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Syndicalisme : sortir de l’alternative intégration/marginalisation

syndicalisme

Brève publiée le 5 janvier 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.anti-k.org/2019/01/04/syndicalisme%E2%80%82-sortir-de-lalternative-integration-marginalisation/

NPA, 4 janvier 2019

Retour sur l’année 2018. Dure année pour le mouvement syndical. Avec la mise en application des ordonnances de destruction du droit du travail, et après l’échec de la mobilisation contre la mise en pièces de la SNCF, l’année se termine avec l’improbable et durable mouvement des Gilets jaunes, non inscrite dans le logiciel syndical traditionnel.

Après les défaites contre les lois Hollande-Macron, El Khomri et les Ordonnances, la mise en pièces du service public de la SNCF était une nouvelle importante échéance pour les organisations syndicales.

De la mobilisation des cheminotEs…

Secteur restant fortement organisé, bénéficiant d’une popularité historique, des protections de la fonction publique, et n’ayant connu jusque là que des défaites « indirectes », c’est-à-dire les multiples reculs des droits et des moyens de vivre des salariéEs, les cheminotEs paraissaient capables d’infliger un premier recul à Jupiter.

La tactique de lutte saute-mouton (le 2/5 : deux jours de grève, trois jours de travail) imposée par  les directions syndicales a empêché une construction démocratique et mobilisatrice du mouvement. Mais dans le même temps les tentatives de dépasser cette forme de lutte n’ont pas rencontré un écho majoritaire chez les cheminotEs. Des difficultés qui s’expliquent d’abord parce que les cheminotEs de 2017 ne sont plus celles et ceux de 1995. Les multiples réorganisations/désorganisations de l’entreprise sont passées par là. La « culture » cheminote s’est repliée sur les conducteurEs, les plus mobiliséEs, les autres professions étant davantage soumises à l’externalisation, aux suppressions de postes, à la perte de qualité du travail. Les contre-réformes successives ont été imposées, malgré des mobilisations répétées, créant une ambiance d’échec des luttes depuis 1995 qui a justifié le refus, de la part des directions syndicales, de l’affrontement avec le gouvernement.

… aux élections dans la fonction publique

Depuis la grande mobilisation semi-­victorieuse de l’hiver 1995, les gouvernements successifs ont accéléré le démantèlement des services publics. Pas seulement pour répondre aux « exigences » de Bruxelles ou pour « dégraisser le mammouth », mais aussi pour déconstruire des secteurs qui avaient notamment permis « 95 ». La Poste, EDF-GDF, Air France, la RATP… ont, à marche forcée, malgré les résistances mais aussi souvent avec la connivence des directions syndicales, subi réductions d’effectifs, déstructurations, mise en cause du service public, dégradation des conditions de travail. En accompagnant cette démolition, les directions syndicales se sont tiré une balle dans le pied, dans la mesure où le secteur public était non seulement le plus organisé, le plus mobilisable, mais aussi une garantie de ressources financières et humaines. La baisse de participation aux dernières élections dans les fonctions publiques en est la principale leçon, plus significative que la place de « première organisation syndicale » revendiquée par la CFDT et largement répercutée par les médias.

Cette politique a montré toute sa nocivité lors des mobilisations contre les attaques contre le droit du travail depuis la loi Macron, la loi El Khomri, les ordonnances. Des difficultés de mobilisations servant aussi d’alibi, aggravées par des tactiques de lutte rendant encore plus compliquées convergence, coordination, généralisation, convergence public-privé. C’est ainsi qu’au printemps, pendant plusieurs semaines, la mobilisation des cheminotEs s’est déroulée en parallèle de multiples luttes dans le privé sans que les unes ne renforcent l’autre.

Comment sauver les meubles ?

Le congrès confédéral de FO, en avril, ne fut que la première phase d’une crise de grande ampleur. Critiqué pour son extrême prudence lors des dernières années de son mandat, Mailly était remplacé par un Pavageau sensé mettre en œuvre un orientation plus combative. Son mandat fut rapidement écourté après la divulgation d’un fichier listant les préférences politiques ou la vie privée de 127 responsables de fédérations et unions départementales, assortis de qualificatifs injurieux, suivie d’autres révélations sur les dérives dans l’utilisation des fonds de la confédération.

Plus tranquille, le congrès de la CFDT, qui s’est tenu en juin, a permis à Berger de faire oublier les virulentes critiques portées en 2017 lors de la mobilisation contre les ordonnances, en se contentant d’élever le ton contre Macron, avec la caution de la relative détermination de la fédération cheminote.

Les crises traversées ces dernières années par les principales organisations syndicales résultent, pour une grande part, de leur incapacité à s’adapter aux réorganisations de l’appareil productif et aux transformations induites dans la « classe ouvrière ». Elles se retrouvent coincées entre, d’une part, la volonté de certains gouvernements et d’une partie du patronat de développer le « dialogue social » et, d’autre part, celles d’autres franges de limiter leur place tant dans les entreprises que dans les systèmes de gestion paritaire (chômage, formation professionnelle, Sécurité sociale, etc.).

Dans de nombreuses structures, les réponses se partagent entre plus de « dialogue social », plus d’intégration, contre plus de combativité. Si les choix sont très majoritairement faits, parfois depuis longtemps (CFE-CGC, CFTC, UNSA), ou plus récemment (FSU), pour toujours plus d’intégration, les débats, les résistances, restent possibles ailleurs (FO, CGT, Solidaires). Avec comme enjeu la survie de fractions des appareils. Mais aussi une mise en péril des équipes syndicales, proches du terrain, qui paient cash tous les errements tout en étant confrontées à la réduction drastique des moyens des instances représentatives du personnel (IRP) qui risque de susciter une « professionnalisation » croissante tout en favorisant toujours plus de répression.

Remises en cause

Le développement du mouvement des Gilets jaunes a mis en évidence les carences du mouvement syndical : des tactiques de lutte en échec depuis au moins deux décennies, et l’incapacité à élargir son influence au-delà des secteurs traditionnels. Mais les luttes victorieuses dans le nettoyage ou l’hôtellerie, animées notamment par des structures CGT, ouvrent des pistes.

La situation demeure cependant celle d’un « partage » entre la volonté des directions syndicales d’être réintroduites, par le gouvernement, dans le « dialogue social » (à l’exception de Solidaires), et le soutien et l’engagement au côté des Gilets jaunes. Une ligne de partage qui pourrait devenir une ligne de fracture dans la CGT lors du prochain congrès confédéral.

Le mouvement des Gilets jaunes renvoie le mouvement syndical à ses échecs, à l’exigence d’un fonctionnement démocratique, en interne et dans les mobilisations, à l’extension de leur base sociale. Les réponses apportées pèseront dans les capacités de mise en mouvement des travailleurEs face aux régressions sociales et démocratiques.

Robert Pelletier