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Notes politiques après l’Acte 13 des gilets jaunes

Gilets-jaunes

Brève publiée le 10 février 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://aplutsoc.org/2019/02/09/samedi-9-fevrier-commentaires-a-chaud/

Premier dessins de la journée :

1) renforcés des rencontres avec des grévistes et des syndicalistes ces derniers jours, mais inquiets de passer pour sages et de ne plus envahir les beaux quartiers, les gilets jaunes y sont retournés et des violences sévères ont eu lieu : ceci, pour l’exécutif, ne devait pas se produire.

2) ces évènements « GJ » ne sont pas isolés, la poussée politique vers la lutte sociale généralisée se poursuit : les 500 manifestants de Billon contre la fermeture de la maternité rejoints par les personnels de l’EHPAD en grève, et les 100 manifestants de Commentry contre la fermeture du guichet SNCF, le montrent bien, par exemple.
Et comme on est samedi les bahuts sont fermés, mais les réactions se multipliant parmi les profs, en lycées et collèges; indiquent que là aussi la vague arrive.

 3) si l’on regarde les chaines en continu et les grands médias, le story telling de la journée est : 12 400 manifestants (55 400 a dit ensuite le ministère du Ridicule et de l’Intérieur), mais ils sont redevenus méchants et la main arrachée à Paris c’est parce qu’ils avaient voulu attaquer l’Assemblée nationale comme le 6 février 1934 ! … la preuve qu’ils sont méchants-méchants, c’est que l’Italie les manipule ! Bon, sérénité : c’est là un théâtre d’ombre, un jeu de marionnettes où n’est crédible que la peur de ceux qui nous le jouent.
La main arrachée de plus, elle, c’est ce qui restera. Une de trop, encore une fois.
Et un blessé grave au pronostic vital engagé …

4) ce story telling est d’ailleurs contredit par le fait que les tentatives de groupes d’extrême-droite de se venger de leur éviction assez largement générale samedi dernier, avec une agression du cortège à Lyon et une charge contre le NPA à Toulouse (pour ce que j’en sais à cette heure), ont toutes deux été repoussées physiquement.

Le bilan politique est très clair : le théâtre d’ombre du grand débat, du dialogue social … recouvre un mouvement réel qui se dirige, à son rythme, vers la généralisation de l’affrontement social et politique.

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Rapides notes politiques après le 5 février.

https://aplutsoc.org/2019/02/09/rapides-notes-politiques-apres-le-5-fevrier/

La « grève générale » n’est pas partie du mardi 5 février. Est-ce surprenant ? Non, car le 5 février malgré l’emploi, parfois, de cette expression de la part des organisations qui y ont appelé, était et est resté une journée d’action, bien que ce fut une journée d’action particulière. La crise politique, crise de régime, et la crise sociale marquée par l’irruption spontanée ou à demi-spontanée de larges couches sur le terrain de l’affrontement de classe direct et physique, social et politique, a conduit les directions syndicales et avant tout celle de la CGT, surtout à des échelons départementaux ou fédéraux, à manier les mots « grève générale », « grève généralisée », et formules analogues, mais le simple fait que le jour même, soit annoncée une nouvelle « journée » pour le … 14 mars (aux dernières nouvelles, c’est fluctuant, il est aussi question des « mardis de l’urgence sociale »), indique bien qu’il ne s’agissait pas de cela.

Dès lors, si un responsable syndical pense ou dit que ce qui vient de se passer montrerait bien que « la grève générale ne se décrète pas », que « la grève générale ne se produit pas en appuyant sur un bouton », convient-il de lui rappeler qu’au niveau décisif, c’est-à-dire national, aucune direction syndicale ne comptait décréter ou appuyer sur le bouton ; toutes continuant, dans le même temps, le « dialogue social » par lequel le pouvoir et le patronat cherchent à les associer, et les associent de fait, à la préparation des prochaines contre-réformes que Macron veut tenter, à commencer par la casse des retraites et du statut des fonctionnaires.

