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    Cinema: Un violent désir de bonheur

    cinema

    Brève publiée le 26 janvier 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://npa2009.org/idees/culture/un-violent-desir-de-bonheur

    De Clément Schneider, film français, 1 h 15, sorti le 26 décembre 2018. 

    Il n’y a pas que sur les ronds-points que les questions posées par la Révolution française se posent à nouveau : au cinéma aussi on observe un regain d’intérêt pour la période. Mais nous avons ici affaire à un objet d’un tout autre ordre qu’Un peuple et son roi : une vision très originale, loin des poncifs du film historique.

    Une vision poétique et subjective de la révolution

    Dès le générique, où retentit « The Revolution Will Not Be Televised » de Gil Scott-Heron, on comprend qu’il s’agit d’une méditation sur « la révolution en général », un genre de révolution rêvée, plutôt que des événements spécifiques relatés. Plus tard dans le film on entendra Patti Smith et Marianne Faithfull. 

    Une clé de ce film déconcertant arrive avec le générique de fin : une bibliographie où figurent en bonne place Éric Hazan et le Comité invisible. Et, de fait, on retrouve dans le film les qualités (un certain lyrisme, une attention à la subjectivité) et les défauts (un certain impressionnisme politique) de ces auteurs.

    Petit clin d’œil aux luttes actuelles, l’intrigue se situe dans la vallée de la Roya. Un monastère s’apprête à être exproprié par l’armée révolutionnaire qui approche. Le personnage central, un jeune moine idéaliste, s’oppose d’abord aux sans-culottes en les sermonnant sur la vanité de la violence. Cependant, en conversant avec les nouveaux occupants il finit par trouver des vertus à la Déclaration des droits de l’homme et finit par adopter l’uniforme républicain. La violence des révolutionnaires continue cependant de lui répugner, tout comme son rôle d’officier et la nécessité de discipliner les excès sanguinaires de ses hommes.

    Dans le nouvel entourage de notre héros, il n’y a qu’une femme, noire, dont on comprend qu’elle est une esclave échappée — trait symbolique plutôt appuyé, elle se prénomme Marianne. Elle montre rapidement envers l’ex-moine une sollicitude charnelle qui trouve sa réciproque. Les deux tourtereaux prennent la poudre d’escampette et le film tourne dès lors à l’idylle champêtre.

    À ce stade, une critique : certes, faire d’une femme noire le symbole de la révolution est évidemment bienvenu. On oublie trop souvent le rôle des soulèvement d’esclaves des colonies françaises dans le processus de radicalisation en métropole. Mais était-il nécessaire de rendre son personnage littéralement muet pendant la plus grande partie du film, au risque d’assumer qu’il s’agit d’un pur fantasme de notre moinillon défroqué ?

    C’est d’autant plus dommage que le film réussit globalement son coup : présenter une vision poétique, subjective de la révolution, des processus personnels qui se développent d’autant mieux dans une période de bouleversement général.

    Sylvestre Jaffard