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    A Commercy : "Gilets jaunes, je déclare ouverte la première Assemblée des assemblées"

    Gilets-jaunes

    Brève publiée le 27 janvier 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.nouvelobs.com/politique/20190127.OBS9174/a-commercy-gilets-jaunes-je-declare-ouverte-la-premiere-assemblee-des-assemblees.html

    DES IDEES ET DES ACTES. Pendant que les Gilets jaunes défilaient en France pour l’acte XI, d’autres tentaient de se structurer, en s’inspirant du modèle jaune de Commercy. Reportage.

    Tout a commencé par une panne, une panne de micro précisément. Le mouvement des gilets jaunes avait débuté depuis trois jours et à Commercy, petite ville de la Meuse, il était déjà fort. "Je parlais souvent. Et à chaque fois, je demandais aux autres 'vous êtes d’accord'. Et puis le micro a lâché et on s’est assis tous ensemble. On s’est mis à se parler, à s’écouter, à voter et c’était extraordinaire", raconte Steven, éducateur spécialisé de 28 ans. Depuis, dans leur "cabane" installée sur une place, les gilets jaunes de Commercy tiennent une assemblée populaire tous les jours et ils organisent ce week-end "l’Assemblée des assemblées", regroupant plus de 75 groupes venus de toute la France qui essaient de fonctionner comme eux. 

    Ils forment un groupe uni, qui décide de tout en votant. Ils ont lancé deux appels à se structurer de manière horizontale qui sont devenus très populaires dans le mouvement. "Je suis né à Commercy, j’habite à Commercy, je travaille à Commercy, mais je ne connaissais pas les autres avant les gilets jaunes", relève en souriant Steven, l’un de ceux qui appelaient à cette organisation démocratique dès le 30 novembre dernier. "L’appel a été vu 330.000 fois, l’Assemblée des assemblées était la suite logique". 

    "Et du coup, on ne dort plus depuis des semaines", ajoute Frédérique, "mère au foyer" qui a revêtu son gilet fluorescent "pour nos retraites, pour nos enfants, pour nos handicapés". "Ca en vaut la chandelle", ajoute Steven, en regardant des délégations arriver de l’Ardèche, de l’Ariège, de Brest, de la Drôme, du Gard, de Lorient, Montpellier, Nantes, Nice, Orléans, Poitiers, Rennes, Saône et Loire, Strasbourg, de région parisienne et bien-sûr de toute la région Grand-Est. Sans oublier les autres stars de la "Maison du Peuple de Saint-Nazaire", le lieu occupé depuis deux mois par les gilets jaunes qui l'ont baptisé ainsi.

     Si leur expérience jaune, leur "cabane autogérée", leur volonté de ne jamais avoir de porte-paroles, de chefs, de tout voter "à mains levées", de ne jamais rien décider sans consulter tout le monde et leur désir de coordonner les assemblées populaires de toute la France sont regardés avec bienveillance par la gauche radicale, le noyau des gilets jaunes de Commercy n’avait aucune expérience politique préalable. "Je n’ai jamais fait de politique. La première fois que j’ai voté c’est en 2017. J’avais des convictions et Macron ne correspondait pas aux miennes. Et depuis, je me disais sans cesse 'c’est catastrophique' et les Gilets jaunes sont venus", affirme Steven.

    Frédérique précise : "on n’a pas de parti politique, on est gilet jaune." Elle avait manifesté "quand elle était lycéenne", mais cette mère de 4 enfants "de 26 à 8 ans" n’a jamais milité. Mireille est devenue célèbre depuis qu’elle a lu le deuxième appel de Commercy, un bonnet de père Noël sur la tête. Le gilet jaune "c’est ma première manifestation. On a tout décidé ensemble, avec des votes. Je ne parlais pas beaucoup, j’écoutais ", explique cette agent d’entretien. Elle non plus ne connaissait pas les autres. Mais depuis, des liens indestructibles se sont tissés. "On est frères et sœurs maintenant. On est relié par le sang jaune." Et quand Claude, autre pilier de la cabane lance : "Gilets jaunes de la France et du monde entier, bonjour. Au nom des copines et des copains de Commercy qui vous accueillent, je déclare ouverte la première Assemblée des assemblées", on le sent ému.

    Toutes les délégations "mandatées par leurs assemblées" se présentent à tour de rôle et racontent la bataille des ronds-points. Une bataille qui dure depuis plus de deux mois pour tous ceux qui viennent de province. Les parisiens ou les banlieusards sont des gilets jaunes plus récents, et on sent en les écoutant et à leur vocabulaire ("conscience de classe"...) qu’ils sont des militants aguerris, venus de la gauche. Comme le représentant du comité "Paris 20e Sud" : Patrick Farbiaz, un écolo historique.

    Dans la salle des fêtes du village de Sorcy, qui leur a été prêtée, certains sont pour la " grèsyndicats", certains sont pour le "RIC ", d’autres huent quand un délégué qui dit ne représenter que "lui-même" raconte qu'il a "vu une vidéo d’Etienne Chouard", un blogueur très controversé. Mais tous applaudissent chaleureusement les délégués de Saint-Nazaire qui occupent un bâtiment depuis le 24 novembre quand ils proclament "même expulsés, nous trouverons un autre bâtiment pour recréer une nouvelle Maison du Peuple". Et tous sont prêts à suivre l’exemple de la bande de la sous préfecture lorraine. Comme l’a dit Steven pour clore le tour des présentations, dans une ode à leur démocratie directe : " C’est une idée qui a été suivie. C’est pas une personne qui a été suivie. C’est vraiment extraordinaire ce qui se passe aujourd’hui." Et la salle s’est levée. Standing ovation pour ceux de Commercy.

    A Commercy ( Meuse), Cécile Amar