Cela dit, ce fut une journée d’action particulière en raison bien entendu de la poussée des gilets jaunes et de la relative généralisation des fusions entre manifestations syndicales et gilets jaunes. Il devient difficile de continuer à soutenir que ce mouvement, explosion prolétarienne, serait « populiste », « d’extrême-droite » ou « dominé par les petits patrons » (dont les organisations, CPME et UP2A, ne cessent de s’en plaindre depuis bientôt trois mois !) – d’autant qu’après l’agression ciblée contre le NPA le samedi précédent, ce sont les groupes d’extrême-droite qui ont été recherchés et évacués dans les manifs du samedi précédent. Mais cette « convergence » ne résout pas les questions politiques brûlantes, elle les attise au contraire.

La grève générale, sans guillemets, est traditionnellement appréhendée de manière faussement syndicaliste, comme un mouvement revendicatif qui englobe tout le monde. En fait, si toutes les revendications surgissent, des salaires à la dignité, c’est parce que la question politique, au vrai sens du terme, la question du pouvoir et de la démocratie, c’est-à-dire à quelle classe appartient l’État, est posée.

De ce point de vue les larges masses sont mille fois plus « à gauche » ou, pour mieux dire, plus avancées, que l’écrasante majorité des appareils organisationnels et des militants.

Elles crient depuis des mois (cela s’était amorcé avant les gilets jaunes, par exemple dans les EPAHD) « Macron démission », « Macron dehors », « Macron dégage ».

Et quand, pour les embarrasser, un intervenant extérieur, dans une assemblée de gilets jaunes, leur demande « et vous mettrez qui à la place de Macron ? « , on voit les femmes en gilets jaunes assises au fond de la salle se mettre à crier « on mettra nous ! ».

Ce mouvement de fond est politique et c’est par ce contenu qu’il fait remonter toutes les revendications : prime, salaires, allocations, taxes, etc.

Quand donc, par exemple, le NPA en vient à dire que « pour gagner, il s’agit de tout mettre en œuvre pour construire un mouvement de masse sur la question des salaires, et aussi pour dégager Macron, faire aboutir les revendications de chaque secteur, remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie de décider à notre place. Les institutions de la 5e République sont en difficulté, il faut pousser la discussion jusqu’à la remise en cause de ces structures qui permettent à une minorité de décider, et poser la question du pouvoir (« Qui dirige la société ? ») en défendant la perspective d’un gouvernement des travailleurEs en lutte qui réorganise toute la société. » (article de Antoine Larrache, 30 janvier), c’est bien, mais cela suit, on pourrait même dire que cela court derrière, le mouvement réel engagé depuis des mois.

Il ne s’agit pas de « aussi » dégager Macron (en plus de « construire un mouvement de masse sur la question des salaires », pouf, pouf !), mais il s’agit d’affronter centralement le pouvoir exécutif pour l’éliminer : dire cela précisément, c’est juste être un pas en avant des « masses », pas cent pas devant et pas derrière non plus.

Et il ne s’agit pas de « pousser la discussion » comme si le mouvement réel avait besoin d’être « poussé », mais de l’aider à formuler ce qu’il tend lui-même à formuler : renverser l’État des flics et des patrons, faire prévaloir la démocratie par l’élection à tous les niveaux, de l’entreprise et de la localité au niveau national, de représentants ayant un vrai pouvoir, mandatés, responsables et donc révocables.

Autre exemple sous un angle différent : le POID, qui a mis un bémol sur « Dehors Macron » durant la première phase de l’explosion, tout en pondant une théorie remarquable selon laquelle « Macron démission » serait un mot-d’ordre réactionnaire visant à préserver le régime de la V° République ( ! ), appelle maintenant à un meeting sur les mots-d’ordre « Pour chasser Macron et la V° République ! Pour la grève générale ouvrière unie ! Pour le gouvernement ouvrier ! ».

Cela après s’être opposé pendant trois mois à la principale mobilisation du cœur du prolétariat – si l’on veut bien comprendre que le cœur du prolétariat ne consiste pas dans les délégués et permanents syndicaux, mais bien dans les couches massivement exploitées des petites et moyennes boites, de la sous-traitance, du secteur sanitaire et social, des précaires de la fonction publique, des retraités pauvres, des jeunes en déshérence et des « auto-entrepreneurs » – coeur du prolétariat qui, lui, ne cesse de poser la question du pouvoir et du régime !

