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La première phase de la révolution soudanaise
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La révolution qui a éclaté au Soudan, en décembre 2018, a marqué le réveil révolutionnaire du Moyen-Orient, après le reflux des « printemps arabes » de 2010-2011. Ce mouvement a réussi à faire chuter le tyran Omar el-Bechir, au pouvoir depuis 1989. Malheureusement, malgré les trésors d’héroïsme déployés par les masses soudanaises, le régime dictatorial a survécu à la chute de Bechir et continue de régner par la terreur.
Mobilisations de masse et « révolution de palais »
Le régime islamiste d’Omar el-Bechir s’est maintenu pendant des décennies en s’appuyant sur les revenus du pétrole pour acheter une « paix sociale » toute relative. Mais cette situation a changé au début des années 2010. La sécession du Sud-Soudan, en janvier 2011, a privé le gouvernement soudanais d’une bonne partie de ses ressources pétrolières. Dans le même temps, la crise économique mondiale frappait durement le pays. En réponse, le gouvernement a mis en œuvre de sévères politiques d’austérité.
Le 19 décembre dernier, le prix du pain triple brutalement. C’est le mauvais coup de trop ; les premières manifestations éclatent dans plusieurs grandes villes. Début avril, la mobilisation atteint son paroxysme. On voit même des soldats se joindre aux manifestants.
Effrayée, une partie de l’appareil d’Etat décide alors de sacrifier el-Bechir pour sauver le reste du régime. Le 11 avril, le dictateur est destitué et un « Conseil militaire de transition » (CMT) annonce qu’il entend se maintenir à la tête du pays pour deux ans.
Le massacre de Khartoum
Mais la majorité des manifestants ne sont pas dupes de ce changement cosmétique. Le sit-ingéant qui s’était constitué, devant le siège de l’armée, refuse de se disperser et les manifestations continuent. Par contre, les dirigeants réformistes du mouvement sont plus hésitants et se prêtent pendant près de deux mois à une parodie de négociations visant à fixer la part (toujours minoritaire) qui serait concédée à l’opposition et aux civils dans un gouvernement de transition. Pendant tout ce temps, le régime continue de réprimer et d’arrêter des dirigeants de l’opposition, avant de finalement lancer ses milices contre le sit-in, le 3 juin.
Ce jour-là, un véritable massacre se déroule dans les rues de Khartoum. Après avoir encerclé le sit-in, les « Forces de soutien rapide » l’attaquent les armes à la main. Des centaines de personnes sont blessées, plusieurs dizaines de femmes violées et plus d’une centaine de manifestants tués.
Cependant, loin de briser le mouvement, ce massacre le renforce. Il contraint même ses dirigeants les plus timorés à rompre les négociations et à appeler à la grève générale. Mais cette poussée de fermeté ne dure pas et, dès le 11 juin, les mêmes dirigeants acceptent piteusement de mettre fin à la grève qui était en train de s’étendre – et de revenir à la table des négociations avec le CMT, alors que ce dernier continue de faire tirer à balles réelles sur les manifestations.
Technocrates et généraux
En négociant des strapontins gouvernementaux avec le régime, les soi-disant chefs de la révolution n’ont fait qu’affaiblir la mobilisation et préparer leur propre fin. Comme le disait le révolutionnaire Saint-Just, « ceux qui font des révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau ». Plutôt que d’espérer convaincre le régime de renoncer à l’arme de la terreur, il aurait fallu appeler le peuple à s’armer pour se défendre – et les soldats à désobéir, c’est-à-dire à passer dans le camp de la révolution. Les masses ne peuvent pas rester indéfiniment mobilisées, surtout si cela ne débouche sur aucun résultat sérieux. A un moment ou un autre, le mouvement reflue et le régime frappe tous ceux qui ont cru pouvoir le réformer.
Ce reflux a déjà commencé, en grande partie à cause de la politique des dirigeants du mouvement qui ont annoncé, mi-août, avoir obtenu satisfaction lors des négociations. Il n’y a pourtant pas de quoi crier victoire. Un gouvernement civil va être mis en place, mais il sera composé de « technocrates », c’est-à-dire de serviteurs du FMI et de la bourgeoisie soudanaise. Par ailleurs, il restera soumis au bon vouloir d’un « Conseil souverain » composé pour une bonne part de généraux ou d’ex-généraux et dirigé par le chef d’Etat-major de l’armée en personne. Comble de l’insolence, ce Conseil doit diriger le pays pendant trois ans, soit un an de plus que ce qui était alloué au CMT avant les négociations !
L’impasse dans laquelle se trouve le mouvement n’est pas définitive. Tôt ou tard, les travailleurs chercheront une nouvelle voie dans la lutte contre un régime qui les condamne à la misère. Ils auront alors besoin d’une organisation dotée d’un programme révolutionnaire, résolue à tout faire pour chasser les généraux assassins et leurs parrains impérialistes. C’est à l’avant-garde du mouvement révolutionnaire soudanais que revient la tâche de construire une telle organisation.




