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Brésil-Suisse. Les sans-terre, le messie des «investisseurs» et Nestlé
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Par Pierre Amarrant
Les habitants du campement Quilombo Grande, situé dans la localité de Campo do Meio, dans l’Etat brésilien du Minas Gerais, avaient jusqu’au mercredi 14 novembre pour quitter les lieux [1]. Ils peuvent être expulsés à tout moment par la Police militaire.
Malgré la peur, soutenues par les habitants de la région, les 450 familles ont décidé de résister. Le 14 novembre au soir, une réunion œcuménique a marqué le début de cette nouvelle phase de leur lutte.
Cela fait 20 ans que ces familles de petits agriculteurs, organisées par le Mouvement des sans-terre (MST), occupent les terres abandonnées par une ancienne usine de canne-à-sucre, qui a fait faillite en 1996. Elles ont transformé ces 4000 hectares en champs fertiles – d’où sortent chaque année 510 de café biologique, 55’000 sacs de maïs, 500 tonnes de haricots, 8 tonnes de miel. Ce qui indique d’ailleurs la contribution de ce genre de producteur à la consommation interne.
Les habitants de Quilombo Grande dénoncent aujourd’hui le rôle joué par le grand propriétaire João Faria da Silva. Propriétaire d’une ferme dans la région, ce fazendeiro originaire de São Paulo est connu, dans les milieux spécialisés, comme le plus grand producteur de grains de café au monde [2]. Parmi les principaux clients de M. Faria, on trouve la multinationale helvétique Nestlé – dont le siège se trouve à Vevey et qui contrôle Nespresso (Nestlé Nespresso SA), siège à Lausanne, en position de force sur le marché du café à dosette – , ainsi que la hollandaise Jacobs Douwe Egberts.
Selon les habitants du campement, la décision d’expulsion aurait été prise sous l’influence de M. Faria, qui convoiterait les terres qu’ils cultivent. Selon un reportage de la chaîne de télévision Télésur [3], les propriétaires de l’usine en faillite auraient proposé, en 2016, un plan de redressement judiciaire prévoyant de louer le terrain… à une entreprise de M. Faria.
La décision d’expulser des familles et tombée peu après l’élection de Jair Bolsonaro à la la présidence du Brésil. Cela n’a rien d’étonnant. Parmi ses principaux ennemis (qualifiés de «terroristes»), le futur président néofasciste (en exercice dès janvier 2019) cite les deux principaux mouvements sociaux du pays: le MST et le MTST, principal mouvement des sans-toit du pays. Parmi les alliés de Bolsonaro, le lobby des grands propriétaires et de l’agronégoce est en pole position. La députée fédérale Tereza Cristina, pressentie pour le poste de ministre de l’Agriculture, en est une éminente représentante.
«Selon les banques d’investissement Morgan Stanley et UBS, le Brésil de Bolsonaro propose la meilleure investmenstory au monde parmi les pays émergents », indique un article de journal économique Finanz und Wirtschaft – surplombé d’un titre éloquent:«Les investisseurs misent sur le Messie brésilien» [4].
Sur le terrain, à Campo do Meio, la «story» se transforme en film d’horreur. Qu’en pensent les dirigeants de la multinationale Nestlé et de Nespresso? Les actionnaires de Nestlé qui palpent des dividendes ? Les «directions cogestionnaires» (sic) des fonds du deuxième pilier?
Se réjouissent-ils aussi de cette nouvelle story – qui leur permettra, peut-être, de recevoir des caisses de café, bien amère, produites sur des terres arrachées par la force à 450 familles de petits agriculteurs? Et d’ajouter sur les dosettes Nespresso: «café bioéthique» (16 novembre 2018)
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[1] Le terme quilombo est lié à un «substantif» – kimdundu – des langues bantoues: le Mbundu, plus précisément utilisé dans des territoires de l’Angola actuel. Les habitants sont souvent désignés comme des quilombolas. L’origine des habitants des quilombos est, en très grande partie, des descendants d’esclaves en fuite des propriétés, avant la suppression formelle de l’esclavage au Brésil. Elle intervint très tardivement : en 1888. La «fin de la colonisation» est intervenue, elle, en 1822. Durant la colonisation – et même après cette date de 1822 – les quilombos ont aussi servi de refuge à des esclaves africains venu de régions frontalières, ainsi qu’à des Juifs réprimés par la monarchie portugaise. Entre autres, ceux contraints de se convertir à la fin du XVe siècle au catholicisme et qui, en tant que marannes, fuyant au Brésil, se retrouvèrent, contrairement à leurs espoirs, en grande partie dans une situation des «rebuts du monde», selon les termes .
[2] http://revistacafeicultura.com.br/index.php?tipo=ler&mat=17159
[3] Telesur, 17 novembre. https://www.youtube.com/watch?v=9JAmobb17qQ
[4] Finanz und Wirtschaft, 14 novembre 2018.




