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Remarques complices sur l’Acte 18 et la suite possible
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Par Serge Quadruppani
Samedi 16 mars, il y avait donc plusieurs cortèges et rassemblements dans Paris. Celui contre les violences policières était constitué en grande partie de porteurs des gilets jaunes, le comité Adama et les autres y étaient aussi en force et la présence nombreuse des sans-papiers organisés était remarquable. Ces milliers et ces milliers de gens représentaient sans doute le maximum de fusion entre les différents combats qui s’exprimaient au même moment dans la capitale.
En effet, des pancartes « Même ennemi même combat » et « Changer le système, pas le climat », y voisinaient avec les portraits des tués par la police et tout ce très beau monde s’est retrouvé en tête de la manifestation « pour le climat » qui a marché jusqu’à la place de la République. Dison que, à part le fait qu’on était sûr, au moins, en se trouvant dans la manif pour le climat, de ne pas risquer de se faire crever un œil (ce qui explique sans doute aussi la présence de beaucoup de gilets jaunes dont le souhait de ne pas se faire mutiler est parfaitement respectable), et le fait aussi que c’est sans doute celle qui a rassemblé les effectifs les plus nombreux, on ne dira pas grand chose, ayant peu de goûts pour les démonstrations si consensuelles qu’elles n’ont plus guère de tranchant. Pas plus que la présence de momies du PS et du gadget Glucksman, celle du camion géant d’une start-up culturelle n’a jamais été gage de radicalité dans la remise en cause du système qui produit ce climat. On peut juste se réjouir qu’une jeunesse en grande partie issue des csp++ se pose des questions sur l’avenir, tout en doutant qu’elle trouve des réponses auprès d’Alternatiba.

En fait, s’il y avait un endroit où l’on s’attaquait avec sérieux et détermination à quelques-uns des plus grands pollueurs de la planète, c’était sur les Champs Elysées. La contribution au réchauffement de la planète du commerce de luxe et des industries de la consommation en général n’étant plus à démontrer, tout écologiste conséquent devrait forcément se réjouir que des cibles précises aient été désignées à travers la destruction de quelques 80 commerces et l’incendie d’un de ces lieux où les destructeurs de la planète complotent contre elle entre deux coupes de champagne (ou pire encore, d’eau gazeuse). S’en prendre aux ultimes terminaux des porte-conteneurs qui saccagent les océans sera toujours une œuvre de salubrité publique. On peut aussi considérer à juste titre que la répartition à la volée des fringues de H&M et quelques autres enseignes exploiteuses de prolétaires du Sud était une sorte de réponse anticipée à la réponse anticipée de Lemaire au Grand Débat. « Notre » ministre de l’économie a en effet annoncé que, à l’issue du Grand Blabla, la solution ne passera pas « par plus de redistribution » : trop fort les gilets jaunes, ils anticipent les anticipations du pouvoir !

C’est précisément sur ce terrain, celui de la temporalité du mouvement et de l’anticipation des temps à venir, qu’il va falloir être inventif. La présence de quelques dizaines de milliers de personnes criant « Révolution » sur les Champs Elysées, toute réjouissante qu’elle soit ne doit pas nous aveugler.
Certes, on a pu vérifier que quatre mois d’auto-éducation populaire ont porté leur fruit et que la propagande distinguant méchants casseurs et gentils manifestants pacifistes ne prend plus. Place de l’Etoile, en milieu de matinée, l’arrivée d’un bloc d’une trentaine de manifestants équipés a été accueillie par une haie d’honneur et des applaudissements. Sur les Champs, nous étions deux ou trois dizaines de milliers de complices, pour reprendre la terminologie macronienne. Cette population, de tous âges, et beaucoup plus variée par ses origines sociales et géographiques que celle de la « défense du climat », était solidaire de ceux qui affrontaient les flics et consciente que sa présence en nombre les protégeait relativement. Avec les gilets jaunes, se renouvelle à une échelle bien plus vaste le phénomène des cortèges de tête de 2016 : une part de plus en plus nombreuse de participants au mouvement décide de sortir des cadres légalement encadrés et essentiellement neutralisants, pour manifester sa sympathie envers une stratégie offensive. En 2019, il faut constater que la neutralisation sur le thème de la violence comme mal absolu (pratiqué par une société qui la pratique comme jamais, ici dans les relations sociales et dans ses guerres ailleurs), ne fonctionne plus pour une part, certes très minoritaire, mais très active, de la population : c’est un acquis qu’on ne nous enlèvera pas, quelle que soit la suite.

Les deux caractéristiques originales du mouvement des gilets jaunes, qui lui ont donné sa puissance d’ébranlement, auront été sa capacité à durer, à imposer son tempo contre celui du gouvernement, et son ancrage dans le territoire permettant d’articuler occupations de rond points et actions locales avec les grandes manifs du samedi. Sur le premier point de force, la capacité à durer, l’Acte 18 peut être considéré comme une réussite. L’agenda gouvernemental qui prévoyait la fin en douceur du mouvement noyé dans le Grand Blabla national a été bousculé et le weekend au ski du startuper en chef a dû être écourté. Cependant, s’il y avait certainement des dizaines de milliers de gilets jaunes dans la capitale, et si les chiffres gouvernementaux sont comme d’habitude ridicules, il faut reconnaître que l’objectif de submerger Paris n’a pas été atteint. De plus, l’introuvable et sempiternelle convergence tant désirée n’a pas fonctionné. La marche pour le climat a tourné le dos aux Champs, là où sa présence aurait eu un tout autre impact, pour finir à République, la place désormais consacrée comme mouroir des grandes ambitions sociétales. C’était bien entendu dans la logique des organisateurs. Mais celles et ceux dont ils ont organisé la marche n’ont pas fait preuve, de leur côté, de beaucoup de réticence envers la direction qui lui était donnée, malgré la présence en leur sein de milliers de gilets jaunes.

Donc, voyons les choses en face : si ne fût-ce que la moitié des participants aux grandes manifestations des semaines passées dans les autres métropoles s’était retrouvés à Paris, la ville aurait été effectivement submergée. Ça n’a pas été le cas. Sans doute faut-il voir dans la baisse des effectifs le résultat de l’étiolement de l’autre point de force, celui de la présence visible sur les ronds-points et ailleurs sur le territoire. Or, c’est elle jusqu’à présent qui a assuré la continuité. Devient décisive la bataille pour imposer de nouveaux lieux où perdurerait cette socialité gilets jaunes et cette auto-éducation radicalisante et (quand c’était nécessaire) délepénisante qui a produit de si beaux résultats. Conjuguée à la bataille contre la répression dont on peut prévoir qu’elle va franchir de nouveaux paliers, alors qu’elle était déjà d’une ampleur sans précédents, elle devrait mobiliser notre énergie dans les semaines à venir.
Comment tenir des lieux qui permettent de durer, dans la confrontation plus ou moins musclée et plus ou moins négociatrice avec les autorités locales (maires, préfets, institutions culturelles), qu’y faire, et de quoi y débattre, quel rapport entretenir avec l’environnement immédiat et comment mettre ces lieux en réseaux, cela devrait être un des sujets de débat à venir.





