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La montée du fascisme
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Par Hervé Kempf

En affirmant qu’« une guerre d’extermination contre l’homme blanc hétérosexuel » se livrait, Éric Zemmour a rompu une digue, marquant la progression constante des idées fascistes dans le pays. Sans que l’oligarchie y répugne vraiment. Ce qui est en jeu dans la bataille politique d’aujourd’hui, c’est notre commune humanité.
Des mots terribles, prononcés samedi 28 septembre, ont à peine choqué. Un essayiste réputé, ayant table ouverte sur — au moins — deux grands médias du pays (Le Figaroet CNews) a pu dire que se livre « une guerre d’extermination contre l’homme blanc hétérosexuel » (à 10’20’’). Le choix du mot est terrible : « extermination ». « Action de tuer entièrement, jusqu’au dernier », nous dit le dictionnaire. Ce que, précisément, le nazisme a voulu faire au peuple juif. Parfaitement conscient de ce que les mots veulent dire, M. Zemmour a évoqué le nazisme pour désigner « l’islamisme » qui menacerait notre société.
M. Zemmour a pu proférer ces mensonges, cet appel à la haine, cette vision du monde terriblement régressive, sans hésiter, devant une salle pleine réunie pour « la convention de la droite ». Son discours a même été retransmis, quasi in extenso, sur LCI, une chaîne filiale de TF1, appartenant au groupe Bouygues.
De nouveau, une digue a lâché. Pendant que les médias et une foule nostalgique célèbrent Jacques Chirac — dont un des titres de gloire aura été d’avoir posé une limite ferme entre la droite « républicaine » et l’extrême droite —, cette dernière prospère et continue à répandre ses idées avec la complaisance d’un système médiatique aux mains de l’oligarchie. Oligarchie dont un des principaux organes, le Medef, n’avait pas hésité à inviter Marion Maréchal Le Pen à son université d’été (avant d’y renoncer).
Cette digue des concepts et des mots est la deuxième à lâcher, après celle des libertés publiques et de l’État de droit. Nous nous sommes habitués depuis des années à accepter que la police et l’État puissent piétiner les libertés publiques, arrêter des personnes sans motif, empêcher les gens de manifester, tuer en banlieue et éborgner dans les centres-villes. À ce que, en fait, l’État puisse enfreindre en permanence, plusieurs des règles qui définissent une démocratie. Ouvrant la voie à l’arbitraire généralisé quand un parti n’ayant plus les quelques prétentions démocratiques qui subsistent chez les dirigeants d’aujourd’hui parviendrait au pouvoir.
Depuis quelques semestres, un débat discret agite la gauche radicale : sommes-nous ou non en voie de fascisation ? Le capitalisme n’évolue-t-il pas, pour maintenir son ordre inégalitaire et son système croissanciste, vers une forme politique que le terme d’autoritarisme ne suffit plus à définir ? On n’entrera pas ici dans ce débat un poil académique quoique très intéressant. Mais on suivra Mathieu Rigouste, un des meilleurs spécialistes des politiques répressives, quand il résume ainsi la situation : « Miliciarisation et militarisation, unification d’un bloc bourgeois autour des droites extrêmes, massification carcérale et de l’internement des “indésirables”, écrasement des résistances populaires. Face à la crise globale, les classes dominantes savent très bien ce qu’elles préparent. » Et de rappeler la phrase de Brecht : « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution en temps de crise. » Nous en sommes là.
Est-il besoin de dire que, tant du côté de M. Zemmour que de celui du bloc bourgeois, la question écologique est ignorée ? Pour maintenir le peuple dans la soumission à l’ordre, pour le détourner de l’essentiel, il faut lui désigner un ennemi. Mais ce que nous dit ce moment Zemmour, c’est une chose vitale : l’enjeu de la question écologique est celui de notre commune humanité. Aujourd’hui, pour la défendre, il faut apprendre à résister : aux mots vicieux tout autant qu’aux barbares violences policières.




