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L’extraordinaire destin de Milda Bulle, une pasionaria rouge

Brève publiée le 13 mars 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://npa2009.org/idees/culture/lextraordinaire-destin-de-milda-bulle-une-pasionaria-rouge

Essai de Christian Bromberger. Creaphis éditions, 127 pages, 12 euros.

Le titre de l’ouvrage (qui n’est peut-être pas de la responsabilité de l’auteur) est idiot : Milda Bulle, combattante et militante de la révolution russe, n’a rien à voir avec Dolorès Ibarruri, la Pasionariaespagnole. Elle fait partie de ces femmes amenées à rejoindre l’Armée rouge : comme Larissa Reissner, qui fut qualifiée de « Diane guerrière », elle participa directement à des combats. Par ailleurs, l’auteur, Christian Bromberger, n’est pas un spécialiste de la révolution russe d’où parfois des commentaires approximatifs.

Responsabilités militaires

Mais, néanmoins, il était intéressant de donner à lire au public français une biographie de Milda, actrice de second plan de l’ébranlement révolutionnaire. Cela n’a pas été sans mal : Christian Bromberger a dû se fonder sur des documents officiels soviétiques et des questionnaires remplis par Milda Bulle lors de différentes étapes de sa carrière au sein du parti et de l’État soviétiques.

Elle naît en 1892 en Lettonie, alors sous domination russe, et rejoint en 1914 Saint-Pétersbourg où elle s’immerge, avec son premier mari (Janis Bulle), dans la vie culturelle et politique. Ils migrent ensuite vers le Caucase où ils commencent à militer dans les rangs révolutionnaires et, en février 1918, Milda adhère au Parti bolchevique. Elle commence à avoir des responsabilités militaires, remobilise des soldats qui veulent battre en retraite face aux Blancs, et progresse en grades et responsabilités tout en se battant directement. Le plus haut responsable soviétique de la région (Kirov, qui sera assassiné en 1934) la convoque et se demande si c’est bien le rôle des femmes de participer à des attaques à cheval. Plus tard, en 1922, lorsqu’elle candidatera et sera admise, ainsi que son nouveau mari, Batirbek Aboukov, à l’Académie de l’état-major de l’Armée rouge, il faudra adapter pour elle le texte du serment car il n’était pas prévu pour une femme ; elle en sortira avec un grade intermédiaire entre colonel et général de brigade.

Figure exceptionnelle
par son destin

Auparavant, elle a participé, en 1920-1921, à l’aventure de la création d’une république soviétique au Gilân, dans le nord de l’Iran, fondée sur le rapprochement entre une rébellion anti-impérialiste à base surtout paysanne, un Parti communiste d’Iran extrêmement faible et des envoyés soviétiques à tendances dominatrices. Il y aurait beaucoup à dire sur cet épisode (son évocation est un des intérêts du livre de Bromberger qui connaît bien l’Iran), mais cela dépasserait le cadre de cet article. Au surplus, le rôle de Bulle et Aboukov ne paraît pas y avoir été spécialement glorieux.

Les deux époux reviennent en Russie et vont y exercer, outre leur passage à l’Académie militaire, en divers secteurs et endroits (et finalement en 1933 dans la république autonome de Bachkirie), des responsabilités très hétérogènes. Dans ses activités de propagandiste, Milda écrit plus particulièrement sur la situation des femmes et prône la nécessité d’organisations spécifiquement féminines pour la défense de leurs droits, question qui fait débat dans les partis communistes. Sur tous les autres points, elle ne s’écarte en rien de la ligne du parti dont Staline a pris le contrôle et dénonce avec vigueur les trotskistes comme contre-révolutionnaires. 

La surprise de Milda n’en est que plus totale quand, en juin 1937, elle est rétrogradée puis, en octobre, exclue du parti et arrêtée malgré une lettre envoyée à Staline. On l’accuse de liens avec les trotskistes et boukhariniens et de turpitudes diverses (d’orgies à la complaisance pour le « nationalisme » bachkir). Elle reconnait rapidement sa « culpabilité » et donne des noms aux enquêteurs ; elle n’en est pas moins condamnée à mort en juin 1938 (à l’énoncé de sa condamnation, elle se rétracte sur ses aveux). Elle est fusillée (avec Aboukov, accusé à peu près des mêmes « crimes ») le 13 juillet 1938.

Malgré ses limites, le livre de Bromberger a le mérité de revenir sur une figure exceptionnelle par son destin, une de ces figures qui se révèlent  dans les périodes de révolution et qui, parfois, sont ballottées par l’histoire.

Henri Wilno