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    François Boulo, figure des Gilets jaunes: "Le seul moyen de gagner, c’est la grève"

    Gilets-jaunes

    Brève publiée le 6 février 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://actu.fr/normandie/rouen_76540/interview-francois-boulo-figure-gilets-jaunes-rouen-seul-moyen-gagner-greve-generale-5-fevrier-2019_21258441.html

    François Boulo, porte-parole médiatique des Gilets jaunes de Rouen (Seine-Maritime), appelle à la grève générale illimitée, à partir du mardi 5 février 2019. Interview.

    Porte-parole des Gilets jaunes de Rouen (Seine-Maritime), François Boulo appelle à la grève générale illimitée à partir du mardi 5 février 2019.

    Il est plébiscité par les Gilets jaunes de Rouen (Seine-Maritime) et d’ailleurs. Figure médiatique du mouvement, l’avocatFrançois Boulo appelle, à partir du mardi 5 février 2019, à la grève générale illimitée, pour faire plier le gouvernement. Si son appel est calqué sur celui de l’intersyndicale, il espère inciter les syndicats à prolonger leur appel à la grève. Il a répondu aux questions de 76actu, vendredi 1er février.

    La grève générale, « un sacrifice à faire aujourd’hui »

    76actu : Vous relayez l’appel de l’intersyndicale en appelant à la grève générale illimitée. Mais il n’y a pas de préavis pour le 6, le 7… Il y a des discussions en cours avec les syndicats ?
    François Boulo : Le seul moyen légal de bloquer l’économie et de gagner le rapport de force politique, c’est la grève. On veut inciter les syndicats à faire leur boulot. Si on se joint à leur appel, on leur demande de se joindre à nous sur le fait que ce soit illimité. Ça fait des années qu’ils attendent ça. Il n’y a que par là qu’on pourra gagner. S’ils ne le font pas, on le fera sans eux.

    La grève, de facto, grève le pouvoir d’achat. Est-ce que vos militants vont suivre et assumer cet impact sur leurs finances ?
    C’est un sacrifice à faire aujourd’hui pour demain. C’est même un investissement : perdre 10 aujourd’hui pour récupérer 1 000 demain. Il faut une mobilisation massive pour que ça dure le moins longtemps possible. Depuis le départ, j’ai essayé d’orienter le mouvement vers la grève pour éviter les violences, parce que je suis contre le fait que les policiers se tapent avec les Gilets jaunes. Tout ça, c’est le peuple, il n’y a pas deux camps.

    On est tous à lutter contre l’injustice fiscale, avec une richesse captée par les 1% des plus riches. C’est ce qui appauvrit tout le monde, à commencer par les services publics.

    L’ISF « démontre l’hypocrisie fiscale du gouvernement »

    L’ISF a cristallisé les tensions, mais certains économistes n’y voient qu’un symbole. Qu’en pensez-vous ?
    L’ISF est un symbole, mais pas que. La réforme a coûté quatre milliards d’euros. C’est le montant des recettes espérées par l’augmentation de la taxe sur le carburant. Donc il faut cet argent dans les caisses de l’État. Ça démontre l’hypocrisie de la politique fiscale de ce gouvernement. Pareil avec le CICE, capté à moitié par les plus grosses boîtes qui n’en ont pas besoin. Ça fait 40 ans que des hommes politiques passent leur temps à nous expliquer pourquoi on ne peut pas imposer ces gens-là comme les autres. Ce n’est pas acceptable qu’une partie de la population qui fasse sécession !

    Pourtant, ceux qui ont porté ces idées lors d’élections n’ont pas été élus…
    Non, car personne n’a réellement porté ce combat. L’extrême gauche, le NPA, c’est salariés contre patrons, mais ce n’est pas ça le sujet. C’est même une connerie absolue ! Les salariés, les commerçants, les artisans, sont ensemble, vivent dans les mêmes endroits. Après il y a ceux qu’on ne voit jamais : les actionnaires du CAC 40. Il y a un chiffre : les 500 familles les plus fortunées comptaient en 1996 pour 6,7 % du PIB français. En 2017, elles étaient à 25%, en 2018 c’était 30%. Ces 500 familles étaient-elles malheureuses en 1996 ? En 2017, il y avait des gens qui disaient des choses intéressantes. Philippot, Asselineau non plus, Mélenchon, Dupont-Aignan… Ce qui les rassemble, c’est la souveraineté et la critique des traités européens. Il faut engager une vraie négociation avec l’Allemagne. Si on n’obtient rien, on sortira. On le fera par référendum.

    Une liste aux Européennes est « une connerie monumentale »

    Si l’Europe est le problème, pourquoi estimez-vous que la liste d’Ingrid Levavasseur aux Européennes, qui s’est attirée les foudres des Gilets jaunes, est une mauvaise idée ?
    Le Parlement européen ne sert à rien, c’est une chambre d’enregistrement. L’Union européenne, c’est la Commission et les exécutifs des différents pays membres. Il y a une telle urgence que c’est au niveau des exécutifs des pays membres que ça se joue. Il faudrait du temps, ça s’inscrit donc en contradiction avec les objectifs du mouvement : obtenir des avancées concrètes et immédiates.

    Ensuite, stratégiquement, c’est une connerie monumentale. Une telle liste va prendre des voix aux partis d’opposition et donc mécaniquement renforcer le parti de la majorité.

    Enfin, poser comme acte fondateur, pour entrer en politique, une initiative rejetée par la quasi-totalité des Gilets jaunes est anti-démocratique. Ces gens-là ne sont plus Gilets jaunes.

    « Je ne sais pas quelle sera ma place demain »

    Au-delà des Européennes, peut-on s’attendre à des candidatures Gilets jaunes aux municipales, législatives, présidentielles, etc ?
    On pourra se poser la question de la structuration politique et donc d’un mouvement au moment d’élections nationales, parce que tout se décide au national. Est-ce souhaitable ? Il faut que ce soit sérieux, cohérent, démocratique, que les gens s’y reconnaissent. Ça demande un boulot incroyable !

    À titre personnel, est-ce que c’est quelque chose que vous envisagez ?
    Je n’en sais rien. J’irai toujours où c’est le plus efficace pour le mouvement, pour défendre l’intérêt des gens. Si ça passe demain par un mandat, que j’ai ma liberté de parole, d’action et que ça peut être efficace, pourquoi pas. Si ça passe par ce rôle de porte-parole médiatique pour mener le combat des idées, je ne ferai peut-être que ça. Je ne sais pas quelle sera ma place demain, mais peu importe. La victoire, c’est uniquement de changer la politique dans le pays.

    « Je suis très soucieux d’avoir une vraie légitimité »

    Vous êtes devenu un « porte-parole médiatique », pourtant vous avez refusé d’être le porte-parole national officiel du mouvement. Pourquoi ?
    Tant que le gouvernement ne veut pas négocier, je ne vois pas l’intérêt d’avoir un porte-parole national. Je suis très soucieux d’avoir une vraie légitimité. Je l’ai eue à Rouen parce que j’ai fait la quasi unanimité des gens sur les ronds-points. La question c’est l’efficacité : j’ai la tribune médiatique. L’intérêt c’est juste que je puisse aller dans les médias démonter la communication du gouvernement et essayer d’éclairer un maximum les gens sur la politique, la fiscalité, l’économie, etc. C’est comme la notoriété, ça n’est qu’un moyen.

