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Le suicide de Christine Renon n’est pas un fait-divers. C’est un fait d’avenir
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Je suis moi-même Directrice d’école, dans des conditions infiniment privilégiées, mais ma mission est d’assurer que mes équipes vont suffisamment bien pour être exposées à une salle de classe. Pour être en mesure de transmettre.
Professeur de philosophie
Ceci n’est pas un fait divers. C’est un fait d’avenir. La nouvelle est apparue comme une notification de plus sur le téléphone. Parmi les hommages à Jacques Chirac et les commentaires sur Greta Thunberg. Christine Renon, 58 ans, Directrice de l’école Méhul de Pantin, retrouvée morte dans son établissement, après avoir décrit dans un long courrier, son épuisement professionnel et son sentiment de solitude face aux parents et face à l’administration. Un suicide au travail. Pas le premier, pas le dernier. On pourrait parler des salariés en quête de sens, des agriculteurs asphyxiés, des policiers éreintés. On ne hiérarchise pas la souffrance. On ne la simplifie pas non plus. Un drame est toujours un labyrinthe de causes. Mais ici, quelque chose me trouble. C’est le curieux éclairage qu’il donne à ce métier et plus généralement, à notre école.
Depuis Rousseau, et son texte L’Emile publié en 1762, le regard posé sur l’enfant s’est transformé. De masse informe qu’il fallait écarter de ses mauvais penchants, il est devenu un individu à part entière, capable d’autonomie et d’un jugement adéquat. Ces dernières années, on assiste, et c’est tant mieux, à l’émergence des pédagogies actives, y compris dans le système public. Nous vivons une lente transition éducative, appuyée par les neuroscientifiques qui nous alertent sur les stratégies propices aux apprentissages, mais aussi sur l’importance de la confiance en soi dans l’acquisition des savoirs. Mieux encore, on assiste, ici et là, à des initiatives, favorisant l’épanouissement des jeunes générations : méditation, atelier de philosophie, cours d’empathie…etc. Notre société prend conscience de l’importance d’offrir aux élèves les meilleurs outils pour qu’ils puissent répondre aux enjeux de demain. Tout ceci peut et doit nous réjouir, mais une chose ne doit pas être perdue de vue: c’est que cela n’est possible que grâce à l’engagement des équipes éducatives. Or, il est essentiel de prendre conscience que si l’on se préoccupe du bien-être de nos enfants, si l’on s’engage pour leur assurer un avenir épanoui, si l’on lutte pour donner aux élèves un socle égalitaire, alors nous devons aussi nous soucier de l’état psychique de ceux qui les entourent au quotidien, 8h par jour, 10 mois dans l’année.
Qu’ont-ils à nous dire, les professeurs, les atsem, les directeurs d’établissement, les conseillers d’éducation…etc., petit peuple si souvent conspué pour leurs nombreux congés, leurs horaires appréciables, leur statut de “planqué”, et leur amour de la grève? Quelle place leur confère notre société? Qu’est devenu Monsieur le professeur cher à Pagnol? Quel regard portons-nous sur l’école? Sur ceux qui de septembre à juin, ont entre les mains la plus considérable des responsabilités: préparer les élèves à un devenir. Jonglant avec les sureffectifs, les changements de programmes, les injonctions des uns, l’irrespect des autres, les paradoxes, la lourdeur administrative, le mépris des parents, la vétusté des locaux, le manque de formation, les corps à corps avec les inégalités… Les équipes éducatives font souvent de leur mieux, il est urgent de le rappeler, voire même, de le crier haut et fort. Combien sont ceux qui sur le temps personnel s’engagent, s’impliquent, se forment, se documentent? Combien sont ceux qui montent des projets pilotes en zone violence? Ceux qui portent à bout de bras des classes de campagne menacées de fermetures? Ceux qui dirigent des cités scolaires en faisant face des vertiges économiques et sociologiques? Ceux qui utilisent leur salaire pour investir dans du matériel scolaire car les budgets de classes sont très faibles? Ils ne sont certainement pas parfaits, certainement pas irréprochables, mais ils font face à un défi à nul autre semblable.
Il est temps d’appeler à l’aide et de faire preuve de cohérence. Cela passe bien entendu par des mesures politiques, mais aussi par une considération renouvelée, par un autre regard. La solitude est inadmissible quand le risque est collectif. Je suis moi-même Directrice d’école, dans des conditions infiniment privilégiées, mais ma mission est d’assurer que mes équipes vont suffisamment bien pour être exposées à une salle de classe. Pour être en mesure de transmettre. Ceci ne devrait pas être un luxe réservé à une poignée d’éducateurs, mais une exigence incontournable si l’on veut assurer un futur serein à notre pays. L’éducation des enfants ne peut faire l’économie du soutien nécessaire à leurs professeurs et au personnel qui prend soin d’eux. La mort de Christine Renon n’est pas un pas fait divers. C’est un fait d’avenir. Ne cessons pas de le marteler.




