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Olivier Neveux, Contre le théâtre politique
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://dissidences.hypotheses.org/12625

Un compte rendu de Frédéric Thomas
Ce nouveau livre d’Olivier Neveux invite à repenser et à resituer le « tout est politique », à partir d’un « tout peut être politisé » ; plus problématique qu’évident (p. 11). En tenant, à juste titre, pour suspect cette inflation de pièces « politiques » et « critiques », qui fait du théâtre un simple supplétif de la sphère politique, qui ne vaudrait qu’à condition d’être utile. Mais sans jamais interroger les contours de cette « utilité ». Il s’agirait moins en réalité d’une politisation que d’une moralisation : « dans le double sens de donner le moral mais aussi de la faire » (p. 61-62). La deuxième partie de Contre le théâtre politique explore alors, à partir d’exemples variés – deÇa ira (1) – Fin de Louis de Joël Pommerat à Deux Mille Dix Sept de la chorégraphe Maguy Marin, en passant entre autres par Décris-Ravage d’Adeline Rosenstein –, les tentatives, avancées et échecs de cette ambition théâtrale. Et de le faire en voulant réhabiliter le théâtre : son travail, son jeu, sa mise en scène, ses subtilités et ses formes. Pour se faire, il est nécessaire de le dégager de certains présupposés et attentes, en termes de pédagogie, d’effets immédiats sur le spectateur, d’incantation à l’action, de théâtre populaire montrant des pièces populaires pour les classes populaires (dans une correspondance parfaite, jamais questionnée, entre le public et ses attentes). Ce qui suppose, en retour, de défaire le théâtre de ses liens à la fois trop lâches et trop consensuels avec le politique, cherchant en conséquence à mettre au jour d’autres rapports entre l’un et l’autre :
« La rencontre de l’art et de la politique ne saurait pour autant s’articuler selon la seule et volontaire sujétion. Il se noue parfois des liens plus distants, plus subtils ou à fronts renversés. Il existe comme des « passages secrets » entre les deux. Le passage secret suppose que politique et art ne soient pas confondus et qu’ils aient un intérêt commun à se retrouver. Cela détermine le passage » (p. 209-210).
L’un des intérêts de cet essai est de confronter nombre de pièces aux analyses développées ici, proposant à chaque fois une critique attentive aux détails et au jeu scénique, ainsi qu’aux enjeux. Olivier Neveux situe une tendance importante du théâtre contemporain, dont il dénonce l’impasse, sous la catégorie du « réalisme positiviste » (p. 176 et suivantes). Plutôt qu’à nous fixer sur « l’Idée », sur la conscience que le spectacle est sensé apporter au spectateur, il nous engage à déplacer notre attention sur la « pratique du spectateur », sur les expériences (intellectuelles, mais aussi sensibles) que la pièce invite le spectateur à faire. Cela implique de se détacher de cette fausse évidence d’être du « côté du Bien », de « quitter notre confort de pensée, [de] déséquilibrer nos certitudes, [d’]agacer nos esprits, [de] travailler là où la dénonciation s’épuise, les représentations se stéréotypent et la vertu s’annule » (p. 121).
Contre le théâtre politique offre en outre des remarques critiques particulièrement intéressantes sur « la très flagrante inflation de ”marqueurs d’authenticité” sur les plateaux », qui se traduit par « la valeur accordée à la parole, aux témoignages, aux discours et à la visibilité des ”invisibles” » (p. 145). Si ces marqueurs prennent pour modèle Mai 68, la répétition de ces prises de parole interroge, tant le statut et la fonction du témoignage ne sont pas mis en perspective, tant, surtout, à aucun moment n’est posé la question centrale : « à quelles conditions une parole est-elle, au théâtre, politique » ? (p. 150). Faudrait-il s’en tenir à « la seule évidence de son ”dire” », se contenter, comme tant de spectacles sur les migrants le font, au témoignage de ceux-ci sur la traversée et la misère – incapables qu’ils seraient de porter une analyse plus globale –, soit une parole qui redouble et confirme leur place et leur identité ? C’est, au contraire, en s’appuyant largement sur Jacques Rancière et, plus librement, sur Walter Benjamin, une autre voie qu’Olivier Neveux met en évidence ; celle attentive au travail d’écriture et de mise en scène, à la parole autre et autrement ; parole qui se manifeste ailleurs que là où on l’attendait (p. 145 et suivantes).
On pourra discuter certaines interprétations de Walter Benjamin, le recours structurant à la philosophie de Jacques Rancière, mais la pertinence, l’intérêt et la portée de l’analyse de Contre le théâtre politique sont indéniables. Il serait également intéressant de croiser ce regard original avec une appréhension critique des rapports de pouvoirs – en pointant notamment la figure centrale et dominante du metteur en scène – au sein même du théâtre. Un livre stimulant donc, développant une réflexion au plus près de pièces mises en scène au cours de ces dernières années, et qui ouvre un débat (qui, comme le reconnaît d’ailleurs l’auteur, est loin d’être clos), en permettant d’en mieux saisir les enjeux.