    Dès le lancement du Grand débat, mi-janvier, vous avez parlé de plaisanterie, comme beaucoup de Gilets jaunes. Un dialogue est-il possible ?
    C’est l’objectif affiché par le gouvernement dans sa stratégie de communication pour anesthésier l’opinion publique, gagner du temps et faire croire qu’ils auraient la volonté de dialoguer. Mais ils ne veulent pas. Ça fait un mois que je leur explique pourquoi l’ISF et le CICE ça ne marche pas. Ils n’ont qu’à allumer leur télé et faire le CICE pour les PME. Ils l’ont fait ? Non, et ils ne le feront jamais. Le débat est déjà verrouillé et Macron a en plus refusé le référendum d’initiative citoyenne. Le cœur des revendications est déjà écarté.

    Qui croit qu’ils vont faire les peines planchers pour les évadés fiscaux ? Rétablir l’ISF en exonérant les PME ? Supprimer la TVA sur les produits de première nécessité en l’augmentant sur ceux de luxe ? Ces gens-là sont nos obligés, nous les payons, ils sont censés travailler pour l’intérêt général.

    « Le pouvoir politique ne répond que sur le répressif »

    Vous avez publié un extrait du film Le Dictateur avec cette citation : “La haine finira par disparaître et les dictateurs mourront.” Est-on vraiment en dictature ?

    On n’est pas vraiment en démocratie. Pour qu’un peuple soit souverain, il faut qu’ils puissent rediscuter de tout, tout le temps. Il y a des sujets interdits, comme l’euro. Dès que quelqu’un critique l’euro, il est tout de suite disqualifié. Sur les plateaux de télévision, éditorialistes et commentateurs n’ont pas un traitement neutre. Il y a une critique évidente à faire des médias nationaux, car les gens ne sont pas éclairés comme ils devraient l’être. Si vous n’avez pas un peuple avec un esprit critique pour hiérarchiser l’information et séparer le grain de l’ivraie, votre démocratie est imparfaite.

    Il y a une dérive autoritaire très inquiétante et peu de corps de la société en mouvement. Exemple avec la loi anti-casseurs. C’est hyper grave de laisser le droit au préfet de déclarer les interdictions de manifester. Le pouvoir politique ne répond que sur le répressif, ça nous amène à 1 000 blessés côté forces de l’ordre, 2 000 côté manifestants, 18 éborgnés, une centaine de mutilés… Ils mettent en oeuvre la stratégie du chaos sans essayer d’apaiser.

    Je ne veux pas que le pays continue à brûler, je ne veux plus de blessés chez les policiers, les manifestants ou les journalistes. Il faut recréer les conditions du dialogue, donc être avec des gens qui ont envie de dialoguer. Les Gilets jaunes y sont prêts, mais en face ils nous ont tout dit pour nous faire comprendre qu’ils en ont rien à foutre.

    Nous en sommes à l’acte XII. Les violences des dernières mobilisations ont déçu certains militants, en ont durci d’autres. Comment vous situez-vous dans ce contexte ?

    Il y a des gens qui ne viennent que pour chercher l’affrontement, c’est clair. Le problème est simple : le climat de tension augmente mécaniquement à cause de la surdité du pouvoir exécutif. Tant qu’il n’apportera pas de réponse politique et aura des mots désobligeants, ça montera. Exemple jeudi avec Macron qui dit qu’il fera attention puis parle de “Jojo le Gilet jaune”… Le mépris est là, spontané et naturel. Il n’est pas obligé d’aller au bout de son débat, comme ça on retourne aux urnes. Les éditorialistes nous disent : « Si ce n’est pas Macron, c’est Le Pen. » Mais la peur n’évite pas le danger ! Plus on aura Macron, plus on aura Le Pen.

    Vous appelez à un retour aux urnes, mais dans un délai aussi court les Gilets jaunes n’auront pas un mouvement politique structuré…

    Ça apaisera, car on aura stoppé le quinquennat Macron. Il y aura peut-être la structuration d’un mouvement Gilets jaunes avec les élections. Elles seront d’une toute autre nature parce que les gens ont décidé de réinvestir la politique. Il y a une élévation du niveau de conscience politique à vitesse grand V. C’est l’opportunité de tout refonder.