous regarde et vous juge d’aussi haut.
Jair Bolsonaro, comme tous les politiques d’extrême droite, n’a pas cherché à rassembler le peuple brésilien contre un ennemi commun richement doté. Comme Donald Trump, comme Marine Lepen, il compte sur la capacité des gens à haïr plus dominé et plus pauvre que soi. Il compte sur la haine que peut inspirer la différence, et non sur l’envie de former une masse solidaire. Pour ces candidats et dirigeants, s’il y a une élite à combattre, c’est une élite qui n’en est vraiment pas une, mais qu’ils fantasment comme tel : les féministes, les homosexuels, les défenseurs des migrants voire les écologistes.
C’est ici que se situe le vernis « antisystème » tant usité par l’extrême droite : se poser comme l’opposant à une « pensée unique », un « discours dominant », se victimiser car étant empêché de dire « les vérités qui dérangeant », et ce en dépit du fait qu’au Brésil comme en France, ces propos sont parfaitement tolérés voire promus sur tous les plateaux de télévision. Bolsonaro a été le grand bénéficiaire du déchaînement médiatique contre Lula et Rousseff, on ne voit donc pas en quoi il a défié un quelconque système culturel dominant.
Bolsonaro est un candidat du système. Le système capitaliste, avec son idéologie néolibérale, a vu en lui son premier défenseur.
Pendant ce temps, le système, le vrai, celui qui existe dans la réalité des échanges commerciaux et des flux monétaires, est à la fête : les bourses sont en hausse, le patronat brésilien, tout secteur confondu, se réjouit. Les lobbys de l’agro-business peuvent tout particulièrement ouvrir le champagne : leur entreprise de dévastation écologique va pouvoir se poursuivre. Car Bolsonaro est un candidat du système. Le système capitaliste, avec son idéologie néolibérale, a vu en lui son premier défenseur. N’était-il pas conseillé par un « Chicago boy », un de ces économistes ultra-libéraux dont les méthodes ont fait leurs preuves ailleurs en Amérique latine ? L’électorat riche a été son premier supporter : 71% des citoyens classés comme « aisés » par les sondeurs brésiliens ont voté pour Bolsonaro, alors que 59% des citoyens « modestes » ont voté pour son rival. Nul doute que le portefeuille des premiers s’en trouvera renfloué.
Bolsonaro est un fasciste. Comme tout fasciste, il joue la division du peuple. C’est donc un antipopuliste par excellence. Comme tout fasciste, il est là pour rétablir l’ordre capitaliste après des tentatives de partage. C’est donc un prosystème par excellence.
Comme tout fasciste, il se nourrit de la haine qu’il génère, des poses antifascistes des quelques élites encore scandalisés. Comme tout fasciste, il ne pourra être combattu efficacement que par de vrais antisystèmes et d’authentiques populistes.




