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Gilets jaunes : La colère est là, et maintenant ?
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https://albruxelles.wordpress.com/2018/11/21/gilets-jaunes-la-colere-est-la-et-maintenant/
Alternative libertaire , le 20 novembre 2018
Dans une grande partie de la France, ce week-end des 17 et 18 novembre, on n’a parlé que des fameux « gilets jaunes ». Mouvement né d’une colère contre la hausse des taxes, il est complexe, multiple et il faut tenter de le comprendre. Une chose est sûre, la colère majoritaire qui s’exprime là ne va pas faiblir tant qu’elle sera totalement méprisée par le gouvernement. Mais il faut maintenant construire sur la base de ce qu’a été ce 17 novembre : construire des revendications, virer les fachos, et s’organiser démocratiquement.
Une forte mobilisation
Des blocages d’autoroutes, de ronds-points, de supermarchés, de stations essence ont eu lieu dans énormément de lieux. 2 000 à 3 000 blocages, par plus 300 000 personnes le 17 novembre (et ce sont les chiffres du gouvernement !). Beaucoup reconduits le 18 novembre, et certain encore le lundi 19. Ce chiffre est comparable à celui des manifestations nationales appelées par les syndicats de lutte, mais on trouvait ce week-end sur les blocages beaucoup de personnes éloignées du syndicalisme, des reconductions spontanées et auto-organisées, des petites villes où les mobilisations sont rares, des villages même.
Quelques chiffres, pour prendre la mesure de l’événement : 2 000 personnes dans le département rural de l’Aveyron, avec des barrages dans des villages. Dans la région toulousaine, 300 personnes étaient mobilisées à Villefranche-de-Lauragais et 200 à Montgiscard.

Il était impossible d’entrer dans Toulouse de 7h à 19h samedi. A Dreux, circulation automobile bloquée tout le week-end. L’autoroute de Normandie, bloquée une bonne partie du dimanche. Et à Fougères, en Ille-et-Vilaine, ville de 20 000 habitant.es, 200 personnes filtraient toujours l’entrée dans la ville lundi matin, tandis qu’à Montpellier, l’autoroute était bloquée lundi, menaçant l’approvisionnement des supermarchés !
Sur la forme des mouvements, ce fut très hétérogène. Des blocages de ronds-points bon-enfants, familiaux et revendicatifs, mais aussi des personnes beaucoup plus agressives, brandissant le drapeau bleu-blanc-rouge comme un étendard. Par exemple, si Fauville-en-Caux (76), bloquait quelques minutes les automobilistes, avec les enfants rigolant en gilet jaunes sur le bas-côté, sur les ronds-points autour de Dreux (28), c’est des dizaines de drapeaux bleu-blanc-rouge qu’on pouvait voir, et des bloqueurs beaucoup plus agressifs forçant les automobilistes à placer un gilet jaune sur leur pare-brise.

Des actes intolérables
Comme à chaque mouvement social, la répression policière s’est abattue sur les manifestant.es, avec son lot d’interpellations, de gardes-à-vue et de violences en tous genres. Mais ce n’est pas tout. Des actes racistes on été commis de la part de certain.esmanifestant.es : une femme portant le voile a été forcée de se dévoiler, et des insultes racistes envers des personnes noires ou arabes ont été prononcées. Des actes homophobes également : des injures et des blocages plus longs pour des personnes reconnues, à tort ou à raison, comme homosexuelles.
L’extrême-droite est en effet une des composantes du mouvement, et ces agressions lui sont sans doute en partie attribuables. Mais ce mouvement ne s’y réduit pas. A plusieurs endroits, des tentatives d’auto-organisations, des revendications sociales et écologiques qui vont bien au-delà des taxes sur le gasoil, des fachos virés des points de rendez-vous.
Évidemment, la situation est bien différente suivant les localités. Mais à l’heure où des porte-parole auto-proclamés s’expriment dans les médias – parfois des patrons, parfois des militants de droite ou d’extrême-droite ! – à l’heure où différentes forces veulent récupérer cette colère pour engraisser leur haine, à l’heure aussi où des personnes qui n’ont jamais fait une manif bloquent le rond-point du coin pendant 3 jours, il faut redire des idées fortes, il faut, là où c’est possible, participer à cette colère.

Porter de nouvelles idées
Sur des bases sociales et écologiques, tout d’abord. N’oublions pas que ce gouvernement, qui prétend prendre une mesure écolo en taxant ceux et celles qui ont besoin de leur voiture, ne taxe pas le kérosène des avions et des jets privés, ni le carburant des paquebots de croisière ! Ce même gouvernement ferme des lignes SNCF, nous mettant dans l’obligation d’utiliser la voiture ! Il ferme aussi des services publics de proximité, nous obligeant à faire des dizaines de kilomètres pour trouver un hôpital, une maternité, un centre des impôts ou un bureau de poste.
Pendant ce temps, rien n’est fait pour que l’on puisse vivre décemment ! Le SMIC reste désespérément bas, et les autres salaires suivent. Le point d’indice des fonctionnaires est gelé, rien à attendre de ce côté-là. Les retraité.e.s vivent pour beaucoup sous le seuil de pauvreté pendant que les actionnaires et les plus riches se gavent. Il faut exiger des hausses de salaires généralisées. Et là-dessus, soyons bien certain-es que ce ne sont pas les patrons, ni les « petits », ni les grands, qui vont nous aider ! D’ailleurs, le MEDEF et des organisations de patrons de PME commencent déjà à appeler à l’arrêt des blocages ! C’est nous, tout seul-es, par l’action, qui obtiendrons cela.
C’est pourquoi il faut, partout où c’est possible, que les décisions du mouvement soient prises de la manière la plus démocratique, dans des comités de base auxquels tous les travailleurs et les travailleuses, tous les chômeurs et les chômeuses, les retraité.e.s et les jeunes peuvent participer. Pour cela, il faudra bien être capables de virer les fachos et les patrons de nos luttes. Nous sommes légitimes à le faire.




