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Nicolas Mensch, La Rhodiacéta de Besançon. Paroles ouvrières
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://dissidences.hypotheses.org/10706

Un compte-rendu de Georges Ubbiali
En 2007-2008, la radio locale associative Radio Bip avait conduit une campagne de recueil des mémoires de travailleurs de la Rhodiaceta. Rappelons que la « Rhodia », comme on l’appelait familièrement à l’époque, fut la plus importante usine de Besançon jusqu’au début des années 1980, où elle fut fermée. On y produisait de la « soie artificielle », c’est-à-dire du fil de nylon et de tergal. Ces interviews avaient fait l’objet d’émissions radiodiffusées, puis étaient tombées dans l’oubli. Par l’intermédiaire de l’auteur, rédacteur d’une thèse sur les graffitis venus orner la friche industrielle qu’est devenue l’usine, cette parole ouvrière est de nouveau accessible au plus grand nombre.
Commençons d’abord par quelques regrets avant d’en exposer le grand intérêt. Si le livre parle directement aux Bisontins, il aurait mérité un travail plus important de contextualisation. Les habitants situent aisément la côte de Morre ou le village de Nancray, auxquels il est fait allusion, mais il est moins sûr que des lecteurs extérieurs à la région sachent spontanément où ces lieux se situent ! Par ailleurs, on le ressent à la lecture, les entretiens sont structurés à partir d’un questionnaire commun, car les mêmes thèmes se retrouvent dans la plupart des textes. Une partie de nature plus méthodologique sur les conditions de recueil des paroles aurait donc été la bienvenue. Enfin, bien que l’ouvrage commence par un rapide historique sur le développement de l’usine, il ne présente pas la sociologie des employés, répartition hommes/femmes, qualifications, âge moyen…
Ces (légères) limites étant exposées, reste à s’intéresser à la trentaine d’entretiens répartis dans cinq ensembles. La première partie porte sur la fonte de la matière, la seconde présente le travail du tergal et du nylon, la troisième expose le monde particulier du travail des femmes, la quatrième est centrée sur les métiers connexes et, enfin, la dernière présente les rapports entre l’usine et le milieu familial. On le voit, les angles sont multiples, même si les contributions se concentrent sur les parties deux, trois et quatre, soit le cœur de l’activité productive de l’usine. Deux catégories de paroles sont rassemblées, assez dissemblables, à la fois dans la forme et sur le fond. On trouve tout d’abord des interviews d’ouvriers ordinaires qui racontent leur vie au travail, ses extrêmes difficultés (chaleur et humidité intense, horaires décalés – les 4 x 8 ou les 3 x 8, le bruit omniprésent), les satisfactions d’un bon revenu et les moments de camaraderie. Généralement, ces entretiens sont assez descriptifs et plutôt courts.
Et puis, il y a les interviews de militants, syndicaux et politiques. Ne le cachons pas, ce sont les pages de loin les plus intéressantes. Bien entendu la grève de 67 ou Mai 68 sont des moments forts évoqués. Mais si cette parole ouvrière est particulièrement instructive, c’est qu’elle permet de cerner le travail au-delà de sa dimension technique pour aborder la question de la construction du collectif, pour envisager le rapport à la société ou la place de la culture dans le monde ouvrier. Le CCPPO (Centre culturel Palente-Orchamps), association ouvrière d’éducation populaire, comptait en effet plusieurs ouvriers de la Rhodiaceta dans ses rangs. Leur activité est ainsi chaleureusement évoquée au fil des pages. On retiendra également, même si cela ne concerne qu’une seule interview (mais d’une telle densité), le témoignage d’une ouvrière qui, tout en ne se définissant pas comme féministe, a « essayé de faire progresser la condition féminine sur [son] lieu de travail et dans le milieu du militantisme » (p. 145). Témoignage fort et passionnant, car, ainsi qu’elle l’exprime, « La Rhodia, ça a été l’apprentissage de la vie collective » (p. 149).
