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    L’Union européenne dans l’impasse

    euro Europe

    Brève publiée le 25 mai 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://npa2009.org/idees/international/lunion-europeenne-dans-limpasse

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    DR.

    Les élections européennes, quels que soient leurs résultats, ne règleront aucun des problèmes d’une Union européenne en panne, sauf pour assurer la pérennité et le renforcement des politiques néolibérales. Cela en dépit des rodomontades des macroniens qui ne craignent pas de se présenter comme des « progressistes ».

    Pour mesurer le niveau atteint par la crise de l’UE, il suffit de se reporter à l’optimisme qui régnait dans les sphères européennes et les gouvernements des États-membres au début des années 2000, et de poser une simple question. Qui, à l’époque, aurait bien pu imaginer que se produiraient des événements aussi importants et inattendus que :

    • Le Brexit, qui peut provoquer des réactions en chaîne imprévisibles et, en tout cas, est significatif que l’appartenance à l’UE n’est pas irréversible ;

    • La crise grecque, véritable leçon de choses, notamment par la violence des interventions de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) ; 

    • La « crise des migrantEs », devenue une question politique centrale ;

    • La montée de l’extrême droite et du fascisme, certes déjà à l’œuvre, mais conduisant à des situations très inquiétantes en Pologne, Hongrie, Italie… et maintenant dans l’État espagnol (Vox) ;

    • La prolongation sur plusieurs années par la Banque centrale européenne (BCE) d’une politique de soutien aux banques (par le canal des taux d’intérêt et le rachat de titres).

    Qui aurait pu imaginer de tels scénarii ? Et on pourrait y ajouter la Catalogne… Cette crise a toutes les raisons de s’accentuer dans un monde qui devient de plus en plus incertain, a fortiori depuis l’élection de Trump.

    Une situation économique peu brillante

    Le taux de croissance de la zone euro est révisé à la baisse à 1,1% pour 2019, contre 2,5% en 2017. Alors que les espoirs de reprise étaient attendus, il a fallu se rendre à l’évidence que cela ne serait pas le cas. D’où les déclarations le 7 mars dernier de Mario Draghi, président de la BCE, annonçant une nouvelle salve de soutiens géants aux banques, et le report du relèvement des taux d’intérêt (report également par les banques centrales des États-Unis et du Japon).

    Pour rappel, le taux directeur de la BCE, pour les prêts aux banques, est de 0% depuis mars 2016, et le taux de dépôt des banques à la BCE est négatif, à - 0,4%. Ces deux mesures ont pour objectif d’inciter les banques à faciliter les prêts aux entreprises et aux ménages, mais rien n’y fait. Les banques préfèrent acheter des obligations d’État très rémunératrices, et spéculer sur les monnaies. Quant aux entreprises, leur sport favori reste le rachat de leurs propres actions, pour en faire remonter le cours.

    Résultat, une unanimité pour considérer qu’une nouvelle crise financière est imparable, les seules questions étant : Quand ? Où ? Dans quel secteur ? Mais avec une certitude : les banques centrales, et la BCE en premier lieu, auront des difficultés à intervenir pour sauver les banques avec les mêmes largesses qu’en 2008.

    Une crise renforcée de la légitimité des institutions européennes

    Pour ne prendre que l’exemple de la France, il est évident que la crise de légitimité des institutions, révélée « grand angle » et amplifiée par le mouvement des Gilets jaunes, touche encore plus fort des institutions tout aussi anti-démocratiques que sont la Commission européenne et la BCE, pour ne citer que les principales. 

    La crise de légitimité de l’UE est avant tout ancrée dans les politiques concrètes mises en œuvre. Les seuls dossiers sur lesquels les gouvernements de l’UE parviennent à trouver des accords sont ceux qui consolident l’austérité : pacte budgétaire de 2012 pour renforcer la surveillance budgétaire dans la zone euro, mise en place de dispositifs tels que le MES (Mécanisme européen de stabilité) pour contrôler la politique économique des États en difficulté (Grèce, Portugal, Irlande), et imposer des privatisations (comme celle programmée en France des barrages hydro-électriques) et le démantèlement de droits sociaux. Au-delà des tiraillements sur l’accueil des réfugiéEs, il y a également accord sur les dispositifs de cadenassage des frontières de l’UE au prix d’accords déshonorants avec des États tels que la Turquie et le Libye.

    Mais, à l’exception de dispositions très secondaires, les États membres n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le moindre dossier important qui pourrait traduire de réelles avancées : directive sur les travailleurEs détachés, lutte contre l’optimisation fiscale des grands groupes, etc.  L’Union européenne ne trouve même rien à redire à une loi comme celle adoptée en Hongrie à la fin de 2018 qui porte à 400 le nombre des heures supplémentaires annuelles que les employeurs pourront demander à leurs salariéEs, payables trois ans plus tard. Il faut dire que cette loi répond aux désidératas des multinationales implantées en Hongrie… Cela ne peut que renforcer le sentiment qu’il n’y a rien de bon à attendre de cette Europe, a fortiori dans la mesure où, malgré tous les facteurs qui vont dans le sens d’une aggravation de la crise de la construction européenne, il est clairement affirmé qu’il n’est pas question de changer de politique. Cet acharnement en deviendrait presque risible si des millions de travailleuses et de travailleurs n’en payaient le prix fort. Risible quand on voit le Portugal obtenir quelques résultats sur le chômage avec des mesures néo-keynésiennes de relance qui n’ont rien de révolutionnaire et qui ne règlent rien sur le fond, et dont les limites ont été critiquées par des secteurs de gauche (1). Plus risible encore, ce que rapporte Martine Orange dans un article de Médiapart (2) : après avoir fait le tour de pays aux perspectives de croissance peu brillantes (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne), elle précise « [qu’]il n’y a guère que la France, dont l’activité est soutenue en partie par les mesures prises en réponse à la révolte des "gilets jaunes", qui résiste à peu près ». 

    Surtout, ne pas desserrer l’étau néolibéral

    Mais pas question pour autant de desserrer l’étau de l’austérité, et les attaques contre toutes les conquêtes sociales restent à l’ordre du jour. C’est en ce sens que le président de la Commission Jean-Claude Junker, pouvait affirmer, en 2015 : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Un avertissement direct au peuple Grec, mais aussi à tous les autres peuples. Et pour bien faire passer le message, la Troïka s’est livrée à un interventionnisme d’une très grande violence sociale et politique.

    En Grèce, une Autorité autonome des ressources publiques s’est ainsi substituée au ministère des Finances et au Trésor public, avec deux représentants de la Commission. Sa  mission : faire rentrer les arriérés d’impôts, quitte à opérer des saisies directes sur les comptes bancaires. Du côté de l’Italie, la BCE et la Commission sont directement intervenues, en mai 2018, pour empêcher la nomination d’un ministre de l’Économie peu favorable à l’euro. Mais on risque d’attendre longtemps la moindre intervention pour condamner la politique raciste de Salvini !

    Et quand les institutions ne suffisent pas, les marchés financiers se chargent du sale boulot. De ce point de vue, l’exemple de la Turquie rapporté dans le Monde diplomatique de juillet 2018 (3) est éloquent. Au lendemain d’une déclaration d’Erdogan laissant entendre son intention de baisser les taux d’intérêt de la Banque centrale turque, les marchés financiers faisaient chuter le cours de la livre turque de 20% en un mois. Résultat : non seulement Erdogan a renoncé à la baisse souhaitée, mais a accepté une hausse du taux directeur turc, de 13,5% à 16,5%, puis à 17,75% le 7 juin 2018.

    Le message est donc clair : toute tentative de mener une politique s’écartant un tant soit peu des dogmes néo-libéraux (même si Erdogan mène en Turquie une politique réactionnaire et anti-populaire) sera immédiatement châtiée. La conclusion à en tirer est tout à fait claire : cette Europe n’est pas réformable.

    Cela ne signifie pas que nous sommes indifférents à toute réforme au niveau européen. Et d’ailleurs toutes les victoires partielles ayant une dimension européenne ne pourraient que contribuer à forger la conviction de la nécessité de mener des combats unifiés sur tout le territoire de l’UE. Certaines de ces victoires sont peut-être déjà à notre portée, comme celle sur le glyphosate (malgré la corruption des instances d’expertise européennes), ou sur la défense du droit à l’IVG.

    Pour une démarche transitoire

    Cette Europe n’est pas réformable et, face à elle, nous devons avancer un programme de revendications de rupture, en cohérence avec notre programme général et expliquer que si se mettait en place un pouvoir réellement au service des travailleurEs et de la grande majorité, il ne pourrait que désobéir aux traités européens.

    Les grandes lignes de notre programme sont connues :

    • La mise en place, par un processus constituant, d’institutions démocratiques assurant le contrôle des élus à tous les niveaux ;

    • La socialisation et la mise sous contrôle public des banques, des secteurs stratégiques de l’énergie, des transports… dans le cadre d’une planification démocratiquement élaborée et mise en œuvre par les usagerEs et employéEs ;

    • La convergence par le haut des minima sociaux (SMIC en particulier), non forcément par un alignement uniforme, mais de façon à garantir à toutes et à tous la satisfaction des principaux besoins sociaux : logement, santé, se nourrir correctement, etc. ; 

    • Le rétablissement et le renforcement tous les services publics, en les plaçant sous contrôle des usagerEs et des personnels concernés : éducation, santé, etc. ;

    • Des mesures pour une agriculture paysanne, non-productiviste ;

    • Assurer la transition énergétique par la sortie programmée des énergies fossiles et du nucléaire, par la fin des grands projets inutiles ; 

    • La lutte contre les discriminations, les violences, pour les droits des femmes (notamment l’IVG) et des LGBTI ;

    • La rupture avec les politiques néocoloniales, les interventions militaires, par la réduction drastique de ces budgets, la promotion d’une coopération avec les peuples ; 

    • La liberté de circulation et d’installation, un accueil digne de tous les migrantEs ;

    • Le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    On pourrait dire que, avec un tel programme, nous plaçons la barre bien haut, hors de portée des mobilisations réelles. Mais prenons, parmi d’autres, l’exemple de la BCE. Des partis comme le PCF et la  FI, ou même EE-LV, entendent modifier ses statuts de façon à lui faire jouer un rôle positif, et au plan national, ils avancent la proposition d’un pôle public bancaire. Mais si, dans les différents pays, les principales banques restent privées, au service des marchés financiers, en quoi une BCE « démocratisée » pourrait-t-elle jouer un rôle vraiment positif ?

    Au plan européen, comme dans chaque État, aucune avancée sociale et politique ne sera réelle sans empiéter significativement sur le domaine sacré de la grande propriété privée. Et c’est justement à partir de la mise en œuvre d’un tel programme de rupture, avec ses avancées sociales portées par la mobilisation des exploitéEs que nous posons la question de l’affrontement avec les institutions européennes. C’est à partir de cette orientation que nous posons la question de la sortie éventuelle de l’euro, voie même de l’UE. Non comme la clé permettant de retrouver une prétendue « souveraineté nationale », bien illusoire dans le cadre du maintien de la domination capitaliste, mais comme mesure d’auto-défense des travailleurEs, de leurs organes de lutte et de leur gouvernement face au bras de fer que ne manqueront pas d’engager les institutions européennes et les différentes bourgeoisies.

    Contre tout repli national

    Enfin, ajoutons que toute sortie de l’UE ou de l’euro, si elle se fait sans avancées sociales pour toutes et tous (y compris les immigréEs), ne peut que renforcer le racisme et la xénophobie. On en a un cruel exemple sous les yeux avec les conséquences du vote sur le Brexit. Le Monde du 5 septembre 2016 titrait « Violences contre des Polonais au Royaume-Uni après le vote sur le Brexit », alors qu’il n’y a pas si longtemps (en fait depuis l’adhésion en 2004 de la Pologne à l’UE), des bureaux de recrutement étaient directement ouverts par des officines anglaises en Pologne, pour le recrutement de travailleurEs. Une étude parue en 2010 dans la revue « Hommes et migrations » (4) précisait même : « L’image des Polonais en Grande-Bretagne et en Irlande s’est elle aussi améliorée, même si l’arrivée des Polonais a parfois créé des tensions quand ils se sont installés en nombre dans de petites agglomérations. Il n’en reste pas moins que cette vague d’émigration a très positivement influé sur l’image des Polonais et de la Pologne, mal connue en 2004.»

    En opposition frontale avec tout repli national, nous ne concevons une rupture avec les institutions européennes que combinée à un appel à la solidarité, à la mise en œuvre d’une solidarité avec les luttes dans les autres pays, à un internationalisme concret. C’est dans l’ouverture de ces brèches, par la mobilisation populaire la plus large possible, que pourra se concrétiser la perspective d’un processus constituant pour une Europe des travailleurEs, une Europe des peuples et de tous les oppriméEs.

    Lucien Sanchez