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Premières leçons politiques de ce 24 novembre
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://aplutsoc.org/2018/11/24/premieres-lecons-politiques-de-ce-24-novembre/
En affichant l’ « épuisement » du mouvement dit des gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur et plusieurs médias mentent. Qu’au bout d’une semaine des centaines de milliers de gens bloquent des routes, des dépôts de carburants, des magasins, avec l’approbation explicite de la majorité de la population, n’est pas un épuisement. On cherche évidemment à les fatiguer, par manque de perspective. Mais nous avons bel et bien affaire à une déferlante des couches les moins organisées du prolétariat et de couches paupérisées de la petite-bourgeoisie, depuis maintenant une semaine.
Il n’est de même pas crédible que seulement « 8000 » manifestants sur les Champs Élysée aient pu défier la police et polariser les chaînes d’information continue pendant toute la journée, en indiquant clairement une direction : l’Élysée, l’affrontement avec l’exécutif, pour en découdre. Même s’ils n’étaient pas des dizaines de milliers, ils étaient les émissaires de centaines de milliers qui les avaient pour ainsi dire propulsés jusque là !
L’ « élément de langage » n°1 de M. Castaner, chef de l’exécutif chaque samedi, a consisté à réduire la manifestation non autorisée des Champs Élysée et, implicitement, l’ensemble de la déferlante actuelle, à « l’extrême-droite », allant jusqu’à raconter qu’il « connaît » les « 200 casseurs d’ultra-droite », et à faire croire que Marine Le Pen avait appelé à cette manifestation.
En réalité, l’extrême-droite ne contrôle rien du tout et si des provocateurs, policiers autant que d’extrême-droite (une partie sont les deux à la fois), étaient bien présents en nombre, ils ne sont pas à l’origine de la direction spontanément prise par le mouvement social : l’Élysée.
Déjà, celles des manifestations intersyndicales du 9 octobre dernier qui avaient un peu de vie ont scandé « Macron démission ». La mobilisation massive de la population marseillaise contre l’abandon des pauvres aux logements insalubres et à la mort sous les gravats portait une même radicalité, ainsi que la mobilisation de toute une région pour la maternité du Blanc, dans l’Indre.
Ce mot d’ordre ne vient pas de l’extrême-droite comme veulent le faire croire tous les protecteurs politiques ou syndicaux de Macron – qui font ainsi le jeu de l’extrême-droite. Il vient des profondeurs de la société, de ces masses qui, d’habitude, se taisent, et qui commencent à faire irruption sur le terrain où se règle leur propre destinée.
Cette irruption a atteint le niveau révolutionnaire à la Réunion, où comités de quartier, assemblées populaires de manifestants, ont déjà imposé un premier recul sur les prix des carburants et tiennent leur île contre la répression et les déprédations. L’explosion et l’auto-organisation populaire à la Réunion, contre lesquelles le pouvoir métropolitain a instauré le couvre-feu, mal appliqué, sont le produit direct de l’impulsion donnée par les Gilets jaunes. A qui fera-t-on croire que Marine Le Pen voulait cela ?
Il faut le dire clairement : en ciblant l’Élysée, les Gilets jaunes ont raison et tous les exploités et opprimés le ressentent !
Et la chute de Macron ne serait pas la victoire de l’ « extrême-droite », du RN qui, institution de la V° République depuis toujours, a toujours voulu prospérer dans le cadre de ce régime et éventuellement arriver au pouvoir par son institution présidentielle, antidémocratique et bonapartiste. La chute de Macron que veulent les Gilets jaunes et avec eux la grande majorité, serait la fin de la V° République.
Elle ouvrirait la voie à la démocratie, à un processus constituant pour avoir un gouvernement, un régime, une société au service de la majorité et pas du capital ! – ce qui serait du coup le seul régime capable d’engager la fameuse transition écologique si vitale, sur la base de la justice sociale, sans impôts indirects !
C’est pour cela qu’aucune direction des organisations syndicales nationales, et des partis et courants issus du mouvement ouvrier ou de la crise des anciens partis, du PS à la FI en passant par les dirigeants confédéraux CGT, CFDT et FO, ne veut entendre parler de la grève unie, tous ensemble, de la grève générale, car sa réalisation, possible lorsque les millions de salariés des petites entreprises entrent en mouvement sous la forme inattendue des « gilets jaunes », poserait la question du pouvoir et même, vu ce qui se passe déjà, commencerait à la régler en chassant Macron.
C’est pour cela qu’il leur faut faire peur dans les chaumières, et dans les permanences syndicales, en martelant que le fascisme serait soi-disant à nos portes, en diffusant en boucle les images répugnantes de petits-bourgeois racistes en gilets jaunes s’en prenant à des migrants, tout en se gardant bien de publier les milliers d’images opposées. Il faut empêcher la jonction !
Or, le vrai mouvement qui monte est celui du prolétariat.
Ni celui du « peuple » contre « l’oligarchie », confusionniste, ni celui du « dialogue social pour infléchir Macron », tout aussi confusionniste.
C’est de lutte de classe et seulement de lutte de classe qu’il s’agit !
Sur le terrain, la jonction a commencé. Dans toute la France des milliers de militants syndicaux sont allés sur les barrages, y apportant parfois leur expérience. Plus : les fédérations CGT des Produits chimiques et FO des Transports posent la question du Tous ensemble. Les raffineries entrent en grève. A Grandpuits, Donges, La Mède, Feyzin, Fos, gilets jaunes et gilets rouges CGT sont ensemble devant les raffineries en grève. A Calais, depuis trois jours, dockers du port en grève et gilets jaunes bloquent ensemble l’autoroute A 16. La CGT du CHU de Toulouse appelle les hospitaliers à rejoindre les Gilets jaunes. L’ébranlement est profond et a commencé.
De plus, ce samedi 24 novembre 2018, les manifestations féministes contre les violences faites aux femmes, appelées de longue date, n’ont pas pâti de la mobilisation des gilets jaunes, au contraire ! On sentait pourtant bien que pas mal de chefs syndicaux se targuaient d’être dans cette seule manifestation parisienne aujourd’hui. Mais elles et ils furent 80 000 dans toute la France.
Et, au moins à Montpellier et à Nice à notre connaissance, les Gilets jaunes avaient décidé de les attendre ou des les accueillir, pour les applaudir et se joindre à elles !
Ces images circulent et doivent circuler, elles montrent des centaines de « gilets jaunes » et pas le petit groupe de racistes de la Somme que beaucoup de responsables et de militants utilisent pour refuser la jonction, la belle jonction !
SALARIES, FEMMES, GILETS JAUNES, JONCTION !
LA JONCTION, C’EST LA GRÉVE !
LES SYNDICATS DOIVENT JOUER LEUR RÔLE : PRÉAVIS, ASSEMBLÉES, INTERSYNDICALES !
NI TIPP NI CSG, MAIS ISF !
UNITE CONTRE MACRON :
par la grève unie, la grève ensemble, la grève générale, on peut gagner,
et ouvrir la voie à un nouveau régime.
La rédaction, le 24-11-2018.
Contact : Argument Pour la Lutte Sociale, https://aplutsoc.org/