De nombreuses autre dimensions – le rapport au Comité d’entreprise, la vie familiale perturbée, l’évolution des carrières et des conditions de travail, la manière dont l’entreprise a été liquidée, les relations avec les salariés des autres entreprises du bassin bisontin … – constituent tout le sel et l’intérêt de cet ouvrage, qui participe ainsi de cette conservation de la mémoire ouvrière d’après-guerre. Mémoire d’autant plus précieuse, à une époque où la classe ouvrière est devenue le grand absent du langage politique.
Commençons d’abord par quelques regrets avant d’en exposer le grand intérêt. Si le livre parle directement aux Bisontins, il aurait mérité un travail plus important de contextualisation. Les habitants situent aisément la côte de Morre ou le village de Nancray, auxquels il est fait allusion, mais il est moins sûr que des lecteurs extérieurs à la région sachent spontanément où ces lieux se situent ! Par ailleurs, on le ressent à la lecture, les entretiens sont structurés à partir d’un questionnaire commun, car les mêmes thèmes se retrouvent dans la plupart des textes. Une partie de nature plus méthodologique sur les conditions de recueil des paroles aurait donc été la bienvenue. Enfin, bien que l’ouvrage commence par un rapide historique sur le développement de l’usine, il ne présente pas la sociologie des employés, répartition hommes/femmes, qualifications, âge moyen…
Ces (légères) limites étant exposées, reste à s’intéresser à la trentaine d’entretiens répartis dans cinq ensembles. La première partie porte sur la fonte de la matière, la seconde présente le travail du tergal et du nylon, la troisième expose le monde particulier du travail des femmes, la quatrième est centrée sur les métiers connexes et, enfin, la dernière présente les rapports entre l’usine et le milieu familial. On le voit, les angles sont multiples, même si les contributions se concentrent sur les parties deux, trois et quatre, soit le cœur de l’activité productive de l’usine. Deux catégories de paroles sont rassemblées, assez dissemblables, à la fois dans la forme et sur le fond. On trouve tout d’abord des interviews d’ouvriers ordinaires qui racontent leur vie au travail, ses extrêmes difficultés (chaleur et humidité intense, horaires décalés – les 4 x 8 ou les 3 x 8, le bruit omniprésent), les satisfactions d’un bon revenu et les moments de camaraderie. Généralement, ces entretiens sont assez descriptifs et plutôt courts.
Et puis, il y a les interviews de militants, syndicaux et politiques. Ne le cachons pas, ce sont les pages de loin les plus intéressantes. Bien entendu la grève de 67 ou Mai 68 sont des moments forts évoqués. Mais si cette parole ouvrière est particulièrement instructive, c’est qu’elle permet de cerner le travail au-delà de sa dimension technique pour aborder la question de la construction du collectif, pour envisager le rapport à la société ou la place de la culture dans le monde ouvrier. Le CCPPO (Centre culturel Palente-Orchamps), association ouvrière d’éducation populaire, comptait en effet plusieurs ouvriers de la Rhodiaceta dans ses rangs. Leur activité est ainsi chaleureusement évoquée au fil des pages. On retiendra également, même si cela ne concerne qu’une seule interview (mais d’une telle densité), le témoignage d’une ouvrière qui, tout en ne se définissant pas comme féministe, a « essayé de faire progresser la condition féminine sur [son] lieu de travail et dans le milieu du militantisme » (p. 145). Témoignage fort et passionnant, car, ainsi qu’elle l’exprime, « La Rhodia, ça a été l’apprentissage de la vie collective » (p. 149).
De nombreuses autre dimensions – le rapport au Comité d’entreprise, la vie familiale perturbée, l’évolution des carrières et des conditions de travail, la manière dont l’entreprise a été liquidée, les relations avec les salariés des autres entreprises du bassin bisontin … – constituent tout le sel et l’intérêt de cet ouvrage, qui participe ainsi de cette conservation de la mémoire ouvrière d’après-guerre. Mémoire d’autant plus précieuse, à une époque où la classe ouvrière est devenue le grand absent du langage politique.




