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André Hébert, Jusqu’à Raqqa. Avec les Kurdes contre Daech
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://dissidences.hypotheses.org/12350

Un compte rendu de Jean-Guillaume Lanuque (avec la collaboration de Christian Beuvain)
Témoignage précieux et rare que celui d’André Hébert, marxiste français parti rejoindre les combattants kurdes afin de lutter contre Daech en Syrie. Car bien que ce conflit ne peut être comparé, en termes d’attractivité révolutionnaire, à celui de la guerre d’Espagne dans les années 1930 – question de contexte, bien sûr, la révolution et l’antifascisme radical n’ayant plus le même magnétisme aujourd’hui – il a néanmoins réussi à attirer des individus engagés, anciens militaires pour beaucoup, mais également militants politiques convaincus (turcs plus qu’occidentaux, d’ailleurs), ainsi que l’explique l’auteur. Pour motiver son propre choix, il défend l’internationalisme, valeur cardinale à ses yeux, transcendant la seule cause kurde. Il invoque également un sentiment d’inutilité politique ressenti en France, devant les organisations traditionnelles de l’extrême gauche, ainsi que la réactivation du danger fasciste en la personne de Daech1, tout autant à combattre que le capitalisme.
Des fondamentaux classiques et solides du mouvement ouvrier, donc, qui ont conduit André Hébert à rallier les YPG (Yekîneyên Parastina Gel [kurde], Unités de protection du peuple) en 2015, puis, après un retour en France, à y repartir malgré les entraves de l’État : il est ainsi fiché S juste avant son second départ, et ce n’est qu’en contestant cette décision devant un tribunal administratif qu’il put faire lever son interdiction de sortie du territoire ! Il relate sa formation militaire sur place, insistant sur le fonctionnement démocratique de cette armée adepte destekmils, des assemblées tenues par unités entre tous les combattants, et où les soldats peuvent critiquer leur encadrement en toute franchise. D’abord mobilisé sur un point du front trop calme, il demande ensuite son incorporation au Bataillon international pour la liberté, constitué explicitement de combattants communistes et anarchistes. Son récit est exceptionnellement immersif, plongeant le lecteur dans l’âpreté des combats, au cœur des bombardements et de la peur, de l’accoutumance à la violence, mais également de la soif de se battre, de l’excitation que l’action procure, du dépassement de soi qu’elle assure. Impliqué sur le terrain, André Hébert ne percevait plus la guerre en tant qu’ensemble compréhensible, mais comme chaos guerrier dur et cru. Le danger fut encore accru lorsqu’il fit le choix de rejoindre une unité kurde spécialisée dans le sabotage, plus exactement la pose et le désamorçage des mines. Les pages sur la bataille de Raqqa, guerre urbaine aux mille dangers – tireurs d’élite, véhicules-suicide de Daech –, où il manie le lance-roquettes, et où étaient surtout mobilisés les combattants des FDS (Forces démocratiques syriennes) sont particulièrement intenses. Il y critique l’attitude des médias, arrivés après la bataille, et celle du commandement, moins légitime que celui des YPG.
Ce révolutionnaire sans révolution en France est admiratif de l’expérience en cours au Rojava – région autonome du Kurdistan syrien, où le pouvoir démocratique et socialiste mène une politique laïque et d’égalité des sexes – la défendant tout en accusant Amnesty international de partialité sur cette question, sans pour autant taire certaines critiques. Il en est ainsi pour la culture omniprésente du martyr, ou de la nature des combattants kurdes, véritables « moines-soldats » à qui l’alcool (mais pas le tabac, abondamment consommé) et les relations sexuelles avec les combattantes sont proscrits. Mais le modèle politique du confédéralisme démocratique lui semble éminemment juste, proche de celui de la Commune de Paris, quand bien même le processus révolutionnaire est encore inachevé (les 2/3 de l’économie sont collectivisés). Son témoignage est à la fois lucide, humble (il se dissimule sans aucune forfanterie sous un pseudonyme inspiré de la Révolution française) et profondément réaliste, ainsi lorsqu’il dénonce l’aide apportée par la Turquie d’Erdogan à Daech, ou lorsqu’il défend celle apportée aux Kurdes par l’impérialisme2 : on croirait entendre les échos d’un Lénine ou d’un Trotsky dans les débuts de la guerre civile russe3. De même, il invoque des responsabilités collectives dans le fait de tuer, un moyen pour lui de ne pas assumer seul la mort d’autres êtres humains…
1« Daech n’est pas une révolution, c’est le nihilisme à l’état pur, la destruction aveugle et la terreur sans la vertu. »emplacement numérique 2067.
2La décision du gouvernement de Donald Trump, le 7 octobre 2019, de retirer les soldats étatsuniens de la zone du Rojava – après un entretien téléphonique avec le président turc Erdogan – favorisant ainsi l’entrée immédiate de l’armée turque, indique la nature très temporaire et opportuniste de cette aide.
3Léon Trotsky était prêt, sous certaines conditions, à accepter l’aide des militaires français. Le 22 mars 1918, le général Lavergne, chef de la Mission militaire française (MMF) en Russie, où il a succédé au général Niessel, également partisan d’aider les bolcheviques, rencontre Léon Trotsky, commissaire du peuple à la guerre, et accepte que des officiers français servent d’instructeurs aux soldats de l’Armée rouge. Mais en mai 1918, Lavergne est désavoué par Paris, qui l’accuse d’être « atteint par le poison bolchevique ». Lire sur notre blog l’article de Georges Vidal, « L’armée française et la révolution bolchevik (octobre 1917-novembre 1918) », https://dissidences.hypotheses.org/articles-inedits/larmee-francaise-et-la-revolution-bolchevik-octobre-1917-novembre-1918




