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Les prémices d’une crise automobile mondiale, au pire moment
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https://www.anti-k.org/2019/06/27/les-premices-dune-crise-automobile-mondiale-au-pire-moment/
(Le Monde) Le cabinet AlixPartners annonce, pour 2019, une baisse de la production, au moment où le secteur doit engager de gros efforts financiers dans l’électrique et la voiture autonome.
La tentative – finalement ratée – de fusion entre Renault et Fiat Chrysler (FCA) n’est peut-être que le début d’une vague de consolidations qui pourrait toucher l’automobile à l’échelle mondiale dans les mois ou les années qui viennent. C’est, en tout cas, ce que laisse entrevoir la dernière étude annuelle du cabinet AlixPartners, publiée mercredi 26 juin, qui fait référence dans le secteur. Le cabinet américain prédit, pour la première fois depuis la période 2008-2009, une entrée en crise de l’industrie de la voiture. « Il peut y avoir des mariages, il peut y avoir des enterrements », prévient l’un de ses directeurs généraux, Laurent Petizon.
AlixPartners annonce, pour 2019, une baisse de la production mondiale automobile qui se réduirait à 90 millions de véhicules fabriqués cette année contre 93 millions en 2018, soit un recul de 3,2 %. Ce trou d’air serait suivi d’une période de léthargie ne permettant un retour à une production supérieure à celle de 2018 qu’en 2022. Surtout, pour la première fois depuis des dizaines d’années, les trois principaux moteurs de la croissance automobile mondiale seront soit en stagnation, soit en déclin.
La Chine, premier marché au monde, tomberait à moins de 25 millions de véhicules en 2019, soit une baisse de 6 %, depuis son pic de 2017. Ce serait une première depuis des décennies, car, même pendant la crise brutale de 2008-2009, le consommateur chinois avait continué à acheter des voitures, permettant à de nombreux constructeurs et équipementiers de rester à flot en pleine tempête. Dans les autres zones-clés de la planète automobile, AlixPartners prévoit une baisse continue jusqu’en 2021 en Amérique du Nord et une stagnation en Europe.
« Un désert de profits »
« Et nous n’avons pas pris en compte les hypothèses les plus noires : Brexit dur, guerre commerciale, guerre tout court…, souligne M. Petizon. En fait, c’est une crise qui arrive au pire moment, car le secteur doit beaucoup investir pour faire face aux nouveaux défis de la mobilité. Les cinq prochaines années, l’industrie va consacrer 225 milliards d’euros à l’électrification et 50 milliards à la voiture autonome. »
Le résultat de tout cela, c’est que le secteur a devant lui « un désert de profits », pour reprendre l’expression de Laurent Petizon. Les marges ont d’ailleurs commencé à baisser chez les constructeurs, mais aussi, chose plus inédite, chez les équipementiers.
Or, ces investissements ne sont pas seulement un luxe. En Europe, l’électrification est indispensable aux industriels face au mur du CO2 qui se dresse devant eux. Le recul du diesel, la montée des voitures à essence et la vogue des lourds SUV rendent de plus en plus difficile l’atteinte des objectifs de baisse de CO2 auxquels les constructeurs sont astreints.
Grosses pénalités
Et, pour eux, c’est un peu la panique. On vient de l’apprendre : le CO2 émis par les nouveaux véhicules en Europe en 2018 a augmenté par rapport à 2017, à 120,4 grammes par voiture en moyenne, alors qu’il devrait baisser, pour atteindre l’objectif de 95 grammes dans deux ans.
AlixPartners a évalué le risque pour les entreprises de se voir infliger une amende pour défaut d’atteinte de cet objectif. Trois groupes seraient menacés par des pénalités de plus 500 millions d’euros : Volkswagen, qui risque 1,8 milliard, FCA (746 millions) et PSA (655 millions). Au total, sur les quinze principaux constructeurs européens, treize seraient amenés à verser 4,8 milliards d’euros de pénalités au total et seulement deux – Toyota et Volvo – se verraient attribuer 800 millions d’euros de bonus pour avoir atteint leurs chiffres cibles.
Cette estimation est toutefois fondée sur les données CO2 de 2017, et il est encore temps d’inverser la tendance. Mais seule une électrification de l’offre peut permettre d’échapper aux amendes. Elle est engagée massivement chez Volkswagen, fortement chez PSA, mais pas du tout du côté de FCA.
Il reste à espérer que les clients seront au rendez-vous. « C’est un saut dans l’inconnu, conclut M. Petizon. Il n’était jamais arrivé que les constructeurs se jettent tous en même temps dans une technologie sans avoir la garantie qu’elle convaincra les consommateurs.