Dès lors ces trois mots-d’ordre ne sont ici rien d’autre que des incantations ayant pour fonction de verrouiller les petites troupes sans viser une once de commencement de réalisation. On remarquera que pour être sûr de n’adresser le message qu’à ses propres adhérents et sympathisants, le POID ne met guère là en avant l’expression de la volonté de classe d’imposer une vraie démocratie, et ne parle d’ailleurs pas de démocratie, mais d’un gouvernement ouvrier, et pas n’importe lequel, mais « LE » « gouvernement ouvrier », s’il-vous-plait : l’emploi de la formule algébrique a précisément pour fonction de ne pas être compris des ouvriers !

Nous avons choisi ici ces deux exemples non pour le plaisir de la polémique, ni pour les renvoyer dos-à-dos, mais parce qu’ils présentent une certaine symétrie : dans le premier cas, celui du NPA (dont les positions sont d’ailleurs diverses et fluctuantes), les besoins du mouvement réel sont formulés mais sans recherche de leur structuration en vue de gagner et sans saisie du fait que la question du pouvoir doit être à la base de cette structuration, non parce que ce serait là un dogme, mais parce que les choses s’ordonnent réellement ainsi ; dans le second cas, celui du POID, la « leçon » de ce que la « question du pouvoir » doit être scandée est connue et appliquée, mais en opposition ou pour le moins en décalage avec un mouvement réel qui n’est ni saisi, ni compris.

Le mouvement réel quant à lui continue, à son rythme qui intègre la pesanteur des appareils politiques et syndicaux, d’avancer sur sa propre ligne, et sa ligne c’est d’affronter l’exécutif pour le chasser tout en faisant monter à la surface et en exprimant l’ensemble des revendications. Ce mouvement d’ensemble avait commencé avant les gilets jaunes au moyen desquels il a franchi un seuil décisif dans sa force et dans son expression. Il ne se limite pas aux gilets jaunes mais englobe les grèves dans les entreprises et les services, toujours en augmentation, les suites de la première mobilisation de la jeunesse, et la mise en mouvement progressive des personnels de l’enseignement public, particulièrement, à l’étape actuelle, dans les lycées, dont certains en région parisienne se sont mis en grève reconductible.

Ce mouvement réel se combine à l’aggravation de la crise au sommet du régime et de l’exécutif, qui a fait voter – mal, de son point de vue – une nouvelle loi d’exception dictatoriale, qui justifie ouvertement le fait de crever les yeux de dizaines de manifestants, qui s’enfonce dans les macroneries à répétition, tout en prenant des initiatives surprenantes ou se conjuguent sentiment d’impunité des petits malfrats de l’appareil d’État et stupidité, comme cette tentative de perquisition à Mediapart pour … atteinte à la vie privée d’Alexandre Benalla (lequel n’avait même pas porté plainte ) !

Bien entendu, ni les médias dominants, ni les principaux appareils politiques et syndicaux, ne mettent en exergue ce double mouvement réel, de la montée d’en bas contre un sommet en décomposition : le mettre en exergue, dire ce qui est, comme disait Ferdinand Lassalle, ce serait aider la réalité à se mettre encore plus en mouvement. Mais du coup le « grand débat », les « Européennes », et la chronique des faits divers, apparaissent plus que jamais comme un théâtre d’ombres.

Que faire maintenant ? Ne pas se contenter de scander « gilets jaunes-gilets rouge Tous ensemble ». Ce qui a commencé à se passer n’est pas une « convergence de luttes », mais c’est une centralisation, un alignement de masses croissantes en recherche d’une issue sur un axe : l’affrontement pour liquider le pouvoir exécutif et imposer la vraie démocratie. La grève générale qui n’a pas démarré le 5 février était en ce sens déjà là, car tel est le contenu politique des luttes réelles qui montent, et cela va continuer. Tous ensemble pour quoi ? Pour chasser Macron et mettre fin à ce régime. Comment avancer vers cela ? Voila ce qui exige le regroupement politique.

VP, le 07/02/19.