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Mélenchon: un samedi aux champs

Gilets-jaunes Mélenchon

Brève publiée le 26 novembre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://melenchon.fr/2018/11/26/un-samedi-aux-champs/

Ce samedi fonctionna comme une caricature de ce que peut être une bataille de propagande. Sans foi ni loi, les chaînes d’info en continu se polarisèrent sur 200 mètres des Champs-Elysées pour retransmettre en direct,  avec commentaires angoissés, le scénario écrit et imaginé par l’immense stratège Christophe Castaner.

À moins que ce soit encore la petite équipe spécialisée dans cet exercice depuis les succès de Valls dans ce domaine.

Dès le matin donc, aux premières heures, les Champs restèrent bien ouverts afin d’être bien certain de pouvoir y trouver les manifestants dont le spectacle avait besoin. Puis les gardes mobiles sont arrivés et le ballet des allers et venues des deux premières lignes ont pu durer toute la journée pour rendre possible les images traumatisantes et les commentaires dissuasifs. Je ne perdrai pas un instant à raconter la rigolade des vieux militants assistant à cette comédie de boulevard. Des esprits taquins auraient pu s’étonner d’une telle inefficacité du dispositif et de l’usage de la force pendant plus de huit heures. Des esprits curieux se seraient demandé pourquoi il n’y avait là ni CRS ni policiers mais les gardes mobiles, c’est-à-dire l’armée. Des esprits mutins s’ébahiraient de voir comment les éléments incontrôlés sont sagement restés concentrés sur l’usage des palissades de chantier en préservant soigneusement tous les symbole du fric ostentatoire qui pourtant pullulent sur cette avenue !  Bref, le show a fonctionné.

Mais personne n’y a cru, hélas pour Castaner et les petits malins qui lui tenaient la main pour ce grand revival de « la République contre les séditieux ». Au contraire, des milliers de gens sur les barrages en région, les millions de gens qui passaient le nez devant leur écran et retrouvaient au fil des heures le même prises de vue, les mêmes gros plans sur les flammes de baraques de chantier, comprenaient bien qu’on les prenaient pour des imbéciles (des « abrutis » dirait le dessinateurs du Monde, l’illustre contre-populaire Gorce). Pour autant que ce soit aux Champs ou en région, le nombre et la détermination y était. Et si chaque regroupement comportait sa dose de militants politiques de tous horizons, il y avait surtout des gens dont c’était la première expérience d’action de ce type et même la première fois tout court pour quoi que ce soit de public et de politique. Les grands chefs et les commentateurs ont traité tout ça à l’ancienne, sur les mêmes grosses ficelles usées et rabâchées mille fois contre nous et d’autres : « le mouvement s’essouffle », «  les gens réprouvent la violence qui se déchaîne », « L’extrême droite (parfois l’extrême gauche) est responsable des violences et a récupéré le mouvement ». Insuccès garanti, je l’ai dit. Mais cela ne tient pas a la contreperfomance individuelle des acteurs de cette comédie. Leur échec est dans ce que sont les caractéristiques du moment politique.

Tout ce qui se passe est hors norme. C’est pourquoi la réplique manipulatoire traditionnelle est complètement décalée par rapport au niveau de conscience populaire. C’est donc pour nous un important succès car des millions de gens ont été une fois de plus instruits en masse des stratégies médiatico-politiques du régime macroniste. L’identification du parti médiatique se fait  à échelle de masse. Le mépris et le dégoût qui vont avec de même.

L’autre succès est naturellement le niveau de mobilisation et l’élévation du niveau de conscience qui s’est exprimé partout dans les mots d’ordre et les propos tenus face caméra ou dans les meetings improvisés. Les commentateurs n’attachent pas d’importance au fait que le mot d’ordre « Macron démission » soit un refrain partout. C’est pourtant un slogan qui est très rare dans l’histoire des mouvements sociaux du pays. À vrai dire, je ne crois pas qu’il ait de précédent. Même Hollande y échappa. Rien ne décrit mieux l’isolement du pouvoir actuel et sa perte de légitimité que ce slogan omniprésent.

Deux autres signaux ont été visibles cette même fin de semaine. D’abord le succès de la manifestation contre les violences sexiste et sexuelles. J’ai participé à la marche parisienne comme je l’avais mentionné en posant ma question d’actualité au gouvernement. J’ai constaté un cortège extrêmement nombreux et dense. Très intergénérationnel, très bienveillant, très structuré autour de slogans et pancartes très cadrés tout au long du cortège. Alors que la semaine avait été vouée médiatiquement aux gilets jaunes, c’est donc un éclatant succès pour les organisations qui l’ont construit. Mais c’est aussi un signal que lance la société tout entière si l’on tient compte de diversité et du nombre des participant·e·s. Un signal de mobilisation qui recoupe les autres messages de la période. Ce moment est celui d’une montée en puissance de la conscience politique collective sur toutes les questions qui concernent la dignité des personnes et l’exigence d’égalité. D’une façon générale, personne ne faisait d’opposition entre les deux actions de la journée. À quelques exceptions près bien sûr. Mais elles ne comptent pas politiquement. Pour finir l’image qui reste pour moi ce sera celle de cet accueil du cortège féministe par une double rangée de gilets jaunes l’applaudissant (vidéo ci-dessous).

Au demeurant, notre famille doit travailler sans relâche à la convergence populaire qui est la clef du contexte pour reprendre l’initiative face aux libéraux. Le fond de l’air est très politique. Je prends comme preuve de cela le succès du meeting tenu à Blénod-lès-Pont-à-Mousson que nous avons animé avec Caroline Fiat et Céline Leger jeudi soir avant la marche des métallos CGT de la vallée de la Fench, qui tombait la veille du samedi de mobilisation générale. Je suis assez connaisseur du pays où je voyage depuis tant d’années et de la saison politique pour savoir que, quelle que soit l’affiche, 800 personnes réunies de cette façon c’est un évènement qui signifie davantage que l’attraction pour ceux qui vont s’exprimer. Autrement dit ce n’est ni Caroline, ni Céline, ni moi qui faisons la force de ce rassemblement, c’est le contexte. Et c’est ce que prouve chaque semaine le succès des réunions politiques que tiennent nos amis partout dans le pays.

C’est donc tout un que ce faisceau d’indications. La fragilité de l’assise du pouvoir éclate au yeux où que l’on regarde. Parfois même on voit des plans et des intentions là où il s’agit seulement d’incurie et d’amateurisme. Ainsi, quand la Garde des Sceaux décide de proposer par surprise un amendement pour donner le pouvoir par ordonnance au gouvernement de réécrire la très décisive et fondamentale ordonnance de 1945 sur le statut des mineurs. Pourtant le Sénat a déjà délibéré, pourtant la commission de l’Assemblée ne l’a pas reçu, pourtant le débat est commencé sur le texte devant les députés. Pourtant toutes les opposition ont fait front pour refuser le procédé qui est un sommet de mépris pour le Parlement. Il s’agit d’un texte fondamental pour tous ceux qui ont à connaître du sujet de la justice applicable aux mineurs. Comment un sujet pareil peut-il être traité de cette façon ? Peu importe à la Garde des Sceaux, personnage certes politiquement inepte, capable de rester trois jours sans ouvrir la bouche au banc du gouvernement pendant l’affaire Benala et capable de dire sans blêmir de honte qu’elle ne savait rien des cent policiers et des 17 perquisitions contre la France insoumise. À présent je crois que c’est peut-être vrai et que, dans le même rôle de marionnette sans consistance préposée au basses besognes, elle s’est fait imposer une révolution du droit dans ce domaine sans autre rôle que de transmettre le texte de l’amendement. Ce n’est qu’un exemple, mais comme il est parlant !

Ces façons de faire, cet amateurisme, cette incompréhension du fonctionnement de la démocratie parlementaire, cette grossièreté des procédés, tout cela est l’image de la composition sociale et politique du pouvoir actuel arrivé « par effraction » selon le mot du vainqueur. Des technocrates arrogants et méprisants gouvernent en considérant que tout ce qui n’est pas dans leur circuit est une perte de temps. Au motif d’une efficacité déduite des chaînes de commandement brutales des entreprises, ces gens pensent qu’on gouverne 65 millions de personnes d’un pays  tumultueux comme une start-up. La collision avec le mur des faits et réalités politiques est garantie. Seul la date est inconnue. Ce pourrait être samedi prochain. Ou bien avant. Ou bien peu après. Le mélange des circonstances et des colères rend tout inflammable. L’arrogance de ceux qui commandent le rend explosif.

Évry : nous ne pouvons pas gagner sans le peuple

À Évry, la colère contre Macron ne s’est pas transformée en votes. L’abstention à 83% nous a ensevelis. Le candidat de Valls peut donc continuer à régner sur un désert civique. Le peuple reste massivement en grève politique. La première leçon, c’est bien que la démocratie n’est vraiment pas en bon état dans notre pays.

Je salue les femmes et les hommes qui se sont mobilisés dans cette campagne sans compter leur temps ni ménager leur énergie. Je salue nos candidats avec affection, mesurant leur déception que je partage. Mais même si nous sommes contraints de raisonner sur des bases infimes de participation, et avec une quantité non négligeable de bulletins blancs ou nuls, il faut cependant se poser honnêtement les questions que le résultat soulève. Peut-être ne sommes-nous pas exempts de responsabilités dans la difficulté à mobiliser.

La campagne de second tour, contre mon avis formellement exprimé, s’est faite sur le thème d’une soi-disant « gauche rassemblée », avec guirlande de sigles et tout le reste du décorum de ce genre de discours. La profession de foi est entièrement construite sur ce thème. Le résultat est le suivant. Au premier tour sans « gauche rassemblée », nous faisons le même pourcentage qu’en juin 2017. Au second tour avec la « gauche rassemblée », nous faisons moins qu’au second tour de 2017. Cela mérite réflexion.

Commençons par dire que cette « gauche » n’était pas aussi rassemblée qu’il a été dit. Et tout le monde le savait car les divergences s’étaient bien étalées au premier tour. Car à ce premier tour, il y avait eu cette pluralité incompréhensible de candidatures. Au second, le PS a refusé de choisir entre Macron et l’opposition populaire. Si son influence s’est beaucoup réduite, son pouvoir de nuisance n’est pas éteint. EELV a fait de même. Au demeurant, ce que veut dire la « gauche » dans ce secteur n’est pas aussi claire que ce que l’on peut en dire ailleurs. Car c’est déjà une majorité municipale « d’union de la gauche » à Évry dont le maire, Francis Chouat, a été candidat LREM avec l’appui des 6 maires de droite de la circonscription.

Selon moi, face aux six maires de droite et leurs clientèles, on ne peut convaincre sans se faire l’expression du sentiment dégagiste qui cherche son chemin dans le pays. On se l’interdit si on propose aux électeurs de reprendre une tournée de l’ancien breuvage dont ils ne voulaient plus quand ils ont décidé de nous placer nettement au second tour plutôt que d’autres candidats. De plus, en pleine mobilisation des gilets jaunes, la guirlande des sigles qui refusent de soutenir la mobilisation sociale n’est guère motivant pour ceux qui s’identifient à ce combat (75% des Français). La preuve mathématique nous en est donnée quand on voit que Farida Amrani fait moins de voix au second tour qu’au premier dans les bureaux de Corbeil où nous avions fait 45 % au premier tour. Selon moi donc, cette ligne de soi-disant « gauche rassemblée » a contribué à bloquer la mobilisation qui aurait été possible en assumant d’être « l’opposition à Macron » sans obliger à montrer patte blanche. Une élection n’est pas un congrès de parti. Ce qui se joue doit aller à l’essentiel de ce qui est en cause.

Si déçu que je sois et si haute que soit l’estime que j’ai pour le combat qu’a mené courageusement et infatigablement Farida Amrani, c’est mon devoir de dire ma conviction la plus profonde : un monde est mort et il est inutile et dangereux de vouloir faire comme si ce n’était pas le cas.