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Trump veut «tuer» l’industrie militaire européenne
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Par Claude Angeli
Les vendeurs d’armes français sont furieux contre Trump. Ils ont constaté que le président américain a monté «une machine de guerre[contre] la coopération structurée permanente» adoptée, à la fin 2018, par le traité de Lisbonne, laquelle prévoit de favoriser «une action concertée» des Européens. Exemple: 17 programmes d’armements communs sont déjà lancés, parmi lesquels un futur avion de combat (FCAS) et un futur char lourd – deux projets franco-allemands qui devraient être fabriqués en série dans une quinzaine d’années.

Huit avions de combat F-16 bradés à la Bulgarie par Washington
En résumé, les industriels européens de l’armement font mine de découvrir le comportement impérialiste du méchant Trump. Cela dit, s’ils lui en font le reproche, ce n’est pas au nom d’une hypothétique moralisation des ventes d’armes – faut pas rêver! – mais pour défendre leurs positions dans ce très juteux commerce. Les fabricants français, allemands, italiens et britanniques risquent en effet de ne plus peser lourd bientôt face à leurs rivaux américains.
A Washington, Trump a mobilisé le Pentagone, le Département d’Etat, l’Office fédéral, chargé des exportations d’armes (DSCA), et l’US European Command, qui, à Stuttgart, en Allemagne, surveille les projets européens concurrents. Une bonne dizaine de «clients» sont ciblés en priorité: Albanie, Bosnie, Croatie, Grèce, Macédoine du Nord, Slovaquie dans un premier temps, puis Hongrie, Pologne, République tchèque et les trois pays Baltes. Tous anciens membres du pacte de Varsovie, à une exception près, dont les arsenaux sont encore farcis de matériels soviétiques fort décatis.
Washington écrase les prix
Bien entendu, Trump n’a nullement l’intention d’en rester là. Comme le résument diplomates et militaires, il veut tuer dans l’œuf les rêves d’une «Défense européenne», d’une «Europe de la Défense» et d’une «base militaro-industrielle commune» de production d’armements. Son «America First» va jusque-là… Selon lui, les pays alliés de la Grande Amérique, les membres de l’Otan et ceux qui aspirent à le devenir doivent tous être équipés en quincaillerie militaire made in USA. Ce qui permettrait, selon les stratèges américains, de «standardiser les panoplies» des armées européennes en vue d’une défense du continent dans le cas d’une crise grave, et sous commandement US, cela va sans dire.
S’agit-il de plans sur la comète? Absolument pas. Le président américain a des amis ou des vassaux sur les cinq continents, et il peut tout se permettre. Le 29 mai, le Pentagone a fait savoir que les Etats-Unis étaient prêts à fournir des armes, notamment aux pays de l’Est, à des prix imbattables (soutien logistique et formation des personnels compris). Selon les militaires français et leur service de renseignement, les «rabais» consentis peuvent aller jusqu’à 20%.
Exemple d’un contrat plus que bradé: la vente à la Bulgarie de 8 avions de combat F-16, afin de remplacer ses Mig-29 soviétiques, très fatigués. Des missiles air-air (Sidewinder et Amraam), des bombes GBU-39 et 49 guidées par laser, et des pièces de rechange sont fournis avec les avions. Quant à la formation des pilotes et des techniciens d’armement, elle est aussi prévue dans ce contrat amical, dont le prix soldé s’élève à 1 milliard de dollars, au lieu de 1,6 milliard, le prix normal.
Les industriels américains concernés sont champions du monde dans cette catégorie. Entre 2009 et 2018, leur part du marché planétaire est passée de 30% à 37%. L’année dernière a en effet été excellente: le montant des armes commandées par les armées US et de celles exportées est évalué au total à 230 milliards de dollars. Et, avec Trump, ce record sera battu l’an prochain. (Article publié dans Le Canard enchaîné, en date du 12 juin 2019)